Lille Promenades : le quartier Saint-Sauveur

Lille Promenades : le quartier Saint-Sauveur

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Au XIXe, Saint-Sauveur était le quartier le plus misérable de Lille. C’était le quartier des ouvriers du textile, logés dans des « courées », un ensemble de maisons en briques, sans ornement, comportant deux, parfois trois petites pièces superposées, situées juste à côté des usines textiles du quartier.
Le lieu traînait depuis longtemps la réputation d’un périmètre aux conditions de logement effrayantes. « Sous Louis XIV, on a déjà des indications selon lesquelles des gens vivent dans des caves ou dans des greniers, nous apprend l’historien Alain Lottin. Cet entassement de population et les problèmes d’hygiène n’ont fait que s’aggraver avec le développement de la Révolution industrielle au XIXe siècle. »
À Saint-Sauveur, le taux de mortalité des nourrissons et des enfants était plus important qu’ailleurs

En 1853 Victor Hugo dénonce les conditions de vie des ouvriers de Saint Sauveur dans les Châtiments:  » …. Caves de Lille ! on meurt sous vos plafonds de pierre !…. »

La municipalité prit la décision de faire place nette en engageant un grand programme « d’assainissement » : entre 1920 et 1960, la quasi totalité de l’habitat ancien était rasé. Ni la maison natale d’Alexandre Desrousseaux, le célèbre auteur du P’tit Quinquin, ni le café de la Vignette, où fut chantée pour la première fois L’Internationale, en 1888, n’ont été épargnés par les destructions.
A la fin des années 1960, on achève de restructurer le quartier Saint-Sauveur. Les dernières vieilles maisons ouvrières laissent place à des immeubles modernes (de logements HLM ou de bureaux) sans cachet architectural particulier.

Ce sont donc tout natuelllement les vestiges de l’ancien quartier qui retiendront notre attention durant ce parcours, avec une seule exception : l’Hôtel de Ville et son célèbre beffroi.

Effectué le 29 mars 2014

Difficulté: distance:3km
A partir de l’Office de Tourisme, empruntez la rue de la Vieille Comédie puis la rue du Sec-Arembault pour arriver sur la rue de Paris, ancienne voie qu’empruntaient les marchands du sud pour se diriger vers les villes flammandes.

 

 

L’EGLISE SAINT-MAURICE

Lille : église Saint-Maurice
L’église Saint-Maurice, construite du XIVe à la fin du XIXe siècle, est le fruit d’agrandissements successifs.
Typique des Flandres, c’est un bel exemple d’église-halle (hallekerque), composée de cinq nefs d’égale hauteur. Si l’on trouve de nombreuses églises-halles à la fin du Moyen-Age, sa combinaison avec un déambulatoire reste exceptionnelle.
Elle est classée monument historique depuis 1840.
Les objets du mobilier, pillées à la Révolution, retrouvés et enrichis ensuite, sont pour la plupart classés.
L’église a miraculeusement résisté aux boulets autrichiens de 1792 et aux canons allemands d’octobre 1914 qui ravagèrent le quartier sur plus de neuf hectares. L’histoire raconte que des pompiers l’ont sauvé in extremis alors qu’un obus incendiaire avait transpercé sa toiture.
L’intérieur est orné de nombreux tableaux de peintres lillois des XVIIème et XVIIIème siècles.
La chapelle axiale est dédiée à Sainte-Barbe, patronne des canonniers lillois, ces vaillants défenseurs de la ville depuis 1485.

 

 

LA COUR DES BRIGITTINES

Lille : la cour des Brigittines

En arrivant à hauteur de la rue Gustave Delory, tournez à gauche et repérez le passage voûté de la Cour des Brigittines.
Daté de 1673, il représente un des rares éléments encore existants d’un fameux couvent à la réputation sulfureuse. Créé au tout début du XVIIème siècle, cet établissement, dit des Brigittines, à qui la règle imposait une vie sévère avec mortifications répétées, fut le théâtre d’étranges désordres qui firent penser à des faits de sorcellerie. Le couvent sera détruit par un incendie en 1792.
Lille : la Cour des Brigittines
Dès qu’on passe l’arcade en brique on a l’impression que le bruit de la ville s’atténue pour ne devenir plus qu’un murmure.
Ces petites maisons sont un vestige du Lille d’antan mais, contrairement à ce qu’on peut lire parfois, le lieu n’a rien de commun avec les « courées », cette urbanisation typique des quartiers industriles du nord.
Bien sûr, nous retrouvons ici des maisons toutes semblables, petites, à un étage, qui se font face le long d’une ruelle privée à laquelle on accède par un passage étroit. Mais ce sont des vestiges du couvent détruit, des habitations prévues pour des religieuses et non pour loger une famille d’ouvriers.

 

 

ABBAYE DE MARCHIENNES – REFUGE –

Lille : refuge abbaye Marchiennes

Fondée en 603 sur les bords de la Scarpe, l’abbaye de Marchiennes crée son refuge lillois en 1620. Il s’agit de loger l’abbé et sa suite lors des États de la Châtellenie. Balthazar d’Avila, correcteur des Minimes, cède alors une propriété à Jean Dujoncquoy, abbé de Marchiennes. En réalité, deux maisons de la communauté des Minimes seront acquises. Le porche de 1626 ouvre aujourd’hui sur la perspective des façades de briques et de pierres Louis XIII. En 1715, le domaine est reconstruit. L’abbé Henry édifie une écurie, une remise de carrosses et quelques cabinets pour son usage et celui de ses religieux. Jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, le refuge loge l’abbé de Marchiennes.
Pour des raisons budgétaires, le lieu commence à être proposé à la location. Les locataires sont triés sur le volet. Au cours du XVIIIe siècle notamment, les commissaires des finances et autres procureurs du Roy contribuent à l’embellissement intérieur de l’endroit. Le bail contraint les locataires à recevoir l’abbé lors de ses voyages à Lille, de même que ses accompagnants et ses chevaux. Tout au long de son existence, le refuge de l’abbaye de Marchiennes aura connu toutes sortes de modifications. Y compris les plus inattendues. En 1964, au moment de la destruction du quartier Saint-Sauveur, son porche, jusqu’ici à fleur de rue, est déplacé vers la cour.  L’Hôtel de Marchiennes est classé Monument historique depuis le 3 novembre 1958.

 

 

L’HOSPICE GANTOIS

Lille : Hospice Gantois
L’hospice fut fondé en 1460 par Jean de la Gambe dit le Gantois, qui avait fait fortune dans le commerce de l’albâtre. Par son testament du 22 novembre 1466, il confirma la fondation de l’hôpital et le dota d’un règlement dans lequel était stipulé que six à huit soeurs Augustines devaient accueillir et soigner treize malades âgés d’au moins soixante ans. L’Hospice se trouvait alors dans un quartier populaire comptant de nombreuses fondations religieuses. Construit autour d’une grande salle et d’une chapelle où fut enterré le fondateur, des bâtiments bas s’organisent autour de 4 cours. Agrandi au XVIIème siècle par la maison du chapelain (à gauche), et par une maison d’accueil ornée d’une niche abritant St Jean-Baptiste (à droite), l’Hospice vivait entre autre des loyers des maisons à pignons construites à la même époque (à l’angle). Le bâtiment de briques et de pierres, s’inscrit dans le style de la Renaissance flamande: il est inscrit sur la liste des Monuments historiques depuis 1923.
L’Hospice Gantois a poursuivi son activité en tant qu’établissement d’accueil pour les «pauvres d’esprit», les déshérités, les femmes malades et les militaires pendant la Seconde Guerre mondiale. Ses religieuses y sont restées jusqu’en 1995. Le CHRU de Lille, propriétaire des lieux, décida alors de le fermer, pour des raisons de sécurité.
Mais l’histoire de l’hospice n’allait pas s’arrêter là. En 1997, deux projets sont apparus : réaliser un musée hospitalier ou créer un hôtel de luxe. Le second choix fut adopté. L’Hermitage Gantois a ouvert ses portes le 5 septembre 2003, pendant la Braderie de Lille.
Sources : © CHRU de Lille / © Office de Tourisme de Lille

 

 

LA PORTE DE PARIS

Lille : la Porte de Paris

Cet Arc de Triomphe a été érigé de 1685 à 1692 pour célébrer la prise de la ville par Louis XIV en 1667. Il remplace l’ancienne porte des malades, de construction plus modeste, qui s’intégrait déjà dans l’enceinte depuis le Moyen-Age. L’architecte Simon Vollant a volontairement sculpté un décor où s’expriment la puissance et la magnificence du Grand roi : à droite, dans une niche, Hercule avec sa massue, symbole de la force, à gauche Mars, le Dieu de la guerre. Le sommet de l’Arc est couronné par deux anges, trompettes à la bouche, annonçant au monde entier la victoire du Roi Soleil.
Source : © Office de Tourisme de Lille

Le rond-point qui entoure la porte de Paris ne date que de la fin du XIXe siècle. Admirez le petit jardin « à la française » qui entoure le monument : une vraie dentelle de buis, c’est magnifique !

 

 

L’HOTEL DE VILLE

Lille : Hôtel de Ville

Place forte déclassée dès 1910, Lille obtient par une loi de 1919 l’autorisation de détruire les fortifications : des espaces presque équivalents en surface à l’étendue de la ville intra-muros sont ainsi libérés.
Les destructions dues à la guerre sont importantes : 1.108 maisons ont été totalement détruites ; 11.100 endommagées soit par les bombardements de 1914, soit par l’explosion accidentelle du dépôt de munitions des 18 Ponts en 1916.
De plus, l’ancien hôtel de ville (situéplace Rihour) ayant été détruit par un incendie le 23 avril 1916, le projet d’une
nouvelle « maison commune » acquiert un rôle primordial : il est pensé comme la première pierre d’un ambitieux programme qui, mariant habitat, établissements scolaires, équipements publics et espaces verts et de circulation, doit tirer parti de l’espace libéré.
Les édiles prendront la décision d’ériger le nouvel hôtel de ville au coeur du quartier Saint-Sauveur. Le choix peut sembler surprenant mais il était emblématique: il s’agissait de situer le symbole par excellence du pouvoir municipal au plus près des populations défavorisées.

Lille : Hôtel de Ville

 

Bâtiment majestueux, tout en brique et en béton, le nouvel hôtel de ville a été conçu par l’architecte Emile Dubuisson et édifié de 1925 à 1932.
Son style est d’inspiration flammande, mais sa construction est moderne par l’emploi du béton armé.
L’architecte Émile Dubuisson a soigné tous les détails du décor intérieur et extérieur de l’édifice. Le beffroi est le premier gratte-ciel de France en béton armé. A sa base, les statues en béton moulé des deux géants fondateurs de la cité, Lydéric et Phinaert sont comme les racines populaires d’une renaissance.
Culminant à 104 mètres, il est surmonté d’un phare tournant visible à 30 kilomètres à la ronde.

Il a été classé au Patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco en 2005.

 

 

LE FORT DU REDUIT

Lille : Fort du Réduit

En faisant le tour de l’Hôtel de Ville par la rue du Réduit, notre regard est attiré par un petit square et, dans le prolongement du square, par une très belle chapelle, blanche, en pierre de Lezennes, rescapée des bâtiments voulus par Vauban pour la construction du Fort du Réduit, anciennement appelé Fort Saint-Sauveur de 1671 à 1674.
Si l’on en croit l’Office du Tourisme, Vauban aurait bâti ce petit ensemble pour mieux surveiller le populaire et bouillant quartier Saint-Sauveur !

La chapelle (1707) est un bel exemple d’architecture classique française. Elle présente un plan basilical sans trasept, et une harmonieuse façade avec superposition des trois ordres. Le pignon est décoré d’un bas relief où deux génies soutiennent les écus de France et de Navarre.

 

 

LA NOBLE TOUR

Lille : Noble Tour

En continuant tout droit, rue des déportés, nous arrivons à la hauteur de l’ultime témoin de l’enceinte du XVe siècle : la Noble Tour faisait partie des fortifications de la ville, qui comptaient 65 tours au Moyen Age.
Elle est classée Monument historique depuis mars 1922.
Elle sera transformée après-guerre en un lieu de mémoire de la Résistance de la Seconde Guerre mondiale, que le général de Gaulle inaugurera en 1959. La statue accollée sur ses pierres, sculpture d’André Bizette-Lindet, représente le corps squelettique d’un homme dénudé, rappellant aux passants les souffrances et les crimes de cette période.
La tour renferme, dans une urne de oierre, des cendres provenant des camps de la mort dans une urne de pierre.

 

 

LA RUE SAINT SAUVEUR

 

Revenons sur nos pas, pour nous engager dans la rue Saint Sauveur : elle emprunte le tracé de l’ancienne route de Valenciennes qui est déjà référencée au XIe siècle et constitue ainsi l’une des artères les plus anciennes de Lille.
La rue fait référence à l’église et à la paroisse du même nom, érigées au XIIe siècle suite au développement spectaculaire du quartier Saint-Maurice voisin.
A partir des années 1950, la rue est rasée en quasi totalité. Cette purge s’inscrit dans la lutte contre l’habitat insalubre dénoncé depuis plus d’un siècle dans ce quartier. Des constructions massives et des habitats collectifs sont retenus au détriment de restaurations individuelles. De la rue Saint-Sauveur chère au chansonnier Desrousseaux, il n’en reste rien, si ce ne sont l’église Saint-Sauveur et un pavillon de l’hôpital Saint-Sauveur

 

 

LE PAVILLON SAINT SAUVEUR

Lille  : pavillon Saint-Sauveur
L’hôpital Saint-Sauveur était une institution charitable fondée en 1216 par Jeanne de Constantinople, plus connue sous le nom de Jeanne de Flandre. Accolé à l’église Saint-Sauveur, l’hôpital avait connu plusieurs agrandissements entre 1482 et 1830 et s’était fortement développé jusqu’au XIXe siècle.
Lors de sa destruction au milieu du XXe siècle, seul un pavillon est conservé. Celui-ci date du XVIIIe siècle et constitue aujourd’hui ce que l’on nomme arbitrairement le « Pavillon Saint-Sauveur », bien qu’il ne soit que le modeste souvenir d’un ensemble immobilier jadis très important.
Le bâtiment, caractéristique de la région. a été construit en brique et en pierre à trois niveaux. Au rez-de-chaussée, il reste une galerie de cloître aux voûtes en brique donnant sur la cour d’honneur par six arcades.
Ce pavillon abrite actuellement le siège de la Fondation de Lille.

 

 

L’EGLISE SAINT SAUVEUR

Lille : église Saint-Sauveur

L’actuelle église Saint-Sauveur de Lille est une construction de style romano-byzantin dont le style architectural contraste fortement avec celui de l’édifice qui l’a précédé. Cet édifice est récent: il a remplacé l’ancienne église, durement éprouvée durant un incendie en 1896.
Les travaux sont confiés à l’architecte François-Joseph Delemer en juillet 1898; ils durent jusqu’en 1902.
Cinq vitraux de Eugène Didron (1867) ont pu être sauvés de l’incendie de 1896 : ils ont été installés dans le chœur. La chapelle de Notre-Dame de Tongre est ornée de vitraux issus des ateliers Gaudin (1956-1957). Les autres vitraux ont été réalisés par George Depienