Les temples mégalithiques de Malte

Les temples mégalithiques de Malte

retour

L’image que nous nous faisons presque tous des îles maltaises est principalement liée aux chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem ; nous savons que l’Ordre s’y érigea comme rempart spirituel et guerrier de la Chrétienté face à la récurrente menace de la puissance musulmane turque, et qu’elle y a laissé une empreinte indélébile.

Qui sait que l’archipel Maltais permet d’admirer des constructions en pierre qui font partie des plus vieilles du monde ? Ils furent bâtis plus de 500 ans avant les pyramides égyptiennes !
Ils sont bien entendu inscrits au Patrimoine Mondial de l’Unesco qui nous apprend, entre autres, que « Les temples mégalithiques de Malte (Ġgantija, Ħaġar Qim, Mnajdra, Skorba, Ta’ Ħaġrat et Tarxien) sont des constructions préhistoriques monumentales édifiées pendant le IVe et le IIIe millénaire avant J.-C. Ils comptent parmi les premiers bâtiments en pierre libres de tout support existant dans le monde et sont remarquables par leur diversité de forme et de décoration. Chaque ensemble est un chef-d’œuvre architectural unique et un témoin d’une culture préhistorique exceptionnelle, célèbre par ses impressionnantes réalisations architecturales, artistiques et technologiques. »

IMPORTANT : L’hypogée de Ħal Saflieni était fermée au public durant notre séjour (afin d’évaluer l’état de conservation, entre autres) mais c’est une visite à ne manquer sous aucun prétexte si elle est possible : voyez le descriptif qu’en fait l’Unesco. Pensez à réserver votre visite longtemps à l’avance, via internet, car seules 80 personnes par jour (par groupe de 10 chaque heure), peuvent y accéder

Les temples mégalithiques de Malte, datant pour la plupart des 3600-3000 av. J.-C., font partie des constructions en pierre les plus vieilles du monde. Ils furent bâtis plus de 500 ans avant les pyramides égyptiennes.
Les plus vieux temples encore debout seraient ceux de Ta’ Ħaġrat et Skorba près de Maġarr, sur l’île de Malte. Les temples de Ġgantija, à Gozo, et de Ħaġar Qim et Mnajdra, à Malte, sont parmi les mieux préservés. Celui de Tarxien est le plus élaboré, sa dernière phase de construction datant de 3000 à 2500 av. J.-C. Les tombes souterraines de l’hypogée de Ħal Saflieni, qui datent de la même époque, reprennent un grand nombre des caractéristiques architecturales des temples.
La fonction de ces édifices fait l’objet de nombreux débats. Ils ont certains éléments communs : un site sur une pente orientée au sud-est, près de grottes, d’une source et de terres fertiles ; un plan en forme de trèfle avec 3 ou 5 salles (absides) partant de l’axe central, généralement orienté entre le sud et l’est ; une construction mégalithique utilisant des pierres pesant plus de 20 tonnes ; et des trous percés dans les pierres, peut-être pour placer des portes en bois ou des rideaux en peaux de bête. Sur la plupart des sites, des pierres sphériques ont également été découvertes, de la taille de boulets de canon – elles auraient pu être utilisées comme des roulement à billes, pour déplacer les lourds mégalithes plus facilement.
Aucune sépulture n’a été découverte dans ces temples, mais on y a trouvé des statues et des figurines surnommées « grosses dames », probablement des déesses de la fécondité. La plupart des pierres portent des décorations allant du simple trou aux spirales travaillées, en passant par les animaux sculptés des tempes de Tarxien. Citons aussi les « trous d’oracle », de petites ouvertures dans les murs des salles qui auraient été utilisées par les prêtres ou prêtresses pour la divination.

Source : guide « Malte et Gozo » de Lonely Planet

 

Le billet d’entrée donne accès au parc archéologique comprennant les temples Hagar Qim, les temples de Mnajdra et le centre d’accueil.

 

malte : hagar quim, le sitemalte : hagar quim, plan d'ensembleĦaġar Qim (qui signifie « pierres dressées ») est le premier temple après le centre d’information. Son existence était connue depuis le XVIIe siècle au moins car les pierres les plus hautes émergeaient du sol. Le site a été mentionné la première fois dans la littérature en 1647 par Giovanni Francesco Abela dans son Della Descripttione di Malta ; la première représentation graphique faite par Jean Houel, graveur du roi Louis XVI de France, a été publiée en 1787.
En 1839, le gouverneur britannique, Sir Henry Bouverie, a financé l’excavation des ruines par J.G. Vance. Mais les fouilles proprement dites n’ont eu lieu qu’en 1885 sous la direction du bibliothécaire en chef de l’île, Antonio Annetto Caruana.

