Reims : le Chemin-Vert

Reims : le Chemin-Vert

retour

 

La cité du Chemin-Vert est la plus importante d’un ensemble de treize cités-jardins créées à Reims dans l’entre-deux-guerres.
En 1922, 600 petites maisons de style alsacien destinées à héberger des familles ouvrières furent construites sous la direction de l’architecte Jean-Marcel Auburtin.
On trouve là, avec près de 30 ans d’avance, à une époque où n’existent encore ni les Allocations Familiales, ni la Sécurité Sociale, ni les MJC, toute une série d’équipements et de services à destination des habitants : une association « La Maison de l’enfance » pour les mères et enfants en bas âge, une Maison commune avec bains-douches, un club, une bibliothèque, une salle des fêtes…, deux centres commerciaux, une boucherie, une boulangerie et un groupe scolaire destiné à l’accueil de 1 200 enfants.

Les noms des voies principales rappellent la Première Guerre mondiale : la Marne, l’Yser, la Somme, l’Argonne, la Suippe, le 11 novembre, le 132e Régiment d’Infanterie. Les voies secondaires évoquent tout à la fois les qualités nécessaires à la vie de famille (allée des mamans, des Bons Enfants) ou la nature (allée des roses, des jasmins, du pinson, des hirondelles).

L’église, édifiée à partir de 1923, classée au titre des monuments historiques, est décorée par de grands artistes de l’époque : Maurice Denis, René Lalique, Gustave Jaulmes…

La cité-jardin du Chemin Vert est toujours la propriété du Foyer Rémois, qui a procédé à une réhabilitation complète de 1995 à 2000.

Elle est labellisée « Patrimoine du XXe siècle ». Institué par le ministère de la culture et de la communication, le label « Patrimoine du XXe siècle » est destiné à faire connaître les édifices ou ensemble d’édifices les plus significatifs de ce siècle en matière d’architecture et d’urbanisme.

Ce circuit de 4 km nous permettra de découvrir cette cité, présenté par la ville de Reims comme étant une réalisation exemplaire d’un projet urbain social des années 1920-1930.
Pour moi, qui ai grandi dans une cité minière du bassin potassique (Alsace), ce quartier est quasiment jumeau de celui que j’ai connu dans ma jeunesse.

Et vous, connaissez-vous d’autres réalisations de ce type, ailleurs en France ?

Distance : 4,0km – Temps approximatif de parcours : 1h20 sans les arrêts

 

 

Le circuit débute place du 11 novembre, théoriquement, et nous présentons le circuit dans cet ordre. Mais en ce qui nous concerne, nous l’avons démarré Place du Général Gouraud (point 5 du parcours) après avoir visité les caves Pommery et la villa Demoiselle.

reims : chemin-vert, place du 11 novembre

(1) La place du 11 novembre »

« Le plan de la cité est celui d’un grand jardin à l’anglaise avec ses allées en courbes et contre-courbes le long desquelles se déclinent les maisons. La place centrale présente la forme, courante dans les cités-jardins de l’époque, d’un rectangle dont les petits côtés s’achèvent en hémicycles »
(source : http://www.cite-jardin-reims.culture.fr)

Le plan ci-contre (qui provient du même site) montre bien que la place se trouve vraiment au cœur de la cité, entre l’église Saint-Nicaise et la Maison commune.

Le centre de la place est occupé par une aire de jeu. Une voie à sens unique permet aux voitures d’en faire le tour.
 

reims : chemin vert , église saint Nicaise(2) L’église Saint-Nicaise est emblématique pour la ville de Reims à deux titres au moins :
– elle s’inscrit au cœur d’un programme immobilier social voulu par l’industriel Georges Charbonneaux (1865-1933) dès 19121
– elle reprend le vocable de la prestigieuse église abbatiale gothique Saint-Nicaise, située alors hors des remparts de la ville, abandonnée puis dépecée après 1793.

Destinée à la population de familles nombreuses habitant la cité du Chemin Vert, elle est dépouillée à l’extérieur, pour se fondre avec le reste de la cité-jardin.
Le décor intérieur est en revanche très élaboré, mais nous n’avons pas pu l’admirer « en vrai » car, en dehors des messes et des cérémonies, l’édifice n’est pas ouvert au public de manière permanente. Il faut prendre contact avec l’association des amis de saint nicaise du chemin vert
Vous trouverez énormément d’informations, non seulement sur l’église mais aussi sur la cité, sur le site de cette association.

