Musée National Antropologie (MNA)

Musée National Antropologie (MNA)

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A Mexico, nous logeons au Centre-Ville, au Zocalo Select Holiday-Inn : pour nous rendre au MNA, notre chauffeur emprunte le Paseo de la Reforma : cette avenue, qui est la plus élégante des grandes artères de la capitale, la traverse par le centre pour aller desservir à l’ouest, le parc de Chapultepec où a vécu l’empereur Maximilien, durant son bref règne, dans un chateau construit au sommet de la colline pentue (sa visite n’est pas au programme).  Aménagé dans les années 1860, sous le règne de Maximilien, le Paseo de la Reforma, long de 12 km, était autrefois bordé de belles maisons, qui ont laissé la place à des hôtels et des bureaux moins prestigieux.
Les monuments qui ornent ses ronds-points, les glorietas, occupent une place particulière dans le coeur des habitants de Mexico car ils honorent les héros du passé Le plus célèbre d’entre eux est la colonne de l’Indépendance.

Monumento a CuauhtémocMonumento a la IndependenciaNotre guide nous montre d’abord le monument qui commémore la lutte du dernier empereur aztèque contre l’envahisseur espagnol : Monumento a Cauauhtémoc est l’oeuvre de Francisco Jiménez (1887).
Puis apparait, dans toute sa splendeur, la colonne de l’Indépendance (Monumento a la Independencia), élevée en 1910 pour célébrer le 100ème anniversaire de l’indépendance mexicaine. Cette statue d’Antonio Rivas Mercado honore les héros de la lutte contre la domination espagnole : notre guide nous montre les statues de Michel Hidalgo, Guerrero et Morelos (sculptures blanches entourant la colonne). Elle nous parlera de ces figures emblématiques un peu plus tard dans la journée, devant les peintures murales de Diego Rivera, au Palais National.

Le parc de ChapultepecLe Musée National d'AnthropologieRéserve d’eau potable du temps des Aztèques, le parc de Chapultepec est, depuis le XVIe siècle, un parc public, le plus vaste de la ville. Ses sentiers ombragés sont bordés de camelots vendant des casses-croûtes mexicains (ou américains, comme le montre la photo !), des barbes à papas, des ballons…
Agréable lieu de repos en plein air, il abrite un jardin botanique, un parc zoologique, des lacs et de fontaines, mais aussi des terrains de sport, des théâtres et près d’une douzaine de très bons musées. Le lieu nous parait d’autant plus enchanteur qu’un soleil radieux fait resplendir les jaracandas en fleurs. C’est dans ce superbe écrin de verdure qu’a été créé le Musée National d’Anthropologie, inauguré en 1964.

C’est ici que devrait débuter tout voyage au Mexique si des sites archéologiques sont inscrits à votre programme : ce musée regroupe les pièces les plus remarquables retrouvées sur les sites préhispaniques du pays depuis les premières fouilles systématiques qui débutèrent au XIXe siècle. Absolument toutes les pierres, statues, fresques, bijoux, décorations de l’ensemble du pays ont été regroupés à l’intérieur de ce musée : c’est donc un très bon complément, et un excellent préambule, à une visite des sites archéologiques. De plus, sa visite est indispensable pour comprendre l’histoire du pays : la présence d’un guide est vraiment recommandée. Une sélection s’impose d’emblée tant il y a de choses à voir : il faut se limiter aux salles qui traitent des endroits que vous visiterez.

Olivier nous a photographiés dans la cour du MNA, avec notre guide L’architecte, Pedro Ramirez Vasquez, s’ est inspiré d’une construction mixtèque : quatre édifices entourent une cour centrale que recouvre à moitié un énorme dais d’aluminium supporté par une unique colonne recouverte de pierre taillée. Du sommet du support, l’eau jaillit et retombe en pluie sur le sol, combinant fraîcheur et beauté.
C’est devant cette colonne que nous aurons le premier contact avec l’histoire mexicaine, racontée par une Mexicaine : ce fut un choc ! Pour elle il faut bien retenir une chose : les Espagnols ont volé son avenir au peuple indigène. Ils ont rasé ses temples, détruit ses écrits, anéanti cette civilisation qu’ils jugeaient barbare.
Notre guide ne voulait pas entrer dans une polémique, ni fustiger qui que ce soit mais simplement nous faire prendre conscience d’un fait. Elle conclut en disant : « Notre avenir aurait peut-être été plus lumineux, il aurait peut-être été plus sombre, ça on ne le sait pas, mais ç’aurait été notre avenir ».
Ce musée permet en quelque sorte aux Mexicains de se réapproprier leur passé, de rendre hommage au Mexique indigène, aux civilisations précolombiennes que les Espagnols se sont tant efforcé de rayer de la surface du Monde.

Détails de la colonne centrale

L'aigle, le jaguar, le soleil et ... l'épée espagnole L'Indien et le Conquistador

Il offre sur 44 000 m² de galeries couvertes, et sur 35 700 m² d’extérieurs1, une présentation de la préhistoire et de l’histoire précolombienne du Mexique (au rez-de-chaussée) et des cultures indigènes mexicaines actuelles (à l’étage), le tout en 26 salles d’exposition. Il héberge également la bibliothèque nationale d’anthropologie et d’histoire du Mexique, qui compte plus de 250 000 ouvrages, ainsi que 25 000 m² d’entrepôts et de laboratoires divers.


SALLES D’INTRODUCTION 
:
les trois premières salles constituent une introduction à l’anthropologie et retracent l’évolution historique de la Méso-Amérique (région allant du nord du Mexique actuel au Honduras de l’Ouest et au Salvador).
La présentation des origines préhistoriques des cultures indiennes prépare au reste de l’exposition.
Notre guide nous a menés vers l’essentiel pour gagner du temps, mais elle s’est attardée un peu plus longuement devant ce tableau des migrations et nous a appris quelque chose que même les Mexicains ignorent, comme Pascal pourra le constater en les interrogeant à ce sujet par la suite : 90% environ des bébés mexicains viennent au monde avec le « dos bleu ». Il s’agit d’une  tache bleu-vert en fait, de taille variable, située la plupart du temps au bas du dos. Le plus souvent,  la tache se fractionne petit à petit en plusieurs taches qui s’éparpillent sur tout le dos, pour disparaître durant l’enfance. Elles peuvent se confondre avec des hématomes et des marques potentielles de violence mais ce n’est qu’un petit cadeau de naissance que les habitants d’Asie ont légué au génotype humain au cours de l’histoire, et une confirmation de plus que les premiers occupants de l’Amérique sont venus d’Asie via le détroit de Bering. Ces taches sont appelées « taches mongoloïdes ».

Préclassique : figurine fémininePréclassique : l'acrobate

PERIODE PRECLASSIQUE :

Cette salle nous montre le développement et l’épanouissement des sociétés agricoles qui ont vécu sur le Haut Plateau central mexicain, en fondant des villages, tels Tlatilco et Tlapacoya. C’est essentiellement de là que proviennent les nombreux objets exposés, dont l’une des figurines les plus célèbres de cette salle : l’acrobate (récipient d’argile ci-contre). Les figurines en argile représentant des femmes nues aux larges cuisses et aux bras atrophiés étaient probablement une ode à la fertilité.

TEOTIHUACAN : la colossale cité des environs de Mexico (dont la visite est prévue à notre programme du lendemain) dominait toute la vallée de 200 à 650 apr.JC. Les Aztèques l’appelaient « l’endroit où les hommes sont devenus des dieux ». La culture de Teotihuacan est l’une des plus importantes de l’époque classique en Méso-Amérique.

