San Cristóbal de Las Casas

San Cristóbal de Las Casas

retour

 

Le site de San Cristóbal, situé à 2120m d’altitude, est niché au creux de la vallée de Jovel, entre les massifs de trois volcans éteints.
La ville a été fondée le 31 mars 1528 par le conquistador Diego de Mazariegos. Il la baptisera « Ciuded Real de Chiapa ». Elle deviendra centre de rencontre, de troc et de commerce pour les indigènes des villages voisins, vocation qu’elle a toujours conservée.
Durant toute l’époque coloniale, le Chiapas reste attaché au Guatemala. Après la guerre d’Indépendance, les Chiapanèques demanderont par plébiscite leur adhésion à la nouvelle République mexicaine. C’est le seul Etat de la fédération à avoir choisi d’être mexicain, le 14 septembre 1824, et San Cristóbal en sera la capitale jusqu’en 1892.
La ville doit son nom actuel à son saint patron, saint Christophe, et à son protecteur, le dominicain Bartolomé de las Casas, premier évêque en 1545, qui défendit les Indiens contre les excès des colons.

En savoir plus sur Bartolomé de las Casas

Né en 1884 à Séville, Bartolomé de las Casas embarquera pour les Indes Occidentales en 1502, avec Nicolás de Ovando. A son retour, il est ordonné prêtre puis il choisit de rentrer dans l’ordre des Dominicains dont l’une des missions essentielles est la prédication.

Cinquante ans durant, il voyagera entre l’Europe et le Nouveau Monde, se consacrant à l’histoire de la Conquête et à la défense des peuples premiers des Amériques. Il s’indignera très vite contre le système de l’« encomienda » ou « repartimiento » où les terres sont distribuées aux colons et où des Indiens leurs sont « attribués » pour en entreprendre l’exploitation, ce qui réduit de fait les autochtones en esclavage. Il refusera les terres qu’on lui offre (et les indiens qui vont avec…). Il prendra le parti des indigènes et ses prêches deviennent de véritables réquisitoires contre les privilèges énormes que se sont octroyés les Espagnols.

En butte à l’hostilité des colons mexicains, il regagnera définitivement l’Espagne en 1547.

C’est alors qu’il devient l’initiateur de la fameuse « Controverse de Valladolid » (Le Pape Jean III souhaite connaître le statut de ces Indiens : « Ont-ils une âme ? »). Le débat est acharné entre Las Casas, qui vante les qualités morales qu’il a pu observer chez eux tout au long des ses missions, et Sepulveda (représentant de l’Inquisition) qui, s’appuyant sur les écrits d’Aristote, prétend que ces créatures n’ont que l’apparence humaine. Sans âme, il ne sont que des animaux qu’il est normal de réduire à l’esclavage !

Figure importante de la lutte pour les droits de l’homme, il rédigera un récit en trois volumes de la découverte et de la colonisation du Nouveau Monde qu’il intitulera « Histoire des Indes » et qui rencontrera beaucoup de succès en Europe.

Il mourra en 1566, à l’âge de 86 ans. Il aura accompli douze fois la traversée vers le Nouveau Monde mais son combat n’était pas terminé…

san cristobal : une rue
San Cristóbal est une ville qui correspond parfaitement à l’image que beaucoup se font du Mexique : elle a gardé des traces parfaitement visibles de l’époque coloniale, avec ses rues pavées étroites, ses arcades et ses maisons basses aux fenêtres grillagées de fer forgé mais la population indienne, très présente, a su (pour l’instant) conserver ses traditions et ses coutumes, ce qui confère à la ville un attrait certain pour les touristes.
san cristobal : scène de marché
Dans un rayon de 60km autour de San Cristóbal vivent au moins 200000 indiens, majoritairement des Tzotziles et des Tzeltales, deux groupes mayas cousins des indiens du Guatemala. Ils descendent tous les jours de la montagne pour vendre leur production, faire leur marché, avec leurs costumes traditionnels, chaque village ayant ses propres couleurs et motifs.

