Reims : visite de la Villa Demoiselle

Reims : visite de la Villa Demoiselle

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La villa Demoiselle a été construite entre 1904 et 1908 par la Maison de Champagne Pommery pour y loger Henry Vasnier, alors président de la Maison Pommery et bras droit de la veuve Louise Alexandrine Pommery. La maison n’est séparée du site de production Pommery que par le boulevard Vasnier.

Amateur du style Art nouveau, Henry Vasnier fait appel à l’architecte Louis Sorel pour réaliser les plans de sa demeure et au décorateur Tony Selmersheim pour en concevoir l’aménagement intérieur avec la participation de l’ébéniste Emile Gallé et de Louis Majorelle.
L’architecture extérieure est élégante et structurée en même temps que très innovante. Sorel utilise la charpente métallique et déjà, en 1906, le béton. Selon l’un des auteurs du petit guide de visite, Philippe Trétiack, c’est ce qui permit à la Villa de résister au souffle des bombardements durant la Première Guerre mondiale, alors que la ville était rasée.
Mis à part l’utilisation de fer forgé pour la marquise et les garde-corps et de métopes en céramique émaillée au niveau de la corniche, l’extérieur demeure sobre.
En revanche, l’intérieur est plus richement orné mais sans démesure : marbre pour les cheminées et les plinthes, vitrail dans les baies et les portes, mosaïques géométriques et peintures murales en font une demeure fastueuse.

Hélas, Henry Vasnier disparaîtra en 1907, avant la fin des travaux et c’est son successeur, Louis Cochet, qui profitera de la villa pendant près de trente ans.

Après avoir résisté à la Première Guerre Mondiale, la villa est transformée, au cours de la Seconde Guerre mondiale, en centre administratif par l’occupant puis en
centre de télécommunication par les Américains (le texte de reddition fut envoyé de ce centre). A l’issue du conflit, le site est rendu à la Maison Pommery.
Cette période voit malheureusement disparaître le décor qui constituait la villa.
Abandonnée, la maison est menacée de démolition dans les années 1980 par de nombreux projets immobiliers et c’est Michel André, architecte des bâtiments de France, qui évite le sinistre. Elle n’est cependant placée sous la protection de la ville de Reims qu’en 1999.

Elle retrouvera sa splendeur passée grâce à Paul-François Vranken, devenu propriétaire la Maison Pommery en 2002. Il acquiert la demeure en 2004 et entreprend une restauration importante qui se termine en 2008. Un article entier est consacré à la Villa sur le site de la maison de Champagne Pommery

Grand mécène de la ville de Reims, Henry Vasnier veut montrer sa réussite sociale non seulement durant sa vie mais aussi après sa mort, léguant ainsi au musée des Beaux-Arts de Reims près de 600 œuvres, portraits, paysages et natures mortes…

En ce mois de février 2017, c’est donc non seulement un bijou de l’Art Nouveau mêlé à l’Art Déco (la Villa Demoiselle) que nous allons découvrir, mais encore une partie de la collection de cet homme qui fut l’un des plus grands collectionneurs d’art éclairé de son temps.

 

Reims : villa demoiselle, intérieurLa cheminée de Paul Alexandre Dumas
La maison intéresse par son savant mélange d’Art Nouveau et d’Art Déco, construite à une époque où le glissement d’une tendance à l’autre ne s’était pas opéré en une brisure nette. Les nouveaux maîtres du lieu ont respecté cette dualité, tout comme ils ont essayé de lui restituer des meubles d’époque en écumant salles de vente et antiquaires.

Cette cheminée qui orne le hall d’entrée, fait partie des trouvailles spectaculaires. Réalisée par Paul-Alexandre Dumas, élève de Louis Majorelle, en acajou et émail, elle a été présentée lors de l’Exposition de Paris 1900 et s’intègre parfaitement dans la décoration. Elle est ornée d’ombellifères, un motif que nous retrouverons à maints endroits de la maison.

 

Reims : villa demoiselle, intérieur
 

 

 

Les toiles et peintures murales ont été refaites avec un grand souci d’authenticité, en se servant de photos d’époque, des lambeaux d’origine retrouvés sous les différentes strates de toile superposées au cours du siècle. Les peintures à elles seules ont demandé deux ans de patience. Elles ont été exécutées au pochoir et enrichies de 22 000 feuilles d’or, conformément aux dessins de l’architecte Louis Sorel.