Carte des sites archéologiques pré-colombiens 

 

A l’entrée de la salle, une intéressante carte des haut plateaux du Mexique recence tous les sites archéologiques pré-colombiens.
En simplifiant beaucoup, on peut dire que ce qui est à gauche représente les cités olmèques et aztèques alors qu’à droite on trouve plutôt les sites mayas… mais les influences entre peuplades ont été nombreuses… à tel point que les têtes colossales olmèques (ex: au centre de cette carte) avec leurs traits négroïdes, restent encore un grand mystère…

 

Façade du temple de Quetzalcoatl

 

Nous nous attardons longuement devant la reproduction de la façade du temple de Quetzalcoatl, avec restitution des couleurs d’origine.
C’est que nous allons faire la connaissance de notre premier dieu aztèque et l’une des principales divinités du panthéon de l’ancien Mexique : Quetzalcóatl .
En nahuatl (langue aztèque) « Coatl » signifie « serpent » et « Quetzal » est le nom d’un oiseau, mais ce mot a également le sens de « précieux ». Donc « Quetzalcoatl » peut se traduire par « Oiseau-serpent », « Serpent aux plumes de quetzal » ou « Serpent précieux ».
À l’époque de Teotihuacan, il semble que Quetzalcóatl ait été considéré comme un dieu de la végétation — divinité de la terre et de l’eau très étroitement liée avec le dieu de la pluie, Tlaloc, auquel il est associé ici (celui avec les grands yeux ronds !)

Chalchiuhtlicue, déesse de l'eau et de la fertilité

 

La salle est dominée par une gigantesque statue en pierre de  Chalchiuhtlicue, déesse de l’eau et de la fertilité : les personnages à gauche de la photo donnent une idée de la taille de la dame !
Disque solaire

 

Le disque solaire (ou disque de la mort ?) lui arrive à peine au doigt de pied … Il provient de la pyramide du Soleil à Teotihuacan. Sa langue symbolise le couteau du sacrifice, selon les uns, le couteau de Mictlantecuhtli, le dieu des morts, selon les autres

 

Grande déesse de TeotihuacanUne série de peintures murales ont été découvertes dans le complexe de Tepantitla à Tootihuacan, qui servait de lieu de résidence à des personnes de haut rang social : ses murs étaient ornés de fresques murales aux couleurs vives représentant des divinités ou des êtres surnaturels richement ornés. Les archéologue ont d’abord cru que la figure centrale représentait Tlaloc, le dieu de la pluie. Mais plusieurs éléments sont venus contredire cette analyse, tel l’oiseau vert sur la coiffe ou les araignées qui accompagnent la figure.
Les spécialistes s’accordent à dire aujourd’hui qu’il s’agissait d’une déesse de l’inframonde, de l’obscurité, de la terre, de l’eau, de la guerre, peut-être même de la création. On la désigne sous le vocable « Grande déesse de Teotihuacan »
Notre guide nous a donné moult autres détails que je n’ai malheureusement pas eu le temps de noter tant il y avait d’informations nouvelles. Mais j’ai retenu que les divinités étaient toujours représentées avec les éléments qu’elles gouvernaient. Comme on trouve généralement la chouette et l’araignée dans les grottes, et que le jaguar est une créature de l’obscurité, il est donc justifié de penser qu’il s’agit là d’une divinité liée à l’inframonde.

masque de Malinaltepec
Les plus belles pièces exposées sont des céramiques utilitaires (tels les récipients pour stocker le grain ou l’eau), des figurines, ainsi que des obsidiennes gravées. Les habitants de Teotihuacan étaient habiles à tailler des couteaux dans l’obsidienne, une roche volcanique très dure, dont la cité contrôlait les mines. Certaines pièces gravées, remarquables, sont exposées dans la salle.
Et, si vous avez de la chance, vous pourrez admirer une des pièces les plus célèbres de cette salle: le masque de Malinaltepec, taillé sur une obsidienne et recouvert de mosaïques et turquoises. Lors de notre passage, le masque avait été prêté aux musées européens. Il a notamment été exposé au Musée Branly, oùcette photo a été prise (propriété AFP)

LA SALLE MEXICA est la plus vaste salle du musée : elle présente les trésors de la culture mexica, plus connue sous le nom d’aztèque. La visite de cette salle ne laisse plus planer aucun doute quant à l’appétit insatiable des dirigeants aztèques pour les sacrifices, la guerre et les conquêtes.

Ocelotl-CuauhxicalliMonument de TizocDès l’entrée, le visiteur est accueilli par Ocelotl-Cuauhxicalli, un énorme récipient de pierre en forme d’aigle-jaguar, destiné à recueillir les coeurs des victimes sacrificielles.