Il tombe 1 200 mm d’eau par an à San Cristóbal, surtout au cours de l’après-midi : organisez vos journées en conséquence ! Et n’oubliez pas : vous êtes à plus de 2000 m d’altitude, les soirées sont fraîches

Avec notre guide au Marché Municipal de San Cristobal
Nous avons commencé la visite de la ville en suivant notre guide, lui-même Indien Lacandon : grâce à lui, nous avons pleinement profité du Marché Municipal (avenue Utrilla, à 200m au Nord de Santo Domingo). Il nous a demandé de ne pas prendre les indigènes en photo, les Indiens étant particulièrement gênés par les objectifs qui se braquent sur eux. Nous avons essayé d’être discrets, mais je me suis fait houspiller plusieurs fois alors je me suis arrangée pour être … derrière lui ! (photo de gauche)
Une marchande et son bébé au Marché Municipal de San Cristobal

 

J’ai cependant pris soin d’éviter, sauf exception, de photographier le visage des gens. Là, je n’ai pas pu résister, le bébé était si beau ! Mais la maman a été plus rapide que moi : elle a caché son enfant avant que je ne puisse l’immortaliser (photo de droite).

Ce gigantesque marché est un vrai labyrinthe : il se compose d’un marché totalement couvert vendant entre autres des viandes, charcuteries, poissons et fromages tandis que les allées à l’air libre proposent des fruits, légumes, fleurs, bougies, piñatas, ustensiles en cuivre, souvenirs, articles de tannerie et vannerie sans oublier quelques stands de « comida corrida » (menu complet et économique) et de « juguería » où vous pourrez savourer de délicieux jus de fruits frais.

Echanges silencieux au Marché Municipal de San Cristobal
Une des caractéristiques des marchés indiens est l’impression de silence qui s’en dégage. L’essentiel des transactions se fait le plus souvent à voix basse, excluant toute agressivité ou harangue publicitaire.

Ici, pas de bonimenteurs : le marché est vraiment le point de rencontre quotidien des citadins et des villageois (tzotzil, tzeltal, chamula, et zinacantán), venu chacun avec le costume particulier de sa communauté pour acheter ou vendre.

Notre guide a profité de la présence de toutes ces femmes indigènes pour nous montrer ce que peut révéler le costume d’une femme : non seulement, lui savait exactement de quel village elle venait, mais il voyait au premier coup d’oeil si la femme était mariée, célibataire, ou si la jeune fille avait déjà ou non eu sa première période (selon le cas, l’attache de sa ceinture se trouve à gauche, à droite, devant ou derrière). Il a fini par se faire tancer très vertement par l’une d’elles, qui avait compris ce qu’il nous montrait : les Blancs ne doivent pas savoir ….
retour

Il nous emmènera ensuite au Marché Artisanal (Mercado de Artesanías) de Santo Domingo : c’est un marché à l’air libre, entourant les églises de l’ex-couvent de Santo Domingo et de la Caridad. Ici, l’ambiance est différente : ce marché est surtout destiné aux touristes !
Des broderies absolument magnifiques

Vous y trouverez de magnifiques textiles et vêtements brodés à la main, des articles de bijouterie, de vannerie, tannerie, … et même des poupées à l’effigie du sous-commandant Marcos !
Vous y trouverez aussi des ceintures et des pochettes en cuir de très bonne qualité, à des prix incroyablement bas pour nos porte-monnaies d’Européens. Aussi, nous ne pouvons que vous conseiller de ne pas trop marchander car les articles vendus sont vraiment accessibles si on considère leur qualité et le temps passé à leur élaboration !

N’hésitez pas à cliquer sur la photo ci-contre pour mieux admirer le travail remarquable de cette brodeuse !

retour


San Cristobal - église Santo DomingoSan Cristobal - église Santo Domingo

 

L’église de Santo Domingo a retrouvé sa splendeur en 2007, après plusieurs mois de rénovation. Le couvent attenant, fondé en 1546 par les moines fondateurs de la ville, en avaient fait une « maison de l’Indien ». Le couvent abrite un musée d’histoire régionale et un cloître.
L’église a été construite sur une ancienne pyramide : on le voit aux escaliers qui mènent à l’édifice, nous explique notre guide. Toute la façade s’organise comme un gigantesque retable extérieur, les colonnes séparant trois séries de panneaux étagés sur trois registres, percés de niches abritant des images saintes, et les marches montent à cette métaphore d’autel qu’est l’église.

