Rue, en Baie de Somme

Rue, en Baie de Somme

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RUE est une petite ville située au coeur du Marquenterre, à quelques minutes du Crotoy.

Il est très difficile d’imaginer que cette bourgade, aujourd’hui située en retrait du littoral, était autrefois un port de mer qui jouissait d’une grande prospérité, avec les commerces de vin et de sel qui constituaient les principales sources de richesses.
L’ensablement naturel fut accéléré par la construction de digues, érigées pour gagner des terres sur la mer. Celles-ci permettront à la ville, à partir du XVe siècle, de s’agrandir et de se protéger en érigeant bastions et fortifications.

L’Office de tourisme a conçu un parcours pédestre dans la ville, baptisé « au temps des fortifications ». Le dépliant, avec le plan du circuit, est alléchant. On peut y lire notamment « la cité s’étendit plus largement et se protégea d’une nouvelle ceinture défensive, Les fossés et les murailles furent renforcés d’ouvrages militaires. Quatre demi-lunes et six bastions triangulaires ou polygonaux, parfois avancés, assurèrent la protection de la ville jusqu’en 1670. Démantelé sur ordre de Colbert, l’ensemble a néanmoins laissé son empreinte indélébile dans la topographie actuelle »
Parmi les 10 points à voir, nous notons « Porte de Grève », « Bastion Saint Jean », « Porte de Bécray » : nous nous mettons donc en route, pensant trouver des traces de ce passé.
Ce n’est qu’après plusieurs panneaux d’information que nous nous rendons à l’évidence : quand le petit dépliant nous dit en première page « vous découvrirez l’histoire de la Ville de RUE et vous imaginerez l’aspect médiéval de cette ancienne place fortifiée » , il faudra vraiment faire appel à toute votre imagination car, de son histoire, la ville n’a conservé que le Beffroi, la Chapelle du Saint-Esprit, la Chapelle de l’Hospice et une maison à colombages (une seule !).

 
Point 1 du circuit : Le crucifix miraculeux

 

Rue : la maye et la croix miraculeuseRue : le crucifix miraculeuxLe Crucifix miraculeux

Le panneau d’information, fort bien fait, nous apprend que la croix que nous voyons date de 1902, et fut érigée à l’endroit présumé de la découverte, en août 1101, alors que RUE est un port de mer, d’une barque échouée sur la grève contenant à son bord une mystérieuse croix venue d’un pays lointain.

Ce crucifix, conduit à l’église paroissiale dans un premier temps, fut l’objet d’une grande vénération : dès le XIIème siècle, des rois de France et de nombreux pèlerins viendront à RUE. Cela favorisera l’essor de la ville jusqu’au XVIIème siècle.

 
Point 8 du circuit : La Chapelle du Saint-Esprit, la Maison Médiévale à pan de bois et l’église St Wulphy

 

Rue : la chapelle du saint-espritRue : chapelle du Saint EspritLa chapelle du Saint-Esprit fut construite spécialement pour servir d’écrin à la croix miraculeuse. Elle sera de taille modeste à ses débuts mais n’aura de cesse de s’agrandir et de s’embellir entre 1440 et 1525, grâce notamment à de riches donateurs, dont le duc de Bourgogne, Philippe le Bon, et le roi de France Louis XI.
La beauté de la chapelle, aujourd’hui l’édifice le plus représentatif de l’Art Gothique Flamboyant en Picardie, réside dans ses voûtes, magnifiquement ornées, et la Trésorerie haute, pour sa dentelle de pierre.
En 1887, un artiste peintre local, Albert SIFFAIT DE MONCOURT, réalise trois grandes toiles dans la nef de la chapelle, et y représente les légendes du crucifix de RUE.

 

Rue : maison médiévaleLa maison médiévale

Dans la rue des soufflets, juste à côté de la Chapelle du Saint-Esprit, la seule maison médiévale qui subsiste à RUE arbore fièrement sa structure à pan de bois très bien conservée. Seul témoin de l’habitat civil tel qu’on le trouvait au milieu du XVe siècle, cette maison est aussi l’une des plus anciennes de ce type dans le département. A ce titre, elle est classée Monument Historique depuis 1978.

Cette haute maison en encorbellement et à croix de Saint-André ornées de trilobes est en fait composée des restes de deux maisons accolées. Au XVIe siècle, à l’une d’elles pendait l’enseigne « A la Couronne » : une vocation commerciale qui perdura jusqu’au XIXe siècle.
(source : panneau explicatif sur place)

 

Rue : église saint WulphyEglise Saint-Wulphy
L’ancienne église Saint Wulphy fut édifiée au XIIème siècle dans le style roman. Son clocher, haut de 44 mètres, était le point d’amer des navires de la Côte Picarde. Le 21 février 1798, l’église est détruite lors d’une violente tempête, mais la chapelle du Saint-Esprit attenante est préservée.
Elle sera reconstruite entre 1828 et 1833, par Charles SORDI, enfant du pays. Le bâtiment actuel est à dominance de style néo-classique. Il abrite un mobilier riche et varié dont quelques éléments de l’ancienne église.