Un peu plus loin, c’est le monument de Tizoc, un monolithe impressionnant d’un diamètre de 2m65 et d’une hauteur de 93cm, qui nous interpelle .  Sa surface supérieure est ornée d’une soleil à 8 rayons : la rigole creusée dans la couronne    solaire servait à l’écoulement du sang jusqu’à une des gueules de Tlaltecuhtli (dieu de la Terre), scupltée sur le côté. Mais ce sont surtout les sculptures sur le côté qui montrent l’aspect belliqueux de cette civilisation : elles représentent des guerriers azthèques tenant chacun un captif par les cheveux. Le monolithe a été mis au jour lors de la réparation du Zocalo (place principale) de Mexico en 1790, en même temps que la  pierre du soleil.

Face à l’entrée, sur le mur du fond, derrière les grandes pièces ci-dessus, trône, majestueuse, la PIERRE DU SOLEIL : souvent appelée à tort « calendrier aztèque », ce disque de basalte, découvert par hasard le 17 décembre 1790 au cours du pavage du Zocalo de la capitale, est sculpté d’inscriptions décrivant le début du monde aztèque et prédisant sa fin . La pierre mesure 3,6m de diamètre et pèse 24 tonnes …

La Pierre du Soleil

Interprétation de la Pierre du Soleil

Le dieu au centre (1er cercle) pourrait être le dieu solaire Tonatiuh, ou celui de la Terre Tlaltecuhtli : les avis divergent.

Les 4 panneaux carrés autour du centre (2e cercle) indiquent que les soleils (les « mondes ») précédents ont été détruits par les jaguars, le vent, la pluie et l’eau. Les spécialistes reconnaissent en effet les symboles des dieux Tezcatlipoca (le dieu le plus craint de tous, associé notamment à la nuit et à la chasse), Ehecatl (le vent), Tlaloc (la pluie) et Chalchiuhtlicue (l’eau). Les Aztèques pensaient qu’ils étaient dans la cinquième et dernière « création » du monde.

Le troisième cercle représente les 20 glyphes des jours du mois. Le quatrième cercle est composé de petites cases contenant chacune 5 points : il y en a 52, elles représentent les 260 jours de l’année sacrée.

Deux serpents de feu courent le long de la bordure : le symbole entre les 2 queues des serpents qui se rejoignent tout au-dessus de la pierre est la date de la fête du Feu nouveau que commémore la pierre : année 13-roseau (1479).

Voilà sur quoi les spécialistes sont quasi unanimes : pour le reste, les interprétations diffèrent quelque peu, nous explique notre guide. La littérature à ce sujet est pléthorique sur Internet mais la moins fantaisiste que j’aie trouvée peut se lire via ce lien.

Les Aztèques croyaient que la fin du monde arrivait à la fin d’un cycle de 52 ans. qui a pour origine l’observation constante de la constellation des Pléiades, dont le passage au Zénith arrive précisément tous les 52 ans. Ils se préparaient pour cette date, détruisant tous les biens ; même les feux étaient éteints. Puis ils attendaient avec une grande dévotion : si les Pléiades  traversaient le zénith après minuit sans que la fin du monde arrive, une grande joie éclatait, tout ce qui avait été détruit était remis à neuf. Les feux étaient rallumés et ils saluaient le début d’une nouvelle ère et du nouveau soleil par de grandes fêtes, sacrifices et cérémonies religieuses. La légende raconte que  la cinquième ère (qui est en cours actuellement) prendra fin normalement selon en Décembre 2012 : il ne nous reste plus qu’à attendre …

 Coatlicue Avant de quitter la partie de la salle consacrée aux grandes statues, notre guide s’arrête devant une énorme sculpture monolithique de Coatlicue, déesse de la fertilité et de la terre. Elle a été découverte en 1790 lors d’une rénovation de la ville, près de l’endroit où fut extraite la pierre du Soleil.
Coatlicue est représentée comme une femme portant une jupe de serpents entortillés (en nahuatl, son nom signifie « Dame aux jupes de serpents ») et un collier de cœurs humains, de mains et de crânes. Ses pieds et ses mains sont ornés de griffes (pour creuser les tombes) et ses seins pendent, flasques d’avoir beaucoup allaité. Elle aussi est mêlée à des histoires sanglantes.