Plus d'images et d'informations concernant l'église de Santo Domingo

San Cristobal - Eglise Santo Domingo L’édification de l’église a été commencée à l’extrême fin du XVIIe siècle. La superbe façade baroque salonique n’a pas été sculptée : l’usage du stuc a permis de pousser à l’extrême le foisonnement décoratif. On pense que les ouvriers venaient de Palenque car c’était leur spécialité. On ignore quel mélange ils ont utilisés pour coller ces stucs. On sait que le cinabre a été utilisé pour le rouge mais on ne connait pas le secret du bleu. Quand l’Eglise a été nettoyée en vue de sa restauration, seul le rouge a été endommagé. San Cristobal - Eglise Santo Domingo

 

 

On remarquera le mélange d’influences sur cette façade : les indigènes ont placé les saints voulus par les missionnaires catholiques (ci-contre) mais sans renier leurs croyances au travers de symboles compris d’eux seuls (n’hésitez pas à agrandir la photo ci-dessus pour mieux vous en rendre compte) San Cristobal - Eglise Santo Domingo

 

Au-dessus du portail, sur le registre principal, deux aigles bicéphales encadrent une statue de saint Dominique : lors des guerres de la Réforme, cet emblème de la famille d’Autriche avait invité les partisans de Maximilien à se réfugier dans cette église comme dans un fortin d’où ils dominaient la ville.

San Cristobal - Eglise Santo Domingo

A l’intérieur, l’architecture « réelle » de l’édifice, plus ancienne (XVIe siècle) et plus simple, disparait derrière la profusion ornementale. Littéralement tapissée de l’or, de l’argent et des peintures de ses treize retables au XVIIIe siècle, l’église abrite encore huit retables intacts, dorés à la feuille. Ne manquez pas d’admirer la chaire de bois richement sculptée et dorée, taillée d’une seule pièce.

 

San Cristobal - Eglise Santo Domingo

 

Pour créer un effet de continuité ininterrompue, les retables de la nef sont insérés entre des panneaux verticaux de bois sculptés et dorés.

retour


 
San Cristobal - la Cathédrale San Cristobal - la Cathédrale La Cathédrale domine la place centrale (le Zócalo). Au XVIe siècle, l’édifice n’était qu’une grande chapelle dont l’entrée (au sud) donnait sur la place actuelle. Les frères dominicains qui arrivèrent à Ciudad Real (ancien nom de San Cristobal), avec à leur tête le frère Bartolomé de Las Casas, vont construire sur les bases établies pour en faire une cathédrale digne de ce nom. La façade ouest fut terminée en 1696.
Ses couleurs originales ont été réalisées avec des colorants naturels (chaux, sel et bave de cactus), et le stuc (moulages de chaux, sable et blanc d’oeuf) a été utilisé pour les « broderies » blanches. Le tout a été restauré en 1993.
Cette magnifique façade baroque décline ainsi les quatre couleurs de l’univers maya :

  • le jaune représente la richesse du territoire
  • le rouge représente la splendeur du soleil
  • le noir représente la mort du soleil, le repos
  • le blanc représente la pureté

Le mélange d’images chrétiennes (saint Pierre et saint Paul encadrent le portail) et de motifs végétaux prend place dans cette tradition mixte du baroque en terre Indienne, comme nous l’avons déjà vu à Santo Domingo.
San Cristobal - la Cathédrale
Le parvis de la Cathédrale est le lieu de rassemblement de tous les indigènes venus (tenter de) vendre leur production aux touristes : ces pauvres femmes sont surchagées de textiles en tout genre, à se demander comment elles peuvent supporter cela quand le soleil se fait insistant, sans parler du poids que cela représente !
San Cristobal - la Cathédrale
Ne manquez pas d’aller jeter un oeil à l’intérieur de la Cathédrale, ne serait-ce que pour les magnifiques mosaïques de bois au plafond : au XVIIIe siècle, la Cathédrale était célèbre pour ces plafonds, alors recouverts d’or.

Dans les années 1990, la cathédrale dédiée à saint Christophe fut rebaptisée « cathédrale de la Paix », en hommage aux dialogues qui s’y tenaient entre les autorités du pays et les néo-zapatistes.

Petite visite à l'intérieur de la Cathédrale

San Cristobal - Cathédrale Détail du plafond d’une chapelle latérale. Et la Vierge de Guadalupe, qui ne saurait manquer dans aucune église mexicaine.