Les mosaïques réalisées en grès dans les tonalités jaune et bleu, sont d’origine et recouvrent les sols du hall d’entrée et des autres pièces situées au même étage.

Le lustre suspendu dans le grand escalier principal, est l’œuvre des Métalliers Champenois et de la Cristallerie Saint-Louis, fortement inspiré de l’original : 10 m de haut, près de 300 kg, constitué de trois parties, chacune composée d’un lustre globe et de trois gouttes.

 

Reims : villa demoiselle, intérieur

Les luminaires qui ont été réalisés pour la restauration sont oeuvre des Métalliers Champenois et de la Cristallerie Saint-Louis.
Le magnifique lustre en cristal noir « Zénith » qui trône dans le grand salon du rez-de-chaussée est signé Philippe Starck.

Henry Vasnier aime la nature, celle d’abord qu’il arpente en chasseur, celle aussi qui suggère l’instabilité du temps qui passe. Sa collection est ainsi majoritairement constituée de paysages, dont un fort pourcentage est axé sur les effets atmosphériques.
Aubes, aurores, premières lueurs blanches, crépuscules et couchers de soleil révèlent son goût pour une nature à la fois réaliste et mystérieuse. Ils entrent en grand nombre dans sa collection les deux dernières décennies de sa vie.

Au mur, nous voyons une oeuvre de Jean-Charles Cazin, peinte en 1871 : « Château en Écosse ».

Peinte durant la construction du Domaine Pommery, cette toile est la seule qui pourrait faire référence aux projets architecturaux d’Henry Vasnier. Achetée directement à l’artiste, elle rappelle la culture anglaise du collectionneur et de madame Pommery qui, tous deux, souhaitèrent une architecture anglo-saxonne, de style néo-Tudor, destinée à séduire une clientèle britannique pour leur domaine.
(source : le guide de visite de la villa)

 

Reims : villa demoiselle, comptoir-bar
En arrivant dans la salle à manger, le regard est tout d’abord attiré par un comptoir de bar qui serait l’oeuvre de Majorelle et proviendrait du restaurant « Lucas-Carton ».

Mais le visiteur est très vite subjugué par le reste du mobilier, surtout quand il apprend que cette salle à manger a voyagé à travers le monde durant plusieurs dizaines d’années.

 

Reims : villa demoiselle, salle à manger Emile GalléL’histoire commence à la fin du XIXe siècle quand Henry Vasnier commande à Emile Gallé, l’un des artistes les plus reconnus de l’école de Nancy, une salle à manger de style Art Nouveau évoquant sa région : la Champagne.
Celui qui est à la fois industriel, maître verrier, céramiste et donc ébéniste mettra alors trois années à réaliser cette commande aujourd’hui considérée comme son chef-d’oeuvre.

Suite à la mort d’Henry Vasnier en 1907, cette salle à manger composée d’une table (Les herbes potagères), d’une console (Avril), de dix chaises, de deux fauteuils et d’un dressoir (Chemin d’Automne) aurait dû logiquement faire partie du legs au musée des beaux-Arts de Reims.
Mais il n’en fut rien car ses héritiers ont considéré que cet ensemble ne constituait pas une oeuvre d’art et le gardèrent dans la famille pendant plus de cinquante ans jusqu’à sa vente aux enchères en 1964, passant successivement dans deux grandes collections privées au Japon puis aux Etats-Unis.
L’histoire aurait pu s’arrêter là et la salle à manger Gallé se perdre définitivement quelque part dans le monde.

Mais voilà, en 2012, l’Etat français apprend que l’ensemble doit être à nouveau vendu aux enchères en France chez Sotheby’s. La ville de Reims est alors alertée et saisit immédiatement cette opportunité de rapatrier cet élément du patrimoine artistique rémois et français.
(source : l’hebdo du vendredi)

 

Reims : villa demoiselle, vases Emile GalléNe manquez pas d’admirer les vases sur la console, signés Emile Gallé

Le vase de droite, « Le Chasselas de Fontainebleau« , a été acheté par Henry Vasnier lors de l’Exposition universelle de 1900. Il s’agit d’un calice au pied creux, orné de grains de raisin jauneet violet gravés, clin d’œil à l’environnement du collectionneur pour qui l’objet a vraisemblablement été réalisé.