Pour voir tous les décors peints, cliquez ici
Pour voir les vitraux, les sculptures et les ferroneries, cliquez ici

reims : chemin vert, avenue de la sommeNous avons pris l’avenue de la Marne pour arriver devant l’église.
Il faut emprunter sur la gauche l’avenue de la Somme pour découvrir les maisons jumelles ou en bande de la cité-jardin.

Pour éviter la promiscuité d’éventuels vis à vis, en dehors des constructions donnant sur la voie publique, le recul minimum doit être de 25 mètres entre les façades. Chaque logement possède son propre jardin individualisé où l’on trouve une cabane, généralement groupée avec trois voisines, pour ranger les outils, un poulailler et un clapier.

Je me crois revenue au temps de mon enfance ! Et ce sentiment est d’autant plus net que le style se rapproche du modèle alsacien …

 

reims : chemin vert : allée des bons enfantsreims : chemin vert, allée des bons enfants(3) La cité-Jardin allée des Bons Enfants
Bien qu’ils soient destinés à des grandes familles, il s’agit de petits logements de 36 à 65 m2. Les plus grands possèdent alors quatre pièces d’environ 4 m sur 3m 50, les seuls éléments de confort sont un WC à l’intérieur, avec chasse d’eau, relié au tout à l’égout, et un robinet d’eau froide dans la cuisine-séjour.
Elles possèdent aussi une cave et un grenier.
Les maisons du Bassin Potassiques étaient aussi nanties de clapiers et de poulaillers, avec un espace prévu pour le stockage du foin.
Je suppose qu’au cours de la réhabilitation, ces volumes ont été utilisés différemment comme dans les cités minières, où l’espace de stockage du foin a, le plus souvent, été reconverti en petite salle de bain.

 

reims : chemin vert, maison commune(4) la Maison Commune, dont nous ne voyons ici qu’une façade latérale, tenait une place importante au coeur de la cité.
Son rôle est « d’assurer le fonctionnement des bains-douches, de la bibliothèque et du cercle réservés aux seuls habitants du Foyer-Rémois et d’organiser des réunions théâtrales, artistiques et littéraires et de perfectionner l’instruction et l’éducation de la jeunesse » comme l’indiquent les statuts primitifs de l’association.

Mais, apparemment, ici les bains-douches n’ont pas eu le succès qu’ils ont connu dans les cités minières du bassin potassique.
Sur le site consacré à la cité, on peut lire en effet « Ils ferment à la fin des années trente quand on s’aperçoit que ne sont pris que trois bains ou douches par an et par habitant et qu’un tiers concerne des personnes extérieures à la cité, notamment les militaires de la caserne Jeanne d’Arc. » Or, je me souviens très bien des bains hebdomadaires pris dans la Maison Commune jusque dans les années 1960.

 

reims : chemin vert, avenue yser

(5) Avenue de la Somme

Chaque logement dispose d’un jardin de 300 m2 où l’on peut cultiver des fleurs ou des légumes pour limiter les dépenses alimentaires qui pouvaient représenter jusqu’à 80 % du budget d’une famille nombreuse ouvrière à une époque où n’existent ni les grandes surfaces commerciales ni les magasins à bas prix d’aujourd’hui.
Apparemment, les occupants actuels préfèrent utiliser cette surface comme jardin d’agrément plutôt que comme jardin potager.

Arrivés sur l’avenue de l’Yser, nous nous dirigeons vers le rond-point de la Défense.

 

reims : chemin vert, rue lanson

(6) Rue Lanson, nous avons l’exemple d’un groupe de maisons accolées, à un logement chacune.

reims : chemin-vert, siège du Foyer Rémois

Juste en face, nous passons devant le siège du Foyer Rémois, constructeur de la cité-jardin.
Cette société anonyme d’habitations à bon marché a été créée en 1912 par Georges Charbonneaux.