San Cristobal - Cathédrale

Magnifique chaire sculptée, datant de 1708 : elle fut transférée de l’église des jésuites

San Cristobal - Cathédrale

 

L’église possède des retables de cèdre, fabriqués et assemblés au temps de l’évêque indien Moctezuma (1754-1766). Moi, en prenant cette photo, j’étais surtout subjuguée par les magnifiques fleurs fraîches qui ornaient l’autel. San Cristobal - Cathédrale

 

 

 

 

Détail d’un des retables : remarquez le portrait de la Vierge de Guadalupe posé au bas du retable (cliquez sur la photo pour l’agrandir car le portrait est minuscule, comparé au retable …)

Si vous ne savez pas qui est la Vierge de Guadalupe, vous pouvez faire un petit tour sur la page que je lui ai consacrée lors de notre visite à Mexico : il suffit de cliquer ICI

San Cristobal - Cathédrale

 

Outre les magnifiques arrangements floraux, ce sont les sculptures sur bois qui m’ont attirées, comme ce saint Christophe …

San Cristobal - Cathédrale san_cristobal_catedral_9b

 

 

Détail des deux retables de style baroque salomonique, installés de part et d’autre de l’hôtel.

retour

San Cristobal - Templo de San Nicolas A droite de la cathédrale, le Templo de San Nicolás a été construit entre 1613 et 1621 par les indigènes. C’est l’unique église de la ville qui ait conservé sa forme originelle. Elle fonctionnait comme église d’Indiens tandis que la cathédrale voisine était réservée aux Espagnols. C’est l’une des rares églises « pour indigènes » à avoir été construite en centre-ville.
Elle fut ensuite successivement celle des esclaves noirs (quand la population indienne déclinait à cause des épidémies), celle des chanoines (chapelle capitulaire), prison lors des guerres de la Réforme, et enfin église paroissiale.
La façade est typique des églises mudéjares.
retour

San Cristobal - Palacio Municipal
Construit pour être le palais du gouverneur, le Palacio Municipal, grand bâtiment blanc à arcades hébergeant l’hôtel de ville devait occuper tout le pâté de maisons : lorsque Tuxtla détrôna San Cristobal au rang de capitale d’Etat en 1892, les travaux s’arrêtèrent, si bien qu’un quart seulement du projet initial vit le jour.
Son architecte, Carlos Flores, initia les maçons aux dessins et proportions du style néoclassique grâce à cet échantillon composite de fenêtres doriques ou ioniques, de denticules, corniches et frontons, qui furent reproduits par la suite, dans le cadre de la nouvelle mode urbaine.
retour

San Cristobal - le Kiosque
San Cristobal - le Kiosque Le kiosque à coupole néoclassique a été construit par le premier gouvernement pacifique du XIXe siècle, celui du général Miguel Utrilla (1879-1883), pour glorifier la constitution libérale de la Réforme, en 1857.
Le kiosque est construit au-dessus d’une cafétéria.

 

Des inscriptions rappellent les évènements majeurs de la ville, comme sa fondation par Diego De Mazariegos le 31 mars 1528 sous le nom de « Vila Real » : « San Cristóbal de las Casas fue fundada por el capitán Don Diego De Mazariegos el 31 de marzo del año de 1528 con el nombre de Vila Real » ou encore le fait que Bartolome de las Casas fut le premier évêque de ce diocèse (voir la photo ci-contre).
retour


San Cristobal - les Portales
A l’est du Zocalo, les « Portales » (arches) reconstruits après les combats de 1863 rappellent que cette place, centre des cérémonies religieuses et des activités civiques de la ville coloniales, était aussi le siège des échanges marchands. Un manuscrit du XVIIIe siècle relate que les coursiers des grandes haciendas accouraient sous ces arches pour leurs opérations commerciales.
retour


San Cristobal - Casa de la Sirena
Casa de la Sirena : Cette vénérable demeure, aujourd’hui transformée en hôtel de luxe, a été construite en 1529 sur les ordres du capitaine Diego de Mazariegos ; il la cédera quelques temps plus tard à Andrés de Tovilla, son fidèle compagnon. La maison doit son nom à une grossière sirène en pierre située au coin de la façade qui donne sur la Plaza 31 de Marzo (le Zocalo)

Détails de la Casa de la Sirena

San Cristobal - Casa de la Sirena San Cristobal - Casa de la Sirena La porte avec blason est flanquée de deux colonnes couronnées par deux lions, tandis que la fenêtre supérieure est encadrée par deux aigles bicéphales. Une autre fenêtre est ornée par deux sculptures en mortier représentant des sirènes (ou femmes serpents, selon les interprétations).