Le vase de gauche est une pure merveille : « Les Globes, fruits vermeils des divines ramées« , dit « vase Victor Hugo », a été présenté par son créateur à l’occasion de l’Exposition universelle de 1900, où Henry Vasnier en fait l’acquisition.
Son surnom lui vient de ce qu’on peut y lire un extrait du poème « À celle qui est restée en France » du livre VI des Contemplations de Victor Hugo.
La technique utilisée ici par Gallé est innovante et délicate:une application à la surface de masse de verre coloré et de sculpture en relief. Les couleurs évoquent la chaleur nécessaire au mûrissement des grappes, avec un important emploi de paillons d’or qui tranchent sur le vert acide des grains avant les bienfaits du soleil.

 

Reims : villa demoiselle, premier étage
Le bois tient une place de choix dans l’aménagement conçu par Louis Sorel et Tony Selmersheim.
La partie inférieure de toutes les parois est recouverte de lambris en frêne orné de moulures aux formes courbes et effilées si particulières, intégrant certains meubles tels que des consoles de part et d’autre des portes, comme ici à l’étage.

la décoration intérieure resplendit de sinuosités, torsades et volutes de l’Art nouveau ; la pomme de pin, la libellule, les iris, les ombelles, même la feuille de vigne sont partout !

 

Reims : villa demoiselle, chambre à coucherHenry Vasnier et les femmes

Bien que nous ne sachions que peu de choses sur la vie privée d’Henry Vasnier, sa collection est toutefois le reflet de son goût pour la représentation de la femme.
De « Cleo de Merodes » et « Diane se dévêtant » l’Alexandre Falguière aux « femmes nues » de Jacques Loysel sans oublier « Adolescence de Raphaël Collin ou « La Parisienne » de Jules Betlen, alors que ls portraits sont peu présents chez lui, les modèles féminins ont sa préférence. Elles ont bien souvent en commun une grâce langoureuse voire sensuelle, propre à charmer l’oeil et l’esprit.

« Adolescence » de Collin est d’un style différent, plus mélancolique, représentant une jeune fille, innocente, demi-nue en buste, en plein air. Tout est dans le traitement de la chair, et de l’arrière-plan.
(source : documentation sur place)

 

Reims : villa demoiselle, femme nueDans l’intimité d’Henry Vasnier

Un grand nombre de petites sculptures et d’objets décoratifs, apparemment anodins, nous éclaire sur les mystères de l’inconscient de Vasnier. Dans les recoins et les sous-pentes
des chambres recréées lors de la rénovation de la Villa Demoiselle, ces œuvres sont révélatrices de son gala intime.

Sur une cheminée, domine ainsi une Diane dévêtue, sculptée par Alexandre Falguière. Déesse rebelle, sœur d’Apollon, chasseresse et célibataire, elle préfère, comme lui et Émile Gallé, une nature sauvage et libre.

 

Reims : villa demoiselle, femmes

 

 

La courtisane Phryné, quelques nymphes et leurs satyres,
une série de nus de Jacques Loysel rappellent sa fascination pour Cléo de Mérode

 

Reims : villa demoiselle, la Vérité méconnue

 

 

 

Enfin, l’étrange Pudeur d’Albert Dammouse et, dans la salle de bain, La Vérité méconnue de Jules Dalou conduisent à  s’interroger sur ces secrets exposés pour la première fois dans cette “villa des Mille et Une Nuits”, terminée peu de temps après la mort, en 1907, de Vasnier.

source pour les oeuvres exposées : guide de visite « LES PASSIONS MODERNES D’UN COLLECTIONNEUR AUDACIEUX »

 

Henry Vasnier avait une parfaite connaissance du marché de l’art.

Non seulement il avait l’œil pour acquérir les Delacroix, Ziem, Daubigny, Friant ou Monet qui font aujourd’hui la gloire du musée de Reims, mais il avait conseillé madame Pommery, elle-même grande collectionneuses de céramiques qu’elle a aussi léguées à la ville de Reims. Il lui avait surtout fait acquérir Les Glaneuses de Jean-François Millet.

L’œuvre convoitée par les Américains fut en effet mise aux enchères en 1888. Un grand mouvement en faveur de la protection du patrimoine national avait alors attiré l’attention du grand public. Ordre fut donné en secret par Vasnier d’acheter sans limitation de prix.

Quand le nom de l’acheteur fut révélé, le coup de pub donné à la maison Pommery fut retentissant, d’autant plus que Madame Pommery fera donc du tableau à l’Etat Français !.

 

Reims : villa demoiselle, bouteille

 

La villa Demoiselle a été restaurée pour redevenir un lieu d’habitation mais aussi pour recevoir les clients dans un cadre somptueux. « Cette Maison, nous l’avons voulue comme la plus belle ambassadrice des grands savoir-faire » dit Paul-François VRANKEN.

