Porquerolles, une île d’exception

porquerolles : plage Notre-Dame, juin 2019

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«Arpenter l’île de Porquerolles, c’est aller d’un pas apaisé à la rencontre d’une frontière subtile entre l’eau et la terre,
entre la sagesse et les excès des hommes … »

L’île de Porquerolles appartient, avec les îles de Port-Cros et du Levant, à l’archipel des îles d’Hyères, aussi appelées « les Iles d’Or ».
Géologiquement rattachées au massif des Maures, ces îles en ont été isolées par la montée progressive du niveau de la mer après la fonte des glaces, il y a quelques 20 000 ans.
Porquerolles - la côte sud

 

D’une surface de 1257 ha, Porquerolles dessine un arc, orienté est-ouest, de 7 km de long pour 3 km de large.
Toute la partie qui regarde vers la côte s’allonge en plages douces et harmonieusement découpées ; toute la partie qui regarde vers le large plonge dans la mer en falaises abruptes.

L’île tourne ses terrasses vers le nord, ce qui, dans le Midi, est un bienfait ; c’est là, aussi, la raison de la fraîcheur délicieuse de son climat pendant l’été.

 

Porquerolles - carte de l'île

L’ossature de l’île est formée de cinq chaînons de collines, orientées du nord au sud et se terminant à l’ouest par le massif du Langoustier. Entre elles s’étendent les quatre plaines principales qui recueillent les eaux d’infiltration pluviale, avec d’autant plus de facilité que leur couche superficielle, formée de micaschistes perméables, est suivie à quelque profondeur d’une couche argileuse imperméable retenant les eaux et entretenant une humidité souterraine, profitable aux bois et aux cultures.
La chaleur et la sécheresse qui grillent tout sur le littoral, ne se font pas sentir en raison de la nappe d’eau du sous-sol, de la fraîcheur des brises marines et des rosées abondantes. Car c’est là un fait remarquable : le phénomène de la rosée, inconnu dans le midi de la Provence, peut être quotidiennement observé à Porquerolles

Pour la protéger de l’urbanisation, l’Etat achetera la plus grande partie de l’île en 1971. Elle sera léguée en 1985 au Parc National de l’île voisine de Port-Cros, qui en assurait déjà la gestion et la mise en valeur.

 

Depuis 1988, Porquerolles et un périmètre marin de 500 m autour de l’île et de ses îlots sont devenus site classé.
En 1979, le Parc National de Port-Cros a mis en place le Conservatoire botanique de Porquerolles pour préserver la flore originelle de l’île. Il deviendra Conservatoire botanique national méditerranéen en 1990.

Porquerolles bénéficie bien sûr d’une situation exceptionnelle et d’une grande diversité de milieux, ce qui explique la variété et la richesse de la flore. Mais si nous pouvons si bien en profiter aujourd’hui, c’est avant tout parce que l’île a été particulièrement bien préservée.
Porquerolles est un territoire d’exception ouvert à tous mais sous la responsabilité de chacun.

Porquerolles, coeur de Parc National, est protégée par une réglementation spécifique.

  • Pas de feu ni de cigarette en dehors du village pour prévenir l’incendie et garder les plages propres.
  • Pas de camping ni de bivouac.
  • Pas de déchets en dehors des conteneurs, pour ne pas altérer les milieux naturels et les paysages.
  • Pas de bruit ni de dérangement pour préserver le caractère des lieux.
  • Pour conserver la diversité biologique, la cueillette et le prélèvement sont réglementés.
  • La circulation des véhicules motorisés et des vélos est réglementée.
  • Pour sauvegarder la flore et la faune sauvages, ne pas quitter le tracé des pistes et des sentiers autorisés.
  • Pour la tranquillité de la faune, les chiens doivent être tenus en laisse. Ils sont interdits d’accès sur les plages pour des raisons de salubrité.

Dernières mises à jour : septembre 2018 et juin 2019

 

Cet article est avant tout consacré à la flore qui s’offre aux yeux des promeneurs attentifs. Vous pourrez la découvrir en arpentant l’île à pieds, notamment en suivant les deux circuits que nous vous proposons et qui vous permettront de découvrir la majeure partie de l’île : du village de Porquerolles au Cap des Mèdes et du village de Porquerolles au Langoustier

« De quelques coté que l’on se dirige, le spectacle est magnifique ; ce ne sont que forêts de beaux pins d’alep, champs de lauriers et de ciste, haie de grands roseaux et surtout touffes de lavande sauvage, à fleurs violettes, bruyères roses et ajoncs aux fleurs d’un jaune doré. Des eucalyptus géants, de frêles tamaris, des arbousiers aux fruits d’une saveur aromatique particulière, des ficoïdes qui revêtent les terrasses et les murs d’un tapis de fleurs d’une richesse, d’un éclat et d’une variété de nuances incomparables, ornent ce paysage élyséen, complété par d’étonnantes et toujours gracieuses échappées sur la mer et les Maures… » (Paul Joanne, Dictionnaire Géographique et Administratif de La France)
 
porquerolles : eucalyptus au village, route du LangoustierPorquerolles - eucalyptusMes arbres préférés sur Porquerolles sont les eucalyptus, probablement pour le parfum puissant qu’ils dégagent et qui a toujours été le premier qui nous accueillait quand nous arrivions sur l’île avec les enfants. Ces arbres imposants bordent notamment le Chemin Notre-Dame, que nous empruntions systématiquement (et que nous empruntons toujours) en premier afin de filer vers notre plage préférée entre toutes : la plage Notre-Dame (que nous avons immortalisée sur la photo d’introduction de cet article)
Respirez à fond leur odeur, admirez leur écorce, sur laquelle le soleil créé de mupltiples nuances de brun, du plus clair au plus sombre, en passant par l’ocre. En juin 2019, nous en avons repéré un dont l’écorce, avec l’âge, prend de bien belles nuances : il se trouve au début du chemin du Langoustier, en partant du village.
 
Ces arbres (originaire d’Australie) ont été introduits sur l’île par François-Joseph Fournier, qui a acheté l’île en 1912 et ils se sont si bien adaptés au climat méditerranéen qu’ils sont aujourd’hui considérés comme une espèce invasive sur l’île car ils tendent à supplanter des espèces indigènes par leur croissance très rapide et leur faculté à stériliser le sol.
 
Importés pour des raisons ornementales, organoleptiques, ainsi que pour leur capacité à assécher les zones humides, ils sont devenus indésirables et le Parc National de Port-Cros a jugé qu’il fallait limiter leur prolifération.