Je trouve cette statue horrible, et les moeurs de ce peuple bien étranges !

Notre guide nous explique que les Aztèques n’avaient pas du tout la même conception de la mort que nous. Ainsi, pour eux, les morts au combat ou les sacrifiés connaissent une survie grandiose, car ils sont chargés d’aider le Soleil dans sa course. Tous les jours pendant quatre ans, ils l’accompagnent du levant au zénith. Passé cette période, ils se métamorphosent en colibris ou en papillons. Celui qui meurt dans sa maison, au contraire, disparaît dans les Ténèbres. Dès son enfance, l’homme aztèque est préparé à l’idée du sacrifice; il ne doit vivre que pour donner son cœur et son sang « à notre Mère et à notre Père, la Terre et le Soleil », et contribuer de la sorte au bel ordonnancement du monde : permettre le lever du Soleil, la tombée de la pluie, la pousse du maïs… J’ai trouvé un article très complet à ce sujet, qui reflète merveilleusement bien les propos qu’a tenue le guide : cliquer ici pour le lire.

Maquette de TenochtitlanNous passons ensuite à une autre partie de la salle, la section qui abrite la maquette du complexe religieux au coeur de Tenochtitlan : celle-ci reconstitue les bâtiments de l’enceinte sacrée située au cœur de la ville.  L’ensemble de la cité était dominé par le Templo Mayor, double pyramide rendant hommage à Huitzilopochtli (dieu du soleil et de la guerre) et Tlaloc (dieu de la pluie). C’est au sommet de ses marches qu’avaient lieu les sacrifices humains.  Au pied de la double pyramide, le temple rond était dédié à Quetzalcoatl.

Au-dessus de la maquette, une grande peinture de Luis Covarrubias montre la ville telle qu’elle a pu apparaître quand les Espagnols la virent pour la première fois : la capitale des Aztèques occupait une île sur un lac peu profond. Des chaussées en pierre la reliaient au rivage, un acqueduc apportait l’eau douce. Des temples et autres bâtiments officiels et cérémoniels (maquette) s’élevaient en son centre. La zone était entourée d’un haut mur. Tout cela a été détruit sur ordre de Cortez pour rebâtir la première métropole du Nouveau Monde… La place principale de Mexico a été construite sur le site du Temple Mayor, c’est la raison pour laquelle beaucoup de  vestiges ont été trouvés pendant la construction ou la restautation des bâtiments qui l’entourent.

Le guide insiste une nouvelle fois sur l’incompréhension totale des Espagnols. Elle a dit à peu-près ce qu’on peut lire dans l’article que je vous ai conseillé ci-dessus « Les Espagnols ne pouvaient comprendre la pratique du sacrifice humain dont l’inhumanité qu’elle représentait pour leur esprit européen, justifiait en même temps leurs pillages des richesses aztèques et leur conquête sanglante et destructrice du monde amérindien. Alors que le sang versé par les Aztèques, coulait non pas pour la possession de biens, mais pour le plaisir des dieux et que le sacrifice humain était un acte profondément sacré dont dépendait la continuité du cosmos. « 
Statue de dieu-singe en obsidienne polieLe panache de MoctezumaDes vitrines renferment des objets de culte aztèque. Un des plus intéressants est un vase en forme de guenon enciente, sculptée dans de l’obsidienne (ceux qui ont lu tout ce qui précède savent que l’obsidienne est une roche volcanique dont la dureté est proche du verre) : on ne peut qu’admirer la finesse du travail ! Le vase symbolise le vent chargé de nuages noirs porteurs de pluie, donc la croissance et le fertilité.