San Cristobal - Casa de la Sirena

 

Le restaurant a conservé le nom originel de la demeure.

 

San Cristobal - Maison coloniale

N’hésitez pas à vous éloigner un peu du Zocalo pour découvrir d’autres très belles maisons coloniales : nous avons simplement poursuivi plus avant dans la « calle Los Insurgentes » et avons découvert cette magnifique demeure (elle se trouve donc juste derrière la Casa de la Sirena, à l’angle des rues « Cuauhtemoc » et « Los Insurgentes »)

 

San Cristobal - Maison coloniale hotel_santa_clara_4_detail Admirez le portail et repérez l’emblème du Chiapas gravé dans la pierre.

retour
La structure urbaine de San Cristobal consiste en un axe nord-sud qui comporte trois ensembles architecturaux : au nord, le complexe monumental de Santo Domingo, au centre le Zocalo et, au sud, le Carmen. C’est donc en toute logique vers le quartier du Carmen que nous conduisent nos pas.

San Cristobal - Templo San Francisco
San Cristobal - Mercado de dulces y artesanias
En poursuivant sur l’avenue Insurgentes, vers le sud, on passe devant une petite place bien agréable, agrémentée de nombreux bancs, où se dresse une jolie petite église du XVIIIe siècle, seul vestige du couvent fondé ici par l’ordre des Franciscains en 1577 : le Templo San Francisco.

Juste à côté s’est installé le marché des sucreries et de l’artisanat.

retour


San Cristobal - Arco Torre del Carmen

 

 

En arrivant, on ne voit qu’elle : l’Arco-torre del Carmen.

Cette construction, unique au Méxique, fait partie de l’héritage mudéjar chiapanèque lequel se reflète dans sa base carrée de proportions massives, ses ornements en stuc et sa voûte en bois octogonale avec une étoile de huit pointes qui rappelle les plafonds à caisson de l’art islamique.
Elle a été érigée à la fin du XVIIe siècle pour permettre aux religieuses du couvent de l’Incarnation d’accéder à l’église sans avoir à quitter l’enceinte religieuse pour traverser la rue qui séparait l’église du couvent.

 

San Cristobal - Templo del Carmen

 

La tour devait aussi servir de clocher à l’église, le Templo del Carmen.
Ruinée par un incendie en 1993 qui a notamment consummé ses retables et ses peintures anciennes, l’église (récemment restaurée) a conservé sa double façade en équerre (de 1744 et 1764), fermant l’axe monumental nord-sud qui traverse la vieille ville.
Selon Rodolfo, notre guide, l’église aurait été volontairement incendiée par des métis pour faire disparaitre les titres de propriété des indigènes qui étaient conservés ici. L’ALENA (Accord de Libre Echange Nord-Américain) allait entrer en vigueur au 1er janvier 1994… Il commencera à nous parler du mouvement zapatiste en des termes qui ne laisseront planer aucun doute quant à ses convictions (mais il avait compris qu’il s’adressait à un public conquis à la cause !).

san Cristobal - cloître del Carmen
san Cristobal - Arco Torre del Carmen
De l’ancien couvent (à gauche de la Tour), il ne reste pas grand-chose sinon un adorable cloître-jardinet, qui accueille des expositions de photos et de peintures.

 

El Carmen (1597) était le seul couvent féminin de l’antique Ciudad Real, celui des moniales franciscaines de l’Incarnation.
Celles-ci ont joué un rôle important à l’époque coloniale auprès de la population féminine nettement majoritaire en ville, puis lors des soulèvements de l’Indépendance, quand elles soutenaient les insurgés.

Anecdotes coloniales

Histoires relatées par Rodolfo, notre guide:

A leur arrivée dans le Chiapas, les conquistadors Espagnols violèrent les filles indigènes. Les prêtres remarquèrent que les bébés « disparaissaient » : en fait, les filles les tuaient à la naissance. Alors, il fut décidé d’enfermer toutes les filles enceintes au couvent.

Celles qui donnaient naissance à un enfant métis étaient gardées 6 mois, le temps d’allaiter leur bébé, puis étaient relâchées dans leur famille. Les autres étaient renvoyées de suite. Les prêtres élevaient alors les bébés selon leurs « règles », les éduquaient, leur apprenaient un métier.