Pour cela un mode opératoire à été mis en place : les sujets présents à proximité des pistes sont abattus et le bois sert au chauffage aux habitants de l’île. Lorsque les sujets sont situés en pleine forêt, on pratique une dévitalisation, qui consiste a faire mourir l’arbre sur pied.
Cette technique présente divers avantages :
– On limite l’impact sur la végétation environnante car l’arbre va se démanteler progressivement
– Le bois mort sur pied sert d’habitat à une multitude d’organismes (insectes, oiseaux, chauve-souris) et favorise la biodiversité
(source : http://casquesverts.com/ et le bureau d’accueil du Parc National de Port-Cros, qui gère la flore de Porquerolles)

 

porquerolles : pins parasols au Hameau Les plus belles allées de pins parasols se rencontrent aux abords du « Hameau », là où s’est installé le conservatoire botanique. Très bel arbre au port caractéristique de parasol quand il est adulte, comme sur ces photos, il peut atteindre 30 mètres de haut.
 

Le pin parasol n’est pas seulement réputé pour l’ombre bienfaisante qu’il offre aux randonneurs. C’est lui qui fournit les pignons, que l’on consomme dans de nombreuses préparations alimentaires (pâtisseries, salades). C’est l’amande, moelleuse et sucrée, au petit goût de résine, qui est consommée. Une coque de bois très dur l’enveloppe, qu’il faut casser entre deux cailloux.

 

porquerolles : pins d'alep plage d'Argentporquerolles : pins d'alep

Le Pin d’Alep prospère tout près de la mer où il supporte bien l’attaque des embruns salés.
Les embruns chargés de détergents causent en effet de gros dégâts sur les pins, en attaquant la cuticule cireuse protectrice de l’épiderme des feuilles. Les pins prennent une teinte grisâtre caractéristique et meurent lentement.

La photo de droite a été prise tout près de la mer, juste à l’arrière de la plage d’Argent.

 

Porquerolles - arbousier

L’arbousier, un arbuste qui peut atteindre jusqu’à 12 mètres de haut, affectionne les sols acides. Il forme le « maquis haut » en association avec les bruyères arborescentes, les filaires, les lentisques.
On le reconnaît à son écorce d’un beau brun-rouge qui s’exfolie abondamment.

 

Porquerolles : arbousier avec une belle floraison et des fruitsporquerolles : arbousier et fleurs naissantes

En automne, impossible de ne pas le reconnaître : il porte fleurs et fruits simultanément.
 
 
Ses fruits, les arbouses, rougissent au soleil d’automne et sont  comestibles bien qu’un peu fades.
Sur les photos ci-contre, vous pouvez voir les fleurs tout juste naissantes fin septembre, puis magnifiquement épanouies un mois plus tard.

 
 

Porquerolles - Pistachier LentisquePorquerolles - Pistachier LentisqueLe pistachier lentisque, un arbuste qui peut atteindre 5 à 6 mètres de haut, à écorce grise et lisse, se repère à ses feuilles persistantes vert foncé. Il a une odeur de résine. Ses fleurs blanches donneront des petits fruits rouges puis noirs.
C’est un arbre caractéristique du maquis méditerranéen.

Outre les fruits, consommés par les oiseaux en hiver, le lentisque produit une résine dite « mastic de Chio » autrefois utilisée en pharmacie, mais aussi comme gomme à mâcher odorante. On en extrayait également un excellent vernis pour la peinture à l’huile. Le fruit qui contient une petite amande comestible, servait à la fabrication d’une huile pour l’éclairage, la savonnerie et même l’alimentation.

 

porquerolles : nerprun alaterne
Voici un autre arbuste, aux petits fruits rouges devenant noirs à maturité, et dont les feuilles sont persistantes elles aussi : le nerpurn alaterne.

Caractéristique des garrigues méditerranéennes, sa croissance est lente mais il peut atteindre 5m de haut et surtout vivre une centaine d’années !
Les feuilles, alternes, persistantes et coriaces, ont un limbe à bord épais et membraneux, portant de petites dents orientées vers le sommet de la feuille. Les fleurs sont petites, jaunâtres, les sépales sont dressés pour les fleurs femelles, rabattus pour les fleurs mâles ; elles apparaissent en février/mars, période que nous n’avons encore jamais mise à profit pour visiter l’île.

 

Porquerolles bruyere arborescente

 

La Bruyère arborescente, vivace et très ramifiée, peut atteindre 4m de hauteur. Elle est caractéristique des maquis élevés. Les feuilles persistantes sont des aiguilles de 4 mm vert foncé. Pour pouvoir admirer les bouquets denses que forment les petites fleurs blanches en cloche, il faut venir sur l’île entre février et mai.
Le saviez-vous ? La souche massive de cette bruyère est utilisée dans la fabrication des ébauchons de pipes. Ces célèbres pipes de bruyère sont confectionnées à Cogolin dans le Var et à St Claude dans le Jura.

 

Porquerolles - Myrte

Le Myrte est un arbuste à feuillage persistant et aromatique. Il atteint 3 mètres. Ses feuilles vert foncé, ovales et pointues, sont lisses, luisantes et persistantes; la nervure principale est très marquée.
Les pêcheurs utilisent les rameaux de bois souples pour la fabrication de nasses à poissons que l’on nomme gireliers.

 
 

Porquerolles - Myrteporquerolles : myrte, fruits

Les fleurs blanches éclosent de mai à juillet et sont parfumées.

Elles produisent des petites baies très caractéristiques, comestibles malgré leur âpreté, très recherchées par les oiseaux.

Les fruits et les jeunes rameaux, une fois macérés ou distillés, servent à la fabrication de vin ou de liqueur aromatisés.
Son huile essentielle est utilisée contre les affections bronchiques.

 

Porquerolles - Chêne vert
La forêt de chêne vert recouvrait jadis la totalité de l’île, à l’exception des croupes et des zones rocheuses trop arides.
Les feuilles de cet arbre, également appelé « yeuse » sont persistantes; vert foncé et luisantes sur le dessus, elles sont pubescentes et blanchâtres dessous, et ressemblent un peu à des feuilles de houx.
La cime très feuillée donne un couvert épais ce qui réduit le sous bois, favorise la décomposition de la litière et protège le sol de l’évaporation. L’enracinement est pivotant, très développé en profondeur, et peut s’étendre à plus de 5m alors qu’en surface il peut aller jusqu’à 18 m. Les racines latérales sont traçantes et drageonnantes ce qui lui permet de s’amarrer solidement sur des sols pierreux et de résister aux  vents violents.
A la suite de défrichements volontaires ou accidentels – en 1870, l’île a presque entièrement brûlé – le Pin d’Alep ainsi que le maquis à arbousier et à bruyère arborescente ont colonisé la place restée vacante. Les chênes verts ne subsistent aujourd’hui que dans les vallons humides de Porquerolles.