La villa sert notamment d’écrin majestueux à la cuvée qui lui a donné son nom actuel : la cuvée Demoiselle. Cette « cuvée de prestige élaborée en 1985 se fonde sur un assemblage inédit à 80 % de chardonnay qui lui confère sa pâleur typique, rehaussée de dominantes cristallines vertes et blanches ; un Champagne qui se veut à la pointe du raffinement, de la féminité, de l’originalité et de l’élégance.
Son flacon est inspiré de l’Art Nouveau, cet art né à la fin du XIXe siècle que magnifie la villa Demoiselle »
(source : le dico du vin)

Nous retrouvons, dans bon nombre de pièces, toute la gamme des champagnes « Demoiselle » mais aussi « Diamant », créés 20 ans plus tard.

Nous aurons le privilège de goûter aux deux à la fin de notre visite, comme nous le verrons

 

Reims : villa demoiselle, la cave
UNE COLLECTION PRIVÉE UNIQUE AU MONDE, SIGNÉE PAUL-FRANÇOIS VRANKEN

Maison du bel ouvrage, écrin des savoir-faire ancestraux, la Villa Demoiselle abrite dans ses caves un précieux trésor : la plus grande collection de millésimes du XIXe au XXIe siècle.

Paul François Vranken dévoile aujourd’hui aux amateurs éclairés près de 300.000 bouteilles, uniques au monde. « 56 millésimes d’or » constituent l’exceptionnelle vinothèque de la Villa Demoiselle, dont les caves ont également été restaurées.

Le conservateur de la collection garantit la qualité de chacun des flacons.

« J’ai attendu plus de trente ans pour les dévoiler. Il s’agit là d’une volonté historique, c’est un respect pour ces grandes maisons qui ont toujours élaboré de grands vins. Nous avons des trésors. Il faut les montrer. Si le côté festif du champagne est connu partout dans le monde, les vieux millésimes, eux, sont exceptionnels ».

source : le site officiel de la Maison

 

Reims : villa demoiselle, le kiosque Le kiosque a été réhabilité en 2009, en même temps que le cellier et les jardins, dans le même esprit que la maison entre Art nouveau et Art déco.
Il accueille les visiteurs et abrite une boutique, réservée aux ventes prestige.

Reims : villa demoiselle, dégustation "diamant" et "parisienne 2007"
Nous aurons l’immense privilège de pouvoir goûter simultanément à deux champagnes très différents :

Cuvée Diamant Brut : « Une robe jaune pâle avec des reflets ambrés. Une effervescence épanouie et frivole. Un cordon délicat et de belle tenue », ce champagne est idéal à l’apéritif.
Il nous est donc conseillé de le boire en premier.

Cuvée Demoiselle, la Parisienne, millésime 2007 : « Une robe jaune pâle, lumineuse. Un nez séduisant, très fin aux senteurs florales subtiles. Bouche tendre, grande finesse avec un final mielleux et une très belle longueur en bouche. » J’ai adoré !!

 

Reims : villa demoiselle, dégustationL’art de servir le champagne

Il ne faut pas faire « péter » le bouchon mais tourner avec précaution la bouteille afin que le bouchon se libère en douceur.

Une fois ouverte, tenez la bouteille par le fut et non pas par le col. Le pouce enfoncé dans la cavité de la bouteille (comme sur la photo, l’étiquette tournée vers le haut), servez dans une flûte ou un verre tulipe de façon penchée. Versez ensuite l’alcool en douceur pour que la mousse ne soit pas trop fugueuse et faites attention à ce que le goulot ne touche pas le bord du verre.

Ne remplissez les verres qu’à moitié pour commencer puis compléter, sans remplir le verre : il faut laisser aux arômes de la place pour se développer.

Cette dégustation fut vraiment un moment magique, dans cet environnement exceptionnel !

Afin de ne pas descendre trop vite de notre petit nuage, nous sommes allés déjeuner au Domaine « Les Crayères », en choisissant non pas le restaurant « Le Parc » mais la brasserie « Le Jardin ».

C’est une brasserie haut de gamme qui propose des produits frais élégamment travaillés. Le service y est d’une rare efficacité ! Nous ne pouvons que vous recommander d’y aller mais pensez à réserver car l’endroit est très couru !

 

L’après-midi a été consacré à la découverte du quartier Saint-Remi et de la cité-jardin Le Chemin-Vert

 

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