Le site sera encore fouillé en 1909 et 1910, puis restauré entre 1947 et 1950 : les monuments préhistoriques que nous voyons aujourd’hui se composent des structures préhistoriques originales ainsi que des divers éléments qui y ont été introduits dans le cadre des interventions passées de conservation et de restauration (pour en savoir plus, cliquez ici)

Ħaġar Qim se compose d’un bâtiment central et des restes d’au moins deux autres structures, dont on pense qu’ils ont été édifiés entre 3600 – 3200 avant JC, une période connue sous le nom de phase Ġgantija dans la préhistoire maltaise.

 

malte : hagar quim, traces des statues de grosses femmesmalte : hagar quim, traces des statues de grosses femmes

Les fouilles mirent au jour plusieurs statuettes de « grosses dames », ainsi que la « Venus de Malte », une statuette de nu féminin très naturaliste malheureusement retrouvée sans tête : elles ont été retirées du site pour être exposées au musée national d’Archéologie de La Valette. Le centre d’interprétation en présente des copies. Il se peut que le site était utilisé pour les rituels de fertilité.

Sur place, des tableaux explicatifs très bien faits aident le visiteur à comprendre les vestiges qu’il a sous les yeux, guère « parlants » pour le profane.

 

malte : hagar quim, mégalithesmalte : hagar quim, mégalithes
Ce mégalithe est le plus gros du site, et l’un des plus gros jamais trouvé dans l’archipel : il mesure 6,40 m de long pour 3 m de haut et pèse plus de 20 tonnes !
Les constructeurs ont certes utilisé le calcaire à globigérine qu’ils ont trouvé sur place, mais il fallait néanmoins trouver un moyen de faire tenir debout un tel mastodonte ! Comment s’y sont-ils pris ? Mystère …

Le calcaire à globigérine est une pierre très tendre ; voilà pourquoi les parties exposées de Hagar Qim ont beaucoup souffert de la pluie et du vent. En 2009, afin de protéger le site contre l’érosion, il a été recouvert d’un genre d’auvent . En février 2011, il a été déchiqueté par des vents violents mais sans que le site ne subisse aucun dommage.

 

malte : hagar quim, chambresmalte : hagar quim, chambres
Le complexe du temple de Ħaġar Qim est composé d’une série de salles en forme de C connues sous le nom d’absides.
Ces absides sont disposées de chaque côté d’un espace pavé central.

Elles sont fermées par des murs et des dalles percées de hublots rectangulaires formant une petite porte d’entrée : cette pratique est inhabituelle, car les absides d’autres temples similaires n’ont pas été si bien masquées.

 

malte : hagar quim, toiture, ouverture solsticesmalte : hagar quim, toiture
Dans cette abside, une petite ouverture connue comme un «trou d’oracle» relie la pièce à un petit sanctuaire sur l’extérieur du bâtiment. Le trou est positionné de sorte que la lumière du soleil levant brille dans l’abside le jour du solstice d’été.
Les rangées subsistantes d’éléments de maçonnerie horizontaux indiquent que les monuments avaient des toits à encorbellement, probablement couverts de poutres horizontales. Cette méthode de construction était une solution remarquablement élaborée pour son époque.

 

malte : hagar quim, sculpturesmalte : hagar quim, sculpturesmalte : hagar quim, sculptures
Les deux exemples de gravures préhistoriques présentées ici sont en fait des copies : les originaux ont été confiés au musée national d’Archéologie de La Valette afin d’être préservés.

 

de hagar quim à mnajdra
 
 

Un chemin bétonné , bordé de plantes typiques de la garrigue méditerranéenne, mène de Ħaġar Qim à Mnajdra. Ceux que cette petite marche rebute peuvent effectuer le trajet dans une voiturette pour la modique somme de 1€ (prix 2017)

L’environnement des temples est préservé au même titre que les constructions afin de conserver ce dépouillement et cet isolement qui rendent les lieux si spectaculaires.

 

mnajdra : plan d'ensemble (solstice d'été, équinoxes printemps et automne)mnajdra : plan d'ensemble (solstice d'été, équinoxes printemps et automne)mnajdra : alignements solstice, équinoxesLe site de Mnajdra se compose de trois bâtiments faisant face à un parvis ovale commun. Les vestiges situés au nord-est et au sud de ces bâtiments indiquent que ces trois structures ne sont que les mieux conservées d’un complexe plus vaste.

La première et la plus ancienne structure (à droite) date de la phase Ġgantija (3600 – 3200 av. J.-C.). La deuxième structure à être construite était le Temple du Sud, construit dans la première phase de Tarxien (3150 – 2500 avant JC). Le Temple Central, inséré entre les deux autres, fut le dernier à être construit.
Le Temple Sud est aligné de manière à marquer la position du lever du soleil le premier jour de chaque saison ; les équinoxes de printemps et d’automne et les solstices d’été et d’hiver, comme vous le montrent les panneaux explicatifs qui se trouvent aussi bien au centre d’accueil que sur le site.
Autour du 21 juin et du 21 décembre, Heritage Malta organise des circuits guidés pour observer ces phénomènes.