 

Porquerolles - Génévrier de Phénicie

Le Genévrier de Phénicie  peut atteindre jusqu’à 8 m de hauteur.

Ses rameaux portent deux types de feuille, des écailles et des aiguilles piquantes.

Les fleurs mâles sont groupées en chatons d’écailles portant des sacs polliniques sur leur face inférieure, elles sont de couleur jaune. Les fleurs femelles sont groupées dans des cônes contenant les ovules.

Les fruits sont d’abord de couleur verte puis deviennent rouge la deuxième année. Ce sont des baies qui atteignent 12 mm de diamètre.

 

Porquerolles- Euphorbe arborescenteporquerolles : euphorbia characiasL’Euphorbe characias est surement une des espèces d’euphorbes les plus étonnantes. Haute d’environ 1 mètre, elle forme un véritable petit arbrisseau. Ses tiges vigoureuses sont dressées et couvertes de feuilles oblongues à lancéolées, de couleur vert-bleuté.

Sa floraison, qui a lieu de mars à juin, est spectaculaire : ce sont de grosses inflorescences vert-jaune fluo composées de deux bractées entourant de petites fleurs apétales (aux glandes à nectar brunes), et regroupées en imposantes cymes cylindriques.
En ce 10 juin 2019, les fleurs sont déjà toutes fanées (photo de gauche) mais permettent encore de se faire une idée du spectacle.

 

porquerolles : barbe de jupiter

Les rochers de Porquerolles hébergent plusieurs espèces qui ont pratiquement disparu du continent du fait de l’urbanisation du littoral.

C’est le cas de La Barbe de Jupiter protégée par l’arrêté interministériel du 20 janvier 1982. Elle est particulièrement résistante aux embruns et bien adaptée aux conditions délicates de survie dans des milieux ventés, salés, chauds et secs; aussi est-elle est souvent utilisée pour la restauration des milieux dégradés.

Cet arbrisseau, pouvant atteindre 2 mètres de haut,  se couvre au printemps d’une multitude de fleurs blanc cassé virant sur le jaune.

 

Porquerolles - Fenouil de mer
Sur les rochers du bord de mer les conditions de vie sont extrêmement sévères : rareté de la terre, manque d’eau douce, chaleur en été, froid en l’hiver, humectation par les embruns salés, rinçage par les vagues des tempêtes et les pluies, vents violents. Ces rochers abritent pourtant une végétation remarquable.

Le Fenouil marin est l’une des rares plantes capables de survivre sur des rochers régulièrement atteints par les vagues. Outre sa résistance au sel, la criste de mer est également très résistante à la sécheresse: elle puise l’eau en profondeur pour ensuite la stocker dans ses feuilles charnues.
C’est l’une des rares plantes méditerranéennes à pouvoir fleurir au cœur de l’été.

Porquerolles - Fenouil marin

 

 

Les feuilles du fenouil marin sont parfois consommées en salade ou utilisées comme épice mais attention : sa cueillette est réglementée sur Porquerolles !
Bon à savoir : La criste marine est protégée dans tout le département du Var et pas uniquement à Porquerolles.

 

Porquerolles - statice naine (limonium pseudominutum)
 

La Statice Naine, appelée aussi  Petite Saladelle ou lavande de mer , haute de 15 cm, forme pour lutter contre les éléments des coussinets touffus, nourris de la décomposition des feuilles mortes qu’elle emprisonne sous son couvert. Le calice des petites fleurs violacées forme un tube persistant et parcheminé.

C’est une plante endémique de Provence. De plus en plus rare, elle jouit d’une protection nationale et sa récolte est interdite

 

Porquerolles - griffes de sorcières

La Griffe de Sorcière (carpobrotus), connue aussi sous le nom de Mésembryanthème comestible ou figue de mer , est une plante grasse originaire d’Afrique du sud ; vivace à tiges rampantes, articulées s’enracinant facilement aux nœuds. Les feuilles vertes puis rougissantes sont opposées, succulentes, très épaisses à section triangulaire.
Les Porquerollais sont très attachés à ces plantes qui ne poussent que dans des endroits arides, fixent le terrain, résistent à la sécheresse mais aussi au feu. Elles sont un bien joli décor, irremplaçable dans les paysages de l’île disent ses habitants.
Or, dans tous les descriptifs de cette plante, on peut lire: « Cette espèce redoutablement envahissante, étouffe les espèces indigènes voisines qu’il conviendra de protéger rapidement ».  Et c’est ce à quoi s’est employé le Parc National à Porquerolles.

 

Porquerolles - griffes de sorcières

« Incompréhension et indignation des habitants qui ont vu là une décision technocratique, sans justification locale, car de mémoire d’habitant on n’avait jamais vu ces griffes de sorcières se répandre inconsidérément dans la nature » peut-on lire dans un article du site porquerolles-patrimoine.

Selon un étude conduite dans l’île de Bagaud, et dont l’article cité ci-dessus se fait l’écho, il y a eu erreur sur l’espèce : c’est une espèce voisine, à pétales violettes et non blanches qui est envahissante. 
Or, les 2 espèces (fleurs jaunes et fleurs violettes) figurent sur la « Stratégie régionale PACA sur les plantes exotiques envahissantes » (cf site www.invmed.fr), dans les catégories les plus impactantes.
La lutte contre les plantes exotiques envahissantes fait partie des missions des gestionnaires d’espaces naturels (en particulier les sites Natura 2000) afin d’éviter une banalisation des espaces par disparition des éléments les plus rares et originaux au profit d’espèces plus résistantes et omniprésentes. Le Parc National de Port-Cros garde donc cette plante sous haute surveillance.

 

Porquerolles - Euphorbe pin

L’euphorbe-pin forme des petits buissons bleutés hauts de 10 à 50 cm.
Les tiges contiennent un latex abondant, qui s’écoule lorsqu’on les casse. Les feuilles ont une teinte vert bleuté.