Nous terminons notre visite avec une reproduction du Panache de Moctezuma fait de plumes de quetzal, de roseaux, d’or et de cuivre : l’original est dans un musée de Vienne, au grand dam des Mexicains qui le réclament en vain depuis des années. Voir  le site web de la pétition Kopilli Ketzalli («Kopilli Ketzalli» signifie « couronne précieuse » en Aztèque)

 

LE GOLFE DU MEXIQUE : La côte du Golfe du Mexique n’étant pas à notre programme, nous ne ferons qu’une brève incursion dans cette salle car elle renferme des pièces parmi les plus spectaculaires et les plus connues du musée, à savoir les extraordinaires têtes colossales laissée par les Olmèques

Tête colossale olmèqueLa culture Olmèque est reconnue comme la première des grandes civilisations de Méso-Amérique, florissante entre 1200 et 600 av JC, alors que les archéologues ont longtemps été persuadés que la civilisation la plus ancienne était celle des Mayas. L’art olmèque n’est connu que depuis 1862, date à laquelle fut découverte la première tête colossale à Hueyapan (Veracruz) . Les Olmèques possèdaient une grande maîtrise de la sculpture et de la ciselure : leur savoir-faire est visible aussi bien dans l’art colossal que dans l’art miniature. Ils utilisaient le basalte, l’andésite, la serpentine, le jade-jadéite et l’obsidienne.
Nous nous attarderons surtout devant les têtes colossales, aux traits olmèques caractéristiques : face large, nez épaté, lèvres épaisses incurvées vers le bas. Qui étaient donc ces étranges individus ? Si vous voulez en savoir plus sur l’énigme olmèque, cliquez ici

 

LES MAYAS : c’est la salle la mieux pourvue du musée, c’est en tout cas celle qui nous fascine le plus. Le célèbre dessin animé, « Les mystérieuses cités d’or » qui a passionné tant d’enfants (et … d’adultes !) n’est sûrement pas étranger à notre impatience de découvrir l’histoire de cette civilisation. Mais notre guide nous prévient : il y a à peine 200 ans, le monde ne savait presque rien des Mayas. La forêt avait repris ses droits sur la plupart de leurs cités et, peu après la conquête espagnole, les prêtres européens avaient brûlé la quasi-totalité des écrits laissés par les Mayas, les codices(pluriel de codex).
codexcodexLe livre Maya, ou codex, est formé d’une fine feuille d’écorce inscrite sur les deux faces et pliée ensuite en accordéon. Les codices relatent, dans un mélange de glyphes et de dessins, les généalogies et les dieux, les rituels religieux ou agricoles, les calculs astronomiques. « Il est fort probable que la palette des sujets qu’ils traitaient différait de façon significative des thèmes conservés dans la pierre et sur les constructions ; avec leur destruction nous avons perdu la possibilité d’entrevoir des domaines clefs de la vie des Mayas » peut-on lire sur Wikipédia et c’est aussi en substance ce que notre guide nous a dit. Seuls quatre codices ont échappé à la destruction et ceux présentés au Musée d’Anthropologie ne sont que des copies.

Les système de calcul des Mayas

Les nombres MayasLes calculs MayasAprès le système d’écriture (le plus complet et le plus sophistiqué des civilisations méso-américaines) nous voilà confrontés au système de calcul en base 20 utilisé par les Mayas. De grands panneaux didactiques essaient d’expliquer le système et le guide s’amuse à vérifier si on a compris et demande comment s’écrit 29 : euh ….un trait en bas, surmonté de quatre points (donc le 9), le tout surmonté d’un point (1 x 20) : mais c’est bien sûr !

Après les glyphes et le système de calcul, nous abordons l’astronomie et la mesure du temps. Les Mayas avaient des connaissances en astronomie très en avance sur leur temps. Ils observaient et prédisaient phases de la Lune, solstices et équinoxes, éclipses de Lune et de Soleil. Ils savaient que l’étoile du matin et celle du soir sont une seule et même planète, Vénus, et lui donnaient une « année » de 584 jours, à 8 centièmes du nombre exact ! Leur obsession pour le temps et leur passion pour les calculs les ont même amenés à établir jusqu’à la quatrième décimale la durée de l’année. Les données actuelles indiquent une durée de 365,2422 jours alors que les Mayas l’établissaient à 365,2420, ce qui est légèrement plus précis que le calendrier grégorien, qui l’avait estimée à 365,2425 jours. Stupéfiant, non ?