 

mnajdra : matériaux de constructionmnajdra : matériaux de construction
 
Les murs extérieurs de Mnajdra sont bâtis en calcaire corallin, plus dur que le calcaire globigerin du site de Ħaġar Qim. Ici, le calcaire globigérin a été utilisé uniquement pour l’intérieur car plus facile à travailler, permettant ainsi une finition plus soignée et surtout des décors sculptés.
Ce choix de matériaux implique une compréhension extrêmement précoce des qualités de construction et des propriétés physiques de ces deux types de pierres de construction disponibles dans les îles.

 

mnajdra : temple du milieumnajdra : temple du milieuLe temple du centre est construit sur une plate-forme artificielle et a une façade inhabituelle en ce sens qu’il a deux portes, une « porte hublot centrale et une deuxième porte ouverte avec une seule marche vers la gauche.
Nous avons là une chambre secrète dissimulée dans l’épaisseur des murs, comme le montre le panneau explicatif. Ces chambres communiquent avec le temple grâce aux trous percés dans le mur ; certains chercheurs émettent l’hypothèse selon laquelle des statues de divinités étaient placées devant ces trous, de façon à les masquer aux yeux des fidèles, et que le « prêtre », caché dans la petite chambre, était la voix de la divinité parlant aux croyants.

 

mnajdra : toituremnajdra : toitureDans la première abside droite du temple sud, nous pouvons voir un exemple d’encorbellement bien conservé.
Il y a eu quelques désaccords concernant le type de toit utilisé. Les architectes ont privilégié un système de longues dalles de pierre s’étendant d’un côte à l’autre des pièces.
Les archéologues objectent que les dalles de pierre typiquement maltaise ne pouvaient s’étendre sur une telle distance sans se briser. II faut dire aussi qu’aucun vestige de ce système de couverture n’a jamais été retrouvé à 1’intérieur des temples au cours de leurs fouilles, pas même celles qui avaient été menées scientifiquement et enregistrées correctement au XXe siècle, telles les fouilles de Tarxien et Skorba.

Voilà pourquoi l’Unesco évoque plutôt des poutres, comme nous l’avons vu à Ħaġar Qim et comme le suggère le panneau explicatif.

 

mnajdra : temple est et ses pierres-bouliersmnajdra : temple est et ses pierres-bouliersmnajdra : temple est et ses pierres-bouliers
Sur certaines pierres, des lignes régulières de points intriguent les chercheurs : s’agit-il d’une forme de « boulier » ou sommes-nous en présence d’une sorte de calendrier primitif ?

 

Jadis jugés comme un sous-produit des grandes civilisations du Proche-Orient, les temples mégalithiques de Malte sont aujourd’hui considérés comme l’expression d’une culture très particulière sans aucune source d’inspiration externe et sans aucune influence apparente vers l’étranger. Ce développement culturel, rendu possible par une économie agricole efficace, par une organisation sociale aussi efficiente même si elle est restée rudimentaire, et par une croyance profondément enracinée dans de grands concepts religieux, est à l’origine de la conceptualisation et de la réalisation de ces exploits d’ingéniosité architecturale que sont les temples de Ggantija, de Tarxien, d’Hagar Qim et de Mnajdra.
Source : Anthony BONANNO, Dossiers d’Archéologie n° 267 Page : 34-45

Pour en savoir plus, n’hésitez pas à lire une étude du même auteur mise en ligne par l’Université de Malte (et en français !) :

 

de hagar quim à mnajdra : filflade mnajdra vers sortie : tour hamrijaA 5km à peine de la côte, vous apercevrez Filfla, la plus petite des cinq îles de l’archipel maltais. Réserve naturelle depuis 1970, elle accueillent d’importantes colonies d’oiseaux qui viennent nicher sur ses terres, notamment 5000 à 8000 couples de pétrels-tempête.

Vous ne pourrez pas manquer de voir la Tour de Ħamrija. Construite en 1659, elle fait partie de l’ensemble des 14 tours que le grand maître Martin de Redin (1657-1660) a fait édifier pour compléter les installations de défense côtière des îles maltaises ; il voulait avoir une chaîne continue de tours, en vue les unes des autres, afin de permettre la transmission d’une alerte entre l’île de Gozo ou la cote sud-ouest de l’île de Malte et La Valette.

 

Voici quelques unes des plantes que vous pourrez admirer aussi bien sur le chemin qui mène de Ħaġar Qim à Mnajdra que sur le chemin qui vous ramène au centre d’interprétation à partir de Mnajdra, en longeant la côte.

de hagar quim a mnajdra : gladiolus dubius

gladiolus dubius

de hagar quim à mnajdra : Glebionis coronaria

Glebionis coronaria

de hagar quim à mnajdra : mufliers

mufliers

de hagar quim à mnajdra : ornithogalum arabicum ou étoile de Bethléem

ornithogalum arabicum ou étoile de Bethléem

de mnajdra vers sortie : aloe vera

aloe vera

de mnajdra vers sortie : figuier de barbarie

figuier de barbarie

 

retour