Les fleurs se forment à l’aisselle des feuilles supérieures et à l’extrémité de la tige où elles sont disposées en une ombelle comprenant 10 à 20 rayons. Chaque fleur laisse apparaître des bractées jaune-verdâtre formant une sorte de coupe et surtout des glandes à nectar en forme d’écaille très colorées rougeâtres, brunâtres ou noirâtres.

 

porquerolles : cineraire maritimeporquerolles : cineraire maritime au fort du grand langoustier
 
La Cinéraire Maritime supporte, elle aussi, très bien la sécheresse et les embruns salés.
Les feuilles  élégamment découpées sont recouvertes d’un duvet doux et gris-argenté. C’est ce feuillage laineux et persistant qui lui permet de se protéger contre les embruns et l’évaporation.
Les fleurs jaunes s’épanouissent de mai à juillet.
C’est une plante saxicole et héliophile, qui affectionne les rochers ensoleillés (sur la photo : ceux du fort du Grand Langoustier).

 
porquerolles : cinéraire maritime
Vous rencontrerez cette plante aussi bien le long des plages, où elle est relativement à l’abri, que le long des pentes abruptes tournées vers le large.

Sur les rochers du bord de mer les conditions de vie sont extrêmement sévères : rareté de la terre, manque d’eau douce, chaleur en été, froid en l’hiver, humectation par les embruns salés, rinçage par les vagues des tempêtes et les pluies, vents violents. Ici ne peuvent subsister que des plantes adaptées à ces conditions épouvantables : elles se réfugient dans les anfractuosités et les crevasses où subsistent un peu de terre et d’eau issue des dernières pluies.

 

porquerolles : immortelles (helichrysum stoechas)porquerolles : immortelle (helichrysum stoechas)
L’Immortelle jaune est une plante typiquement méditerranéenne, de 20 à 50 cm de haut. Elle s’implante toujours sur des terrains arides et secs, et se contente de peu pourvu qu’elle ait du soleil.
Les espèces qui poussent au bord du littoral ont une teinte gris-argenté tandis que celles qui colonisent l’intérieur des terres sont plutôt vert grisâtre : les deux photos ci-contre permettent de voir la différence.
les feuilles, très étroites, sont tomenteuses.
Son nom lui vient de sa grande longévité : les fleurs qui apparaissent en juin-juillet, coupées et séchées, se conservent longtemps . Cette plante très aromatique dégage un parfum caractéristique de curry qui perdure.

 

porquerolles : panicaut maritimePorquerolles - Panicaut maritime (eryngium maritimum) 
Les plages, très fréquentées, ne sont pas très propices à des découvertes botaniques. Aussi est-ce un privilège de se retrouver tout-à-coup nez à nez avec un Panicaut Maritime (appelé aussi chardon des dunes). Nous avons eu la chance de voir la plante en septembre 2018, puis de nouveau en juin 2019 au même endroit.

Les feuilles, d’un gris-bleuté, sont coriaces et très piquantes !

Cette plante  a beaucoup régressé à cause des aménagements littoraux et des prélèvements à des fins ornementales : elle est protégée par l’arrêté interministériel du 20 janvier 1982.

La fleur est l’emblème du Conservatoire du Littoral.

 

porquerolles : malcolmia ramosissima

 
La Malcolmie ramifiée
(malcolmia ramosissima) fait, elle aussi, partie des plantes dont la présence se fait discrète.
C’est une petite plante grêle (5 à 20 cm), d’un vert cendré, qui pousse sur les sables du littoral méditerranéen ; elle ne se rencontre plus guère que sur la Plage d’Argent, qui abrite encore une des rares populations conséquentes de Provence.

Sa principale caractéristique est liée aux fruits (des siliques) : les stigmates forment deux lames aiguës et rapprochées, soudées ensemble en une seule pointe et, sur le fruit mûr, style et stigmates forment une pointe nettement allongée.

 

Porquerolles - malcolmia ramosissima
 
Quand on sait cela, on ne peut plus la confondre avec le Cakilier maritime (Cakile maritima), comme je l’ai fait : c’est presque toujours la première plante que l’on rencontre sur la plage, en s’éloignant de la mer. Il s’agit en effet d’une plante pionnière des dunes embryonnaires qu’on retrouve sur la plupart des côtes sableuses françaises. Cependant, le piétinement et le nettoyage mécanique des plages la raréfie.

Porquerolles - lys maritime
 
 

La Plage d’Argent recèle un autre trésor: le Lys de mer (Pancratium maritimum).
Plante des sables uniquement, elle possède un bulbe profond qui la protège des fluctuations du niveau des dunes. En fait, le lys de mer a la particularité de pouvoir s’enterrer plus profondément afin d’éviter son déchaussement, ou bien d’allonger sa tige en cas de recouvrement trop important par le sable.

Il fleurit de juillet à octobre puis produit de nombreuses graines noires qui ressemblent à du charbon. Légères et imperméables, elles seront dispersées sur le sable au gré du vent. Cliquez sur la deuxième photo pour l’agrandir et suivez les flèches rouges : en cette fin septembre 2018, les graines sont bien visibles.

porquerolles : lys de mer, plage blanche du Grand Langoustier
 
En septembre 2018, j’ai pu constater que le Lys des mers est bien présent dans de petits vallons sur tout le littoral des plages de la Courtade, mais aussi sur la plage Blanche du Langoustier. Renseignement pris auprès de la référente flore terrestre (service Connaissance du patrimoine) du Parc national de Port-Cros, il s’avère que, dans ce dernier endroit, la plante était présente, mais qu’elle a été augmentée par un transfert de population en provenance de l’ilôt du Petit Langoustier. Cette opération a été réalisée par le Conservatoire botanique national méditerranéen de Porquerolles et le Parc national de Port-Cros, il y a quelques années, dans le cadre d’une mesure conservatoire, avec un accord préalable du Ministère de l’Environnement. Cette plante est en effet protégée par l’arrêté régional PACA de 1994.

 

Porquerolles - centranthe rouge

 

 

Devant le fort du Bon Renaud, un magnifique Centranthe rouge s’efforçait de se faire une place au soleil: les tiges de cette plante héliophile, assez grande, peuvent courir sur le sol pour chercher le soleil.
La plante a besoin de très peu de terre et résiste à la sécheresse; aussi est-elle symbole de facilité.

Le centranthe rouge est de la même famille que la valériane officinale, avec des propriétés médicinales voisines mais moins prononcées. Il est employé notamment en teinture alcoolique en cas d’insomnie et de nervosité

 

Porquerolles - Datura Stramonium
Au détour d’un chemin, de curieuses fleurs  attirent  soudain le regard : il s’agit d’une plante exotique, d’origine mexicaine, la Datura Stramonium.