Le calendrier Maya

Le calendrier MayaCe qu’on appelle le «calendrier maya» est extrêmement complexe et n’a rien à voir avec un calendrier   de la vie quotidienne. C’était une affaire de savants et il servait à des fins divinatoires et rituelles. Dans le Tzolkin (calendrier rituel de nature divinatoire), 20 noms de jours se combinent avec 13 nombres pour former une année de 260 jours aux dénominations précises. Le Haab (calendrier agricole, plus proche de l’année solaire) se compose de 365 jours, soit 18 mois de 20 jours, plus 5 jours néfastes ajoutés à la fin. Si l’on visualise ces cycles comme des roues d’engrenage où la date apparait à la jonction des trois roues (voir l’illustration ci-contre), le retour d’une même date survient tous les 52 ans. Pour dater les évènements mythologiques se produisant sur une période plus longue que 52 ans, les Mayas ont élaboré un autre cycle correspondant à 1 845 000 jours, soit 5127 ans : c’est le « compte long ». Pour ceux que tout cela intéresse, voici une video fort intéressante : http://www.youtube.com/watch?v=KigyeOIsIgc

Un souverain Maya et son filsLa sculpture Maya est abondante et se présente sous forme de bas-reliefs. Les reliefs sont variés, du simple dessin avec des contours ciselés au relief plat. Elles sont le plus souvent très délicates et d’une grande précision Ces reliefs se trouvent sur les piliers et les stèles. Ils représentent des rencontres et distinguent par le vêtement (ornements de la tête), les nobles des autres classes sociales, sans toutefois insister sur la différence par des attitudes de soumission ou de commande. Les glyphes précisent les noms des personnages, la date de l’évènement qui a été immortalisé dans la pierre.
3e création de l'univers maya

Les stèles relatent presque toujours des évènements importants qui ont jalonné leur existence : ainsi, à droite, la stèle représente la 3e création de l’univers, avec le combat symbolique du soleil contre l’inframonde pour libérer les humains du froid et de l’obscurité.

 

Et puis vient le moment tant attendu : un escalier descend vers l’inframonde, jusqu’à une petite galerie au sous-sol qui renferme une réplique de la tombe royale de Pakal le Grand découverte sous le temple des inscriptions de Palenque grâce à l’intuition de  l’archéologue mexicain Alberto Ruz Lhuillier. Mais il fallut pas moins de quatre ans d’efforts pour arriver enfin au sarcophage que nous allons voir : nous étions alors en 1952 et Ruz n’avait pas la moindre idée de l’identité du défunt. Il fallut attendre les années 1960 et les progrès du déchiffrement de l’écriture maya pour que David Kelley et Floyd Lounsbury mettent un début de nom sur le défunt: « Pacal » (« bouclier » en maya).
La visite de ce monument à Palenque est  restreinte car la chaleur et la sueur des millions de visiteurs ont abîmé considérablement les stucs qui la décoraient : le MNA est donc votre seule chance de la voir.

Pakal
Nous faisons d’abord connaissance de Pakal, tel qu’il était de son vivant : un magnifique portrait sculpté du souverain montre bien la déformation que les Mayas faisaient subir au crâne de leurs chefs, afin qu’ils ressemblent le plus possible à leur divinité principale, K’awiil, le dieu du maïs :  « On pratiquait la déformation céphalique afin de donner à la tête une forme oblongue rappelant celle d’un épi de maïs » . Deux planchettes comprimaient ainsi le crâne du nourrisson. Les cavités orbitales étaient de fait elles aussi déformées, ce qui avait pour conséquence un strabisme à la fois convergent et divergent.  Cette déformation permet de faire immédiatement la différence entre les dirigeants et le peuple

La tombe de PakalDétail de la dalle du sarcophageQuand enfin l’accès à la tombe fut dégagé, les archéologues se trouvèrent devant une dalle de 5 tonnes sur laquelle un bas-relief représente le Roi, saisi pour ainsi dire au moment où il se renverse en arrière pour mourir. De son corps surgit l’arbre de la vie : le ceiba que surmonte un oiseau Quetzal. La ceiba structure l’univers Maya : portée par des racines-contreforts qui plongent dans l’inframonde, elle étend loin ses branches qui pointent vers les directions cardinales. Axe de l’Univers, la ceiba fait communiquer les trois niveaux : humain, infra-humain et supra-humain.