Saint Wulphy, à qui est dédiée cette église, était l’un des premiers curés de Rue. Son histoire n’est pas banale.
Wulphy, bien que marié et père de trois filles, fut ordonné prêtre par Riquier de Centule. Il fit vœu de chasteté. Mais l’être humain est faillible et il se rapprocha de nouveau de sa tendre épouse. Il fut découvert, ce qui provoque un immense scandale ! Pour expier sa faute, il partit en pèlerinage en Terre sainte puis passa par Rome et reçut l’absolution du pape. De retour à Rue, il se retira dans un ermitage où il mourut après avoir accompli des miracles.

 
Point 6 du circuit : la Charte de Commune et le Beffroi

 

Rue : beffroi et chapelle de l'hospiceLe Beffroi de RUE, inscrit au Patrimoine de l’Unesco

Très présent dans le nord de la France et en Belgique, le beffroi symbolise la liberté.
Au XIIe siècle, la ville s’enrichit grâce aux pèlerins et au commerce. En 1210, les bourgeois décident de s’affranchir de l’autorité seigneuriale en achetant leur liberté communale. Celle-ci est accordée par le comte Jean-de-Ponthieu et transcrite dans une charte.
Cela permet à la ville de s’administrer elle-même par le biais d’un conseil échevinal : les échevins peuvent désormais rendre la justice, prélever taxes et impôts. Cette indépendance est matérialisée par la construction d’un beffroi en 1214.
Endommagé au cours des conflits puis reconstruit après la Guerre de Cent Ans, le beffroi actuel présente une partie basse datant du XVème siècle.
Afin de garder au beffroi sa fonction d’Hôtel de Ville, deux ailes de style néogothique ont été construites au XIXème siècle ; le campanile, le clocheton et les quatre tourelles datent aussi de cette époque.

Dans le cadre des visites guidées, un escalier à vis de 75 marches conduit le visiteur à deux salles superposées, celle des échevins puis celle des gardes, et enfin au chemin de ronde où l’on découvre, par beau temps, de vastes paysages, de la forêt de CRECY à la Baie de Somme. Seul le rez-de-chaussée est accessible en visite libre.

 
Point 7 du circuit : Les congrégations charitables

 

Rue : chapelle de l'hospice et beffroiLa chapelle de l’hospice
A la faveur du développement des pèlerinages, la cité de Rue possédait au Moyen Age plusieurs établissements accueillant les pauvres et les malades.
La maladrerie de la Madeleine était destinée aux lépreux. Pour des raisons sanitaires, elle était installée à l’extérieur de la ville. Fondée au XIIe siècle, elle bénéficiait de plusieurs dotations et rentes accordées par les comtes de Ponthieu.
Les frères de l’ordre franciscain des Cordeliers étaient également présents à Rue. Ils occupèrent jusqu’à la Révolution une vaste propriété, dont faisait partie l’immeuble en brique du XVIIIe siècle, dépendant actuellement du collège Notre-Dame.
Mais l’établissement le plus important était l’hôtel-Dieu ou hôpital, fondé au début du XIIe siècle. Il en reste la chapelle, reconstruite en 1501 et les bâtiments en brique, dont l’avant-corps central porte la date de 1780. Comme la maladrerie, il était administré au XVe siècle par les soeurs grises de l’ordre de Saint-François, puis à partir du XVIIIe siècle, par les soeurs de l’ordre de Saint-Augustin.
Elle ne se découvre qu’à l’occasion des visites guidées proposées par le service du patrimoine.

 

Rue : musée des frères CaudronLe musée des frères Caudron

Nous avons déjà parlé des frères Caudron, pionniers de l’aviation en Picardie, lors de notre visite au Crotoy.
Au décès de René Caudron, sa femme exécute une de ses volontés en faisant don de la totalité des archives personnelles de la famille Caudron à la ville de Rue si celle-ci s’engageait à la création d’un musée. Celui ci voit le jour en 1972 (au cœur du Beffroi de Rue, à l’époque). Et c’est grâce à la contribution majeure d’un couple de passionnés, Pierre et Denise Roteux, que le musée actuel , au sein de l’office de tourisme, a pu voir le jour.

Vous trouverez plus d’informations sur le site du musée, qui consacre un article bien documenté à l’aventure Caudron, dont je n’avais jamais entendu parler alors que ces deux hommes ont quand même joué un rôle important en France durant la première Guerre Mondiale.

 

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