Cette plante annuelle, à la tige très robuste, fleurit en aout-septembre, la fleur s’enroule complètement et forme un cylindre dès qu’il fait soleil (grande photo), pour s’ouvrir en fin d’après midi. (petite photo en inclusion).

Le Conservatoire Botanique de l’île la surveille de près car elle pourrait devenir invasive.

 

Porquerolles Ecballium elaterium

 

 

Le Concombre d’âne est très toxique.
Sa racine purgative est  utilisée contre les hydropisies ; le fruit est un diurétique violent.
Il possède un curieux système de dispersion des graines : à maturité le mucilage interne du fruit a une telle pression osmotique qu’une zone de rupture se produit au niveau de l’attache du pédondule floral ce qui entraine une projection explosive des graines (noires et luisantes) à plusieurs mètres du plant.
Cet exemplaire a été trouvé devant le fort du Langoustier

 

Porquerolles - Santoline

La Santoline, appelée populairement petit cyprès, est un très petit arbuste de 30 à 50 cm de haut.  Le feuillage est persistant et couvert d’une sorte de duvet argenté. La plante dégage une bonne odeur aromatique qui rappelle celle de la lavande.

La santoline est utilisée depuis très longtemps dans les pays méditerranéens: les fleurs entrent dans la composition des bouquets secs , tandis que le feuillage, dont l’odeur repousse les insectes, est utilisé comme antimite.
La santoline a aussi des vertus médicinales, son huile essentielle est vendue de nos jours pour ses propriétés vermifuges, stimulantes et antispasmodiques.

 

Porquerolles - carline vulgaire

 

Ici, une Carline Vulgaire vient égayer un buisson de myrte.

Souvent assimilée à un chardon, cette plante épineuse s’en distinguent pourtant par la couronne d’un
blanc jaunâtre brillant que forment pendant le jour et par temps sec les bractées des capitules, étalées comme des rayons autour du large disque formé par les corolles.
La nuit et par temps humide, ces bractées se redressent et se rapprochent en forme de toit conique protégeant comme d’une tente les fleurs du capitule.
Cette propriété fait qu’on les emploie comme hygromètres dans les campagnes.

 

Porquerolles - Mouron rouge
 
Le Ciste à feuilles de sauge (Cistus salviifolius), photographié ici à hauteur de la plage de la Courtade, forme souvent un couvre-sol à la végétation vigoureuse. Il résiste à la sécheresse et aux embruns, et même aux incendies, repartant de sa souche ou par germination de ses graines !

Ici, vous voyez la plante à l’automne, avec ses fruits : le fruit est une capsule pentagone, de 5-7 mm de long, incluse dans le calice. Les graines sont disséminées par les fourmis et les granivores.

 

porquerolles : ciste à feuille de saugeporquerolles : ciste à feuille de sauge

La floraison a lieu au printemps à Porquerolles (en cette première quinzaine de juin 2019, elle est presque terminée) et dure un mois environ. Les fleurs, d’une couleur très douce, blanc-ivoire , en corolles rondes bien ouvertes, de 4 à 5 cm de diamètre, sont rehaussées au cœur par de nombreuses étamines jaune vif. Elles vivent à peine une journée, couvrant le sol de leurs pétales en fin d’après-midi, mais seront déjà remplacées le lendemain matin. Le feuillage, persistant, est composé de feuilles qui ressemblent à celles de la sauge officinale. Elles sont arrondies, fortement gaufrées et profondément nervurées, tomenteuses, de couleur vert-gris assez foncé.

 

porquerolles : ciste de montpellier au fort de la repentance
 
Le ciste de Montpellier est bien plus rare sur l’île : ce spécimen a été photographié au Fort de la Repentance.
C’est une plante idéale pour coloniser les terrains dégradés et arides car elle s’adapte parfaitement aux conditions difficiles des sols pauvres de la garrigue ainsi que des sols pauvres proches des zones côtières méditerranéennes. En freinant l’érosion de ceux-ci, elle ralentit leur désertification.
Sa floraison s’étale d’avril à juin et ses feuilles sont persistantes : cette plante ne semble pas au top de sa forme, quand on voit le jaunissement de ses feuilles.
Ses fruits, bien visibles ici, sont des capsules ovales déhiscentes à 5 valves contenant de nombreuses graines. La dissémination des fruits est favorisée par les oiseaux et les petits mammifères

 

porquerolles : acanthus mollisporquerolles : acanthus mollisPrès du Fort Sainte Agathe, on peut admirer de belles feuilles d’Acanthe à feuilles molles, vert sombre et luisantes.

En mai-juin, quand les magnifiques hampes florales s’épanouissent, atteignant près de 2m de haut, le spectacle est magnifique, comme vous pouvez le constater sur les photos ci-contre, prise début juin 2019.
La plante pousse assez rapidement : à Porquerolles, elle se montre un peu envahissante aux dires de certains, avis qui me semble justifié : quand elle fleurit, on se rend compte à quel point elle a colonisé de nombreux endroits de l’île.

La feuille d’acanthe est un motif ornemental très utilisé en architecture depuis l’antiquité : elle est caractéristique des chapiteaux corinthiens.
 
Pour en savoir plus sur cette plante étonnante, je vous invite à lire l’article que lui a consacré le Domaine du Rayol.

 

Porquerolles - agave americana

 

L’Agave américana est une plante succulente originaire du Mexique.  Sa rosette de feuilles coriaces, aux pointes acérées, pouvant aisément atteindre 4 mètres d’étalement pour 2 mètres de hauteur, marque tellement les paysages du pourtour méditerranéen qu’on en oublierait son origine exotique. Elle fréquente les sols secs, pierreux et chauds.