A l’époque, le logement est un vrai problème. Comme toutes les grandes villes françaises, Reims profite de l’essor de l’industrialisation et voit sa population tripler en un siècle. C’est alors que Georges Charbonneaux va marquer la ville de son empreinte, en se lançant dans la construction d’un quartier exemplaire, la cité-jardin du Chemin Vert. Il se fixe pour mission de proposer des logements pour tous.
Un siècle et de nombreuses réalisations plus tard, l’objectif n’a pas changé. Ce cheminement a permis au Foyer Rémois de se développer jusqu’à aujourd’hui. Pour preuve, Le Foyer Rémois a relevé le défi de rééditer le concept de cité-jardin en posant les grands principes environnementaux de ce type d’habitat au XXI ème siècle à Bétheny pour la cité-jardin Les Aquarelles.
(source : http://www.foyer-remois.fr/le-foyer-remois/notre-histoire/)

 

reims : chemin vert, rue des crayèresA la fin de la rue Lanson, nous tournons à gauche dans la rue des Crayères.
Nous sommes ici à proximité de l’IUT, de l’UFR Sciences Exactes et Naturelles et de l’UFR STAPS. Les bâtiments que nous voyons abritent des logements pour les étudiants : il s’agit de la résidence TEILHARD DE CHARDIN.
De l’autre côté de la rue, nous longeons des murs qui abritent des parcelles de vigne. Nous nous rapprochons de ce qui fait la réputation de Reims : ses crayères et son champagne.

Les crayères, ce sont ces dizaines de kilomètres de boyaux serpentent dans la craie, à l’abri de la lumière, où la température constante de 11 °C et l’humidité voisine de 100 % agissent à merveille pour laisser vieillir favorablement les bouteilles de champagne.
Depuis le milieu du XVIIIe siècle, ces anciennes carrières, utilisées pendant près de deux mille ans pour approvisionner en pierres la construction des maisons, des églises, des forteresses et bien sûr de la cathédrale de Reims, ont été reconverties au service de la production des vins de Champagne.

 

reims : chemin vert, parc de champagne(7) L’Histoire du Parc de Champagne est liée tout d’abord à celle de la Maison de champagne Pommery. En 1907, le petit-fils de la Veuve Pommery, le Marquis Melchior de Polignac décide de réaliser un site pittoresque à la fois pour le bien-être de son personnel travaillant en caves et pour marquer Reims de son empreinte.
Il sollicite Edouard Redont, un architecte-paysagiste rémois, qui dirigera pendant deux ans des travaux colossaux pour dessiner et aménager le parc bordé en partie de vignes : apport de terre arable pour remplacer en partie la craie, plantation notamment de plus de 1 000 arbres et conifères de taille adulte, création de dénivelés, de perspectives vers la montagne de Reims et implantation d’équipements sportifs aujourd’hui partiellement disparus. Toujours sous l’impulsion du Marquis de Polignac, le parc est doté d’équipements sportifs supplémentaires pour devenir un modèle en France dans la perspective des jeux olympiques de 1917 !
reims : chemin vert, parc de champagne
 
 

Depuis avril 2004, la Ville de Reims préside aux destinées de ce parc, devenu un lieu de vie tourné vers la détente.
Il est possible de pratiquer des activités physiques, de loisirs mais aussi des activités culturelles avec l’organisation d’expositions, de concerts.
Un parcours de reconnaissance d’arbres permet de découvrir ce parc de façon ludique.
c’est devenu un lieu d’accueil de grands événements tout au long de l’année et un endroit où il est plaisant de se promener.

Pour en savoir plus, cliquez ici.

 

reims : chemin-vert, château des crayères(8) Suivant les plans de l’architecte Louis Dauphin pour madame Pommery, le château des Crayères, discrètement lové dans un parc de 7 hectares, fut construit en 1904 pour sa fille, la marquise de Polignac. Le marquis Melchior de Polignac prit la direction de la maison en 1907.

Le Président de Pommery décidera, à peine quelques années après la construction de son château, d’offrir son parc contigu de 22 ha pour la création d’une école de sportifs de toutes disciplines, se voyant décerner à cette occasion le titre de 1er mécène sportif de France : nous parlons bien sûr du Parc de Champagne que nous venons de voir.

Durant sept décennies, le Château des Crayères conserve sont affectation initiale de maison familiale des Présidents successifs de la Maison Pommery.

En 1979, le Domaine est cédé à de nouveaux propriétaires qui décident de transformer ce château en site gastronomique et hôtel, et dès 1982, le château devint l’un des plus beaux « Relais et Châteaux de France » sous la direction de Gérard Boyer.