Plus tard, des Espagnols émigrèrent au Chiapas. Si une de leurs filles tombait enceinte hors mariage, la fille ET le garçon étaient enfermés à vie dans le couvent. Ils allaient à l’église revêtus d’une longue tunique et d’une capuche qui leur recouvrait entièrement la tête, seuls deux trous au niveau des yeux leur permettaient de voir sans que quiconque puisse les reconnaître car c’était un déshonneur pour la famille. On les appelait « les capuchinos » et les « capuchinas ».

retour

San Cristobal - Templo del Cerrito
Quand vous serez devant la Tour-Arche du Carmen, avec l’église à votre droite, laissez votre regard aller jusqu’au bout de la rue (rue HermanoDominguez) :

en haut d’une colline, vous verrez le Templo del Cerrito de San Cristobal, une église construite par Juan de Ordoñez à la fin du XVIIIè. Chaque 25 juillet se tient là-haut une fête en l’honneur de San Cristobal (Saint Christophe). Claude meurt d’envie de s’élancer sur les marches …

retour
San Cristobal - Eglise de Guadalupe
… envie qui le reprend quand il aperçoit, tout au bout de la rue Real de Guadalupe, sur une petite colline, L’Eglise de Guadalupe. Construite en 1835, elle attend le visiteur du haut d’un large escalier en pierres de 79 marches, d’où la vue panoramique sur la ville de San Cristóbal de las Casas est incomparable. La Vierge de Guadalupe est célébrée dans tout le Mexique le 12 décembre.
Mais vous l’aurez compris : nous n’irons pas, par manque de temps.

retour

 


San Cristobal - Musée de la médecine Maya
Je voulais absolument me rendre au Museo de Medicina maya, tout au nord de la ville, parce que j’avais lu  sur un site « Le Museo de la Medicina Maya est associé à un centre de consultations géré par l’organisation des médecins indigènes du Chiapas. Les salles du musée présentent les techniques de soins traditionnels pratiqués dans les villages par les guérisseurs, tandis qu’un jardin abrite diverses plantes médicinales utilisées par les guérisseurs que vous pouvez consulter sur place. »
J’en avais conclu un peu vite qu’il y aurait sur place des gens avec qui on pourrait dialoguer.
San Cristobal - Musée de la médecine Maya
Ce n’est absolument pas le cas : à l’entrée, vous recevez une documentation dans votre langue, vous commencez par regarder un film montrant un accouchement traditionnel, puis vous visitez les différentes salles où sont mis en scène dans l’exercice de leur spécialité les pulsadores (ceux qui prennent le pouls), les yerberos (herboristes), les rezadores de los cerros (prêtres des montagnes et les parteras (accoucheuses). Un atelier de bougies a été reconstitué ainsi que l’intérieur d’une petite église chamanique de village.
Les informations sont de qualité, bien sûr, mais on en ressort un peu frustré. Ce fut en tous cas notre avis à tous les quatres.
retour

 

San Cristobal - Ambre

 

Le Chiapas est réputé pour son ambre, une résine fossilisée datant d’environ trente millions d’années.  Les habitants du Chiapas antique lui attribuaient des propriétés surnaturelles.
L’ambre vendu à San Cristobal provient en grande partie des alentours des mines de Simojovel. On lui attribue toujours des pouvoirs curatifs et magiques, mais il est surtout réputé pour sa pureté et la richesse de ses couleurs : jaune, orange et même rouge, le plus cher.

J’emprunte une photo à Nichim Tours, qui a organisé notre voyage, et qui propose aussi des « circuits de l’Ambre » : cette photo reflète bien toute la diversité de l’ambre du Chiapas.

 

San Cristobal - Ambre
San Cristobal - Ambre

 

Pour ma part, j’ai visité quasiment toutes les boutiques de la ville (et elles sont nombreuses …), chacune rivalisant d’ingéniosité avec ses voisines pour faire connaître et apprécier ces « larmes de la forêt » (lagrimas de la Selva) qui permettent de fabriquer de si beaux bijoux ! J’ai fini par craquer à la « Tierra de Ambar »  (remarquez la Vierge de Guadalupe sur la façade).