Pakal dans son sarconphage Le masque de jade de Pakal

Quand les archéologues eurent soulevé la lourde dalle, ils découvrirent une cavité de deux mètres de long dans laquelle reposait un squelette, la tête vers le nord. Les parois du cercueil ainsi que le corps étaient couverts de cinabre (symbole de vie éternelle). Le défunt était couvert de bijoux et d’ornements précieux, en jade pour la plupart. Sur le visage se trouvait les fragments d’un masque de jade désagrégé qui fut reconstitué par la suite. Sur la poitrine reposait un pectoral de jade. Parmi les autres objets retrouvés, les plus énigmatiques sont un cube de jade que le défunt tenait dans la main droite, et une sphère de jade dans la main gauche.
Il faut savoir que le jade est plus précieux que l’or pour les Mayas, qui lui attribuent un rôle protecteur. Sa dureté et sa résistance relient le jade à l’immortalité. Sa couleur, liée à l’eau et à la végétation, l’assimile à la fertilité et à la vie.

Les masques funéraires mayas en mosaïques de jade retrouvés dans les sépultures de hauts dignitaires ont pour vocation de leur assurer la vie éternelle. Voilà pourquoi ces masques ont toujours la bouche ouverte : l’âme du défunt doit pouvoir s’échapper vers l’au-delà. La perle de jade placée dans leur bouche est censée, en tant que symbole de vie éternelle, aider le mort à surmonter les difficultés du voyage dans le Xibalba (l’inframonde)

le temple d'Hochob reconstituéDans le jardin du Musée on peut admirer plusieurs reconstitutions d’édifices cérémoniels mayas, ainsi que des statues et des stèles.
La photo ci-contre montre la reconstitution du Palacio Principal de Hochob (état du Campeche) : c’est un exemple d’architecture « Chenes » (je reviendrai là-dessus quand nous serons au Campeche).
Les blocs de pierre de cette façade s’ajustent à merveille pour former la gueule d’Itzamna, dieu créateur, monstre de la Terre : voyez, au-dessus du linteau, le strabisme des yeux, les sourcils écartés, les dents sur la mâchoire supérieure …

A la sortie, de magnifiques jaracandas, aussi appelés flamboyants bleus, habillent le paysage d’un mauve du plus bel effet.

 

jaracandas en fleurs

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1 Commentaire

  1. Carl de Borhegyi

    Regarding the acrobat figurine from Tlatilco…A pottery mushroom was found next to the acrobat figurine, suggesting that narcotic mushrooms may have been consumed to induce the super-heroic athletic ability and agility of a jaguar god or were-jaguar. Pottery mushrooms dating to the middle or late Pre-Classic period have been found with figurines of ballplayers at the archaeological sites of Tlatilco in Burial 154 (Trench 6), and at Tlapacoya in the Valley of Mexico ( Borhegyi 1980.). It might be important to note that the pose might represent an East Indian or Hindu yoga posture or a version of the “Dhanur Asan” “Vrischika Asan” which is an advanced yoga posture for people doing “Sheersh Asan”. Pottery shaped mushrooms representing both the Amanita and Psilocybin mushrooms (Psilocybe mexicana), were likely used in bloodletting rituals. This blood-letting rituals was likely carried out after the consumption of sacred mushrooms, consumed before the ballgame and before the ritual of decapitation.

    Pre-Columbian pottery shaped mushrooms are reported to have been found in Mexico in the states of Chiapas, Tabasco, and Veracruzand in El Salvador, and Guatemala in both the highlands and the lowland Maya rain forest.

    For more on pottery mushrooms see Borhegyi de, S.F., 1963, “Pre-Columbian pottery mushrooms from Mesoamerica”, in American Antiquity, vol. 28:328-338.

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