 

 reims : chemin vert, villa demoiselle

(9) Fleuron de l’Art nouveau et de l’Art déco mêlés, la Villa Demoiselle fut construite de 1904 à 1908 d’après les plans de l’architecte Louis Sorel pour Henri Vasnier, négociant en vins pour la maison de Champagne Pommery puis associé de la veuve Pommery.

Ses propriétaires actuels ne sont autres que Paul-François et Nathalie Vranken, les propriétaires de Pommery. Tombés amoureux de cette demeure, les époux ont fait appel à des artisans d’art pour restaurer l’édifice qui tombait en ruines.
Nous la verrons plus en datail au cours de notre visite du domaine Pommery.

 

reims : chemin vert, domaine pommery

(10) Le Domaine Pommery a été créé, comme nous le verrons plus en détail à l’occasion de notre visite du domaine Pommery, par Louise Pommery, veuve en 1858 avec deux enfants, alors qu’elle n’a que 39 ans.

En 1868, elle acquiert les terres devant lesquelles nous nous trouvons et se lance dans un chantier monumental.
Elle décide de relier entre elles les crayères (anciennes carrières gallo-romaines) pour les métamorphoser en caves. 18 kilomètres de tunnels sont creusés pour pouvoir déposer, dans la fraîcheur et l’ombre, les précieuses bouteilles de champagne.
Ensuite, c’est à l’architecture et à l’urbanisme du domaine qu’elle s’adonne, créant dans l’effervescence un exceptionnel patrimoine de style gothique néoélisabéthain « ultra british » pour la simple raison que ses plus gros clients à l’époque se situaient outre-Manche (nous a dit notre guide)

 

reims : chemin-vert, boulevard pommery en 1922La photo ci-contre provient du site consacré au Chemin-Vert

(11) Nous remontons le boulevard Pommery en longeant la cité-jardin qui se situe à notre droite. A gauche, au n° 176, ne manquez pas le groupe scolaire : sur le site de la cité-jardin, nous apprenons que « ne disposant pas de terrains suffisants sur le territoire de la cité, le Foyer Rémois fait réaliser un premier groupe scolaire de l’autre côté du boulevard Pommery, à une époque où la circulation automobile y est encore très réduite ». Vous trouverez sur le même site une photo d’époque du groupe scolaire d’origine.

A hauteur de l’avenue de l’Yser, nous tournons à droite. Nous empruntons ensuite l’avenue du 132e-RI et tournons à gauche dans l’allée des Monts-de-Champagne pour passer devant le centre commercial et rejoindre le point de départ.

 

Ainsi s’achève ce circuit qui nous a permis de découvrir un des quartiers les plus coquets de la ville mais surtout de revenir sur une époque pas si lointaine que certains d’entre nous ont peut-être connue, sans doute en tant que descendants des premiers occupants.

C’est en effet au début du xxe siècle que le concept de cité-jardin s’impose comme un modèle global d’urbanisation. Pourtant, l’idée d’Ebenezer Howard (1898) de concevoir des communautés autosuffisantes à l’écart des grandes villes et intégrées à l’espace rural, va donner naissance à de nombreuses interprétations à travers le monde, bien différentes du modèle originel de Letchworth, cité-jardin commencée en 1903 au nord de Londres.
C’est notamment le cas en France où la première cité-jardin est construite dans le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais dès 1904, et offre alors une nouvelle manière de concevoir l’habitat ouvrier.
La cité que j’ai connue a été commanditée par les Mines Domaniales de Potasses d’Alsace, et sa construction a débuté en 1925. Les noms des rues sont empruntés à des contes et des légendes enfantines. Il y en avait de nombreuses autres, réparties sur tout le bassin potassique.

De nombreuses autres réalisations de ce type ont vu le jour ailleurs en France, en Belgique …

Pour poursuivre votre visite de Reims:
Histoire de Reims pour découvrir la ville grâce à une promenade qui vous emmènera à travers plusieurs siècles d’histoire dans la cité des sacres
le quartier saint Remi pour admirer deux des quatre fleurons du patrimoine rémois : la basilique et l’abbaye bénédictine Saint-Remi, inscrites sur la Liste du patrimoine mondial de l’Unesco.
L’art déco au coeur de la cité pour partir à la découverte des principaux édifices nés de la reconstruction des années vingt.
une cave champenoise .

retour