La sève de la plante est très abondante et sucrée. Elle est employée au Mexique à la préparation d’une boisson fermentée appelée « pulqué ». Ses fibres sont employées à la fabrication de cordages et de hamacs,  tandis que les déchets servent à fabriquer du papier (voir notre artiche sur Teotihuacan)

Porquerolles - Agave en fleurs

 

 

Au bout de dix ou quinze ans, le pied développe une hampe florale spectaculaire pouvant atteindre 10 mètres de haut, puis meurt, sans donner de graines fertiles….Mais plusieurs dizaines de plantules prennent alors le relais.
« La croissance de la hampe florale des agaves est extrêmement rapide , sa longueur pouvant atteindre plusieurs mètres en l’espace de quelques jours…La rapidité et l’abondance de cette floraison exigent une telle consommation de principes nutritifs que la masse qui en est accumulée  dans les feuilles disparaît presque en totalité ce qui amène le plus souvent la mort de l’individu par épuisement (H.JORET)

 

Porquerolles - Delphinium requienii

 

 

C’est dans les clairières de chênaie humide que l’on rencontrera la grande rareté floristique  de Porquerolles : la dauphinelle de Requien, un pied d’alouette  qui ne pousse que sur les iles d’Hyères. Elle  n’existe nulle part ailleurs dans le monde, et on ne connaît que quatre petites populations sur l’île de Porquerolles, où elle fleurit en juin.

C’est devenu une plante emblématique de l’île mais il n’en est fait nulle publicité afin de la protéger.  Le Conservatoire assure une surveillance continue des populations, et a mis au point un protocole pour favoriser le maintien de l’espèce dans ses stations naturelles sans recourir à une gestion « jardinée » qui serait lourde à mener et susceptible de conduire à une « domestication » insidieuse de l’espèce.

 

porquerolles : Limoniastrum monopetalum

 
 

Une de nos lectrices a remarqué les nombreux buissons qui fleurissent en été à l’orée des plages de La Courtade et Notre-Dame : ce sont des lavandes de mer ( limoniastrium monopetalum ). Il s’agit d’une espèce non indigène à l’île, mais très rare dans le Languedoc-Roussillon où elle bénéficie d’une protection réglementaire.
Ces plantes ont été installées par le Parc national et le Conservatoire botanique national méditerranéen dans l’objectif d’une restauration littorale dans les années 1990 : bien que l’opération ait été une réussite, le Parc national a décidé qu’à l’avenir seuls des végétaux indigènes seront replantés dans de telles opérations, multipliés à partir de souches locales porquerollaises.

Attention : la plante figure sur la Liste des espèces végétales protégées sur l’ensemble du territoire français métropolitain. Ne cueillez pas les fleurs, ne prélevez pas les rameaux !

 

porquerolles : calluna vulgaris dans le secteur des Salinsporquerolles : calluna vulgaris dans le secteur des SalinsUne autre surprise de l’automne 2018 : une magnifique population de calluna vulgaris en pleine floraison ! Je ne l’avais jamais remarquée auparavant et pourtant elle est totalement indigène !
Nous sommes là en présence d’un maquis bas, où se côtoient Erica scoparia et Calluna vulgaris. Outre sur les flancs Est, Nord et Ouest du massif du Sémaphore et des Salins, vous retrouverez ces plantes sur les mêmes flancs des Monts Saranié, associées au Pinus pinaster.
Aucune explication à cette localisation n’est vraiment satisfaisante, ni climatique, ni géologique ; reste l’explication édaphique, le maquis bas serait lié à la présence sur Porquerolles de zones alluviales dont les sols, très acides, seraient propices au maintien de la callunaie.

A noter que Calluna vulgaris se situe à Porquerolles en limite sud-orientale de son aire, puisque cette bruyère atlantique est absente des autres îles de la Méditerrannée.

 

porquerolles : Daphne gnidiumporquerolles : Daphne gnidium detailSur la même route qui mène aux Salins, plusieurs Daphné Garou (Daphne Gnidium) attirent le regard : ils sont majestueux du haut de leur petit mètre ! Les rameaux sont minces et présentent de nombreuses feuilles glabres et très aiguës, coriaces et bleutées. Mais voyez les fruits : oranges à maturité, sont des baies de 5-10 mm groupées à l’extrémité des tiges sous forme de grappes. Ils apparaissent alors que d’autres fleurs supérieures s’ouvrent seulement !

Mais attention, n’y touchez pas : la plante est hautement toxique !! En cas d’intoxication grave ( si >à 2 baies chez l’enfant et >à 10 baies chez l’adulte) on observe des vertiges+ fièvre + troubles cardiaques/respiratoires + crampes +convulsions +collapsus voire décès.
Les fruits ont un suc très corrosif pour la peau et les muqueuses, provoquant un érythème, de vives démangeaisons, des vésicules. Une projection dans l’oeil entraîne une kératite et peut rendre aveugle. L’inhalation profonde et répétée du parfum des fleurs peut occasionner des maux de tête, une irritation de la muqueuse nasale.

 

porquerolles : salsepareilleCes lianes de salsepareille, avec leurs grappes de fruits d’un rouge vif, ne pouvaient vraiment pas passer inaperçues (photo prise fin septembre) ! Mais attention : ces baies, certes riches en saponines, sont toxiques pour les humains, mais les oiseaux en raffolent.

Les tiges sont dotées d’épines acérées ; les feuilles vertes, ovales, en forme de cœur (ou de pique, selon leur orientation), cordées, luisantes, persistantes, présentent des vrilles latérales. Ses stipodes lui permettent de s’agripper et de se développer aisément, au point d’étouffer la végétation environnante.

Ce sont les racines de salsepareille pouvant atteindre 1 m, qui font sa renommée pour leurs vertus médicinales : depuis très longtemps, elles ont été utilisées pour traiter les maladies de peau (psoriasis, eczéma…) mais les propriétés dépuratives, sudorifiques et contre les rhumatismes ont aussi été appréciées. Dans certains pays, la salsepareille est considérée comme une plante aphrodisiaque ! Et au pays des Schtroumpfs, c’est la plante préférée des petits lutins bleus !

 

porquerolles : gladiolus dubiusporquerolles : gladiolus dubius
Pour ma part, jamais je n’aurais pensé que les glaïeuls puissent pousser en dehors des jardins … En ce mois de juin 2019, j’ai appris que c’est pourtant le cas ! Elles ont le plus souvent une affection particulière pour les terrains calcaires et rocailleux, à végétation basse, autrement dit la garrigue.

Ces spécimens, rencontrés sur la route du Grand Langoustier, à l’intérieur des terres, sont des Gladiolus dubius (glaïeul douteux).

J’ai été d’autant plus émerveillée de cette trouvaille que le Glaieul Douteux est inscrit sur la liste rouge des espèces à protéger à l’échelon national car fort rare. En plus, sa floraison a lieu en avril-mai et là nous approchions déjà de la mi-juin !