 

retour

 


Chiapas - Le jade
Le jade, une pierre protectrice
Sa dureté et sa résistance relient le jade à l’immortalité. Sa couleur, liée à l’eau et à la végétation, l’assimile à la fertilité et à la vie.
Son usage ornemental parmi la noblesse indique rang social et pouvoir : on a retrouvé des pièces dentaires incrustées de jade, ainsi que toutes sortes de parures et de bijoux car le jade accompagnait aussi les défunts de haute caste dans la tombe. Tout le monde a entendu parler des magnifiques masques funéraires, réplique exacte du visage du souverain, le plus célèbre étant sans doute le masque du roi Pakal découvert à Palenque.
Pour les classes plus modestes, on plaçait un morceau de jade dans la bouche du défunt car les Mayas pensaient que l’âme quittait le corps par la bouche en emportant le morceau de jade comme passeport pour l’éternité.
C’est la raison pour laquelle quasiment tous les masques ont la bouche ouverte avec un morceau de jade à l’intérieur.
Chiapas - Le jade
Le jade-jadéite est une pierre extrèmement rare et il n’en existe que 10 ou 12 gisements au Monde. La région de la vallée de Motagua (Guatemala) a fourni la plupart du jade à la population de Mésoamérique pendant plus de 3.000 ans et les Mayas avaient un accès direct aux sources guatémaltèques.
Ce sont les Espagnols qui, en conquérant l’Amérique centrale, découvrirent une pierre de couleur verte à laquelle les Indiens attribuaient le pouvoir de guérir les maux de reins. La nommant « piedra de ijada » (« pierre de reins » – ou « pierre de flanc » -), le mot français qui en découla devient « pierre de l’éjade » puis, par déformation, « jade ».
Le jade est très différent des autres gemmes parce qu’il ne se facette pas, sa mise en valeur s’effectuant principalement par un polissage soigné.
Il a fallu que je me rende au Museo Mesoamericano del Jade pour apprendre qu’en fait le jade peut prendre bien d’autres tonalités que le vert, en fonction des minéraux présents dans la pierre : les jades de couleur verte doivent cette couleur à la présence de chrome.
Allez sur le site « Les couleurs de la jadéite au Guatemala » pour avoir plus d’explications et si vous ne croyez pas aux pouvoirs du jade, lisez donc Le tailleur de jade amoureux
retour


San Cristobal - TierrAdentro 24 rue Real de Guadalupe
San Cristobal et les Zapatistes au centre culturel et café « TierrAdentro »

 

Le monde entier a entendu parler des zapatistes quand, le 1er janvier 1994, le sous-commandant Marcos et ses « troupes » prirent d’assaut les bâtiments administratifs de San Cristobal pour défendre les Indiens opprimés du Chiapas. L’action a fait date et a permis de mettre la cause des Indiens sur le devant de la scène internationale.
Depuis, décidés à construire leur autonomie pacifiquement, sans chercher à prendre le pouvoir, et sur la base d’assemblées communautaires, les zapatistes s’organisent en communes autonomes. De nombreuses réalisations pour la mise en place d’une autonomie solide voient le jour – écoles, cliniques, coopératives, transports, agriculture, artisanat – dans une région où la plupart des paysans sont privés des services de base comme l’eau, l’électricité, l’éducation et la santé. Tous les membres de ces coopératives appartiennent à des communautés indiennes zapatistes en résistance.

 

San Cristobal - TierrAdentro 24 rue Real de Guadalupe
San Cristobal - TierrAdentro 24 rue Real de Guadalupe

 

Rodolfo, que nous avons longuement interrogés sur le mouvement zapatiste, nous a conseillé de nous arrêter ici pour déjeuner, ce que nous avons fait, pour notre plus grande satisfaction : tout était excellent, par cher du tout. Une vraie halte-détente à recommander.

Vous pourrez également en profiter pour faire un tour dans la librairie, mais aussi dans les boutiques pour acheter des produits fabriqués par les coopératives autonomes zapatistes.

 

San Cristobal - TierrAdentro 24 rue Real de Guadalupe
Depuis 1994, les femmes zapatistes revendiquent leur autonomie et leur souveraineté en matière d’éducation, de santé, de justice et de développement économique. Elles veulent avoir le droit d’apprendre et de parler leur langue, de porter leurs vêtements traditionnels, le droit de cultiver et de protéger la terre de leurs ancêtres. Mais aussi le droit à l’égalité homme/femme avec la Loi révolutionnaire des femmes zapatistes publiée en 1994.
Ci contre, vous avez l’exemple d’une coopérative autonome zapatiste créée en 1997 et gérée par des femmes : Mujeres por la Dignidad. Cette société coopérative regroupe près de 400 sociétaires venant d’une quarantaine de communautés de la région de Los Altos.

retour