 

porquerolles : petite centaurée rougeporquerolles : petite centaurée rouge
 
Tout près des glaïeuls, il y avait une plante bien plus modeste et plus courante aussi : la petite centaurée. Ses jolies fleurs roses, en corymbes denses, sur des pédoncules très courts, ont attiré mon regard.
Elle aime les sols sablonneux secs et chauds.

Saviez-vous qu’elle tire son nom d’une légende grecque ?
Le Centaure Chiron l’aurait utilisée pour se soigner, blessé par une flèche d’Hercule, découvrant ainsi les propriétés vulnéraires de la plante.

 

porquerolles : chardon laiteuxporquerolles : chardon laiteuxUn peu partout sur l’île, dans des endroits dégagés, de belles touffes mauves attiraient le regard en ce mois de juin.

Il s’agissait manifestement d’un chardon, mais lequel ?
En considérant les tiges dressées, fortement ramifiées, les feuilles très étroites fortement épineuses et maculées de blanc sur la face supérieure, les fleurs roses en capitule de 3-4 cm, les périphériques étant grandes et rayonnantes, j’en ai déduit qu’il s’agit sans doute de chardons laiteux.
Quand on sait que cette plante pousse dans les lieux incultes,au bord des chemins, dans les vignes et les vergers, le doute n’est quasiment pas permis

 

porquerolles : pulicaria odora
 
En voilà une qui ne passe pas non plus inaperçue en juin : la Grande Pulicaire.
C’est une plante méditerranéenne qu’on rencontre dans les maquis et les sous-bois clairs ; elle n’est ramifiée que dans l’inflorescence et les feuilles caulinaires embrassent la tige.
A Porquerolles, elle borde les grands chemins, ceux qui sont autorisés à la circulation des vélos (voire des véhicules des habitants) : elle est donc la majeure partie du temps recouverte d’une couche de sable et ce ne fut pas une mince affaire de dénicher des plants poussant un peu à l’écart et donc « propres » !

 

L’île de Porquerolles, partagée en quatre plaines séparées par des chaînons d’altitude modeste comme nous l’avons vu au début de l’article, a une vocation agricole ancienne qui s’exprime aujourd’hui dans de grandes surfaces ouvertes consacrées à la vigne et aux collections fruitières.

 

Porquerolles - les vignes

 

Au départ, la vigne fût implantée à Porquerolles comme coupe-feu afin d’éviter qu’un feu de forêt ne ravage toute l’île, comme ce fut le cas en 1897.
C’est François-Joseph Fournier, qui acheta l’île en 1911, qui eu l’idée d’y créer des pare-feu en plantant à l’époque 170 ha de vigne. Le sol de schiste métamorphique associé au micro climat ensoleillé de l’île est très favorable à la culture des vignes.
Le vin obtenu, désormais célèbre qui fut l’un des premiers à être classé « Côtes de Provence ».

Les trois domaines viticoles présents sur l’île produisent un vin à l’identité fortement marquée :

 

Le Domaine de l’Ile est le pionnier :  ses vignes se situent sur les plaines du Brégançonnet et de Notre-Dame, sur une superficie de 34 hectares. La culture y est exclusivement mécanique, sans désherbant ni engrais chimique ou insecticide, dans un souci permanent de respect de l’environnement.
Sébastien Le Ber, petit-fils de François-Joseph Fournier, a pris la direction de l’exploitation familiale en 1980 : il  produit des vins, rosé, rouge et blanc, classés AOC Côtes de Provence qui  « se distinguent par leur caractère minéral, puissant, iodé et harmonieux à la fois ».

Le Domaine de la Courtade sera créé en 1985 sur la plaine éponyme, occupant 31ha de terrain. Richard Auther, son directeur, nous dit :« Sur l’île, balayée par les entrées maritimes iodées, le climat est différent du continent avec, en outre, un sol dont la roche mère est constituée de schistes métaphoriques friables qui emmagasinent l’eau, tout en laissant passer les racines très profondément à la recherche de nourriture. Or, le vin est le résultat d’un mélange d’une terre et d’un climat »,

Le Domaine Perzinsky , créé de toutes pièces en 1989, exploite aujourd’hui dix hectares dans la plaine centrale de l’île. Les frères Perzinsky ont été encouragés par les responsables du Parc National qui   leur ont proposé un bail emphytéotique pour 17 hectares afin d’y créer des vignes qui tiendront lieu de pare-feu. Il leur faudra  quatre années pour défricher, terrasser et planter près de dix hectares de cépages sélectionnés

Les trois producteurs se sont associés au Conservatoire Botanique National de Porquerolles pour protéger le patrimoine naturel de l’île.

 

Porquerolles - fruitiers

 

Le Conservatoire Botanique National de Porquerolles  gère aussi sur l’île une collection unique en son genre qui comprend de nombreuses variétés dites de « terroir » que l’on ne trouve plus sur le continent depuis l’arrivée de l’agriculture industrielle : plus de 290 variétés d’oliviers, représentatives du patrimoine oléicole français, italien et espagnol, 300 variétés de figuiers provenant de tout le bassin méditerranéen, 50 variétés de mûriers provenant du monde entier, plus de 200 variétés locales de pêchers issues de Provence et de la Vallée du Rhône, plus de 60 variétés d’abricotiers et plus de 22 variétés d’amandiers !

 

Porquerolles - Figuier

Pour découvrir tous ces trésors, l’idéal est de suivre un guide du Conservatoire qui vous fera découvrir des variétés de fruits dont vous n’aurez probablement jamais entendu parler.

Ainsi, dans le quartier des pêchers, vous verrez la sanguine de Manosque, le téton de Vénus et la grosse mignonne, des variétés savoureuses qui ont du caractère…

Plus de 100 variétés de figues y sont bichonnées parmi lesquelles la figue d’automne,  la meilleure et la plus émouvante avec sa larme qui coule, la grise de Beaucaire, la négrette de Porquerolles, et tant d’autres encore.
Certains figuiers poussent spontanément au bord du chemin comme on peut le voir sur la photo, prise aux abords du hameau agricole.

 

Porquerolles - Oliviers

Pour éviter la disparition de variétés d’oliviers menacées par la standardisation des productions et l’abandon de leur exploitation, une collection végétale à été créée sur l’île de Porquerolles : elle rassemble la plupart des variétés qui composent le patrimoine oléicole français

Sur cette parcelle, 150 variétés sont représentées. Leur floraison va de mai à Juin.

Des panneaux éducatifs ont été mis en place à destination du grand public. Il est évidemment interdit de cueillir ! La récolte est réglementée et réservée, depuis 20 ans, à la ferme de l’Oustaou où vous pourrez déguster les produits réalisés avec les différentes variétés. Son huile d’olive est ainsi une pure merveille.

 

porquerolles_bougainvillers_lauriers_DSC01713

 

 

Les retours de balade vers le village permettent d’apprécier un autre type de végétation, dont la luxuriance est un enchantement pour les yeux.

Avec les 300 jours d’ensolleillement par an dont bénéficie Porquerolles, les Bougainvilliers sont ici à la fête, tout comme les lauriers roses.

 

Regardez bien les deux photos ci-dessous, prise au même endroit, à plus de 10 ans d’intervalle, celle du haut étant la plus ancienne. Observez surtout les abords de la plage : voyez comme la végétation souffrait et comme elle est en pleine forme maintenant ! Ce sont tous les aménagements mis en place qui ont permis cette belle régénération de la nature :
– les plantes qui se sont installées entre la plage et le chemin accessible aux vélos sont toutes interdites d’accès pour éviter tout piétinement
– l’accès à la plage est strictement réservé aux piétons pour qui des sentes d’accès ont été aménagés
– les vélos doivent impérativement être déposés dans les différents parcs à vélos aménagés en haut des plages et à proximité des sentes d’accès
– il y a des conteneurs à poubelles en haut de chaque sente d’accès à la plage : aucune excuse pour laiser le moindre déchet derrière vous !
C’est en respectant les consignes que nous pouvons contribuer à préserver ce trésor qu’est Porquerolles !
 

 

porquerolles : plage Notre-Dame, juin 2019
 

Avant de vous rendre sur l’île, je vous invite à visionner ce reportage de France 3 Provence-Alpes Côte d’Azur réalisé en juin 2018 et qui vous parle du défi majeur que constitue l’approvisionnement en eau de l’île en été, quand le nombre de touristes est à son maximum.


 

Pour en savoir plus sur Porquerolles, allez sur l’excellent site Les Chemins de Porquerolles, un patrimoine à découvrir

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12 Commentaires

  1. chauvet

    Bonjour
    De retour d’un week-end sur cette splendide île, je ne trouve pas le nom ds magnifiques et nombreux buissons fleuris, rose-mauve à l’orée des plages de Courtade et Notre Dame ! merci d’avance

    Réponse
    • Marie-Paule

      Madame Chauvet, je viens de compléter l’article avec la plante très intéressante que vous avez remarquée : la lavande de mer.
      Je me suis permis, comme vous m’y avez autorisé par message privé, d’utiliser une des photos que vous m’avez envoyée pour identification.
      Merci de tout coeur pour votre participation !
      Marie-Paule

      Réponse
  2. cam

    Bonjour,
    Sauriez-vous quelles sont les espèces d’eucalyptus présentes sur cette île ? Merci d’avance
    Article très sympa au passage !

    Réponse
    • Marie-Paule

      Bonjour Camille,
      Il s’agit de l’eucalyptus commun (eucalyptus globulus) ou gommier bleu.
      Cordialement,
      Marie-Paule

      Réponse
      • cam

        Merci infiniment !

        Réponse
  3. Sabathier

    Je viens de rentrer des iles parquerolles , c’est merveilleux cette vegetation … En 1979 avec mon cheri , j’etais venu , c’etait pas comme ca , il y a ait moi s de monde …..

    Réponse
    • Marie-Paule

      Nous nous rendons à Porquerolles depuis près de 40 ans et il est vrai que le nombre de visiteurs restant sur place ne cesse de croître, avec l’offre d’hébergement qui s’est nettement étoffée au fil du temps.
      C’est la raison pour laquelle nous ne nous y rendons plus que vraiment hors saison et là, le charme opère toujours !

      Réponse
  4. Parc national de Port-Cros & Porquerolles ;)

    Bravo : bel article.
    Il manque juste l’information essentielle : Porquerolles est un cœur de Parc national.
    Le dire permettra à nos visiteurs de mieux accepter notre réglementation. Car si le Parc national entretient les 80% de l’île qui appartiennent (à vous et moi, quoi!) à l’Etat depuis 1974, c’est pour le préserver intact.
    Merci d’être exact.
    Christine Graillet, Parc national de Port-Cros et Porquerolles
    PS. Les collections variétales sont propriété du Parc national : entretenues et cultivées par le Parc national. N’hesitez pas à nous contacter s’il vous manque des informations

    Réponse
    • Marie-Paule

      Merci pour votre commentaire. C’est avec plaisir que je rajouterai cette précision d’ici quelques jours. C’est à notre tour de remercier tous les acteurs qui oeuvrent à la préservation des iles d’Or, et de Porquerolles en particulier. Cela fait 40 ans que nous tombés amoureux de cette ile et nous sommes toujours particulièrement heureux, quand nous revenons, de constater que nos endroits favoris restent intacts malgré l’afflux des visiteurs.

      Réponse
  5. Caux

    Bonjour. Je suis à la recherche de l’eucalyptus ARC EN CIEL que j’aimerais aller voir en vrai. J’ai lu sur le Net qu’on le trouvait sur l’île de Porquerolles. Est-ce exact ? Merci de votre réponse, Cordialement, B.C.

    Réponse
    • Marie-Paule

      Bonjour, les eucalyptus de Porquerolles sont très âgés : ils étaient déjà adultes quand nous avons visité l’île pour la première fois il y a 35 ans maintenant. Leur écorce n’a rien de spectaculaire et je ne suis pas sûre qu’il s’agisse de la variété Arc-en-ciel. L’île étant gérée par le Parc National de Port-Cros, je viens de leur adresser votre demande. Je vous enverrai leur réponse dès qu’elle me parviendra.
      Cordiales salutations,
      Marie-Paule

      Réponse
    • Marie-Paule

      Bonjour Béatrice,
      Le Parc National de Port-Cros, qui gère toute la flore de Porquerolles, vient de m’apprendre qu’ils essaient d’éradiquer les eucalyptus de l’île ! En effet, cet arbre est non endémique, puisque originaire d’Australie : de par sa taille imposante, il fait trop d’ombre aux autres plantes qui ont du mal à pousser. Donc, hormis les sujets âgés se trouvant près du village, vous ne trouverez plus d’eucalyptus sur l’île. Il se pourrait cependant que le domaine du Rayol (http://www.domainedurayol.org/) possède ce spécimen : je viens de leur envoyer une demande par mail en ce sens.
      Cordiales salutations,
      Marie-Paule

      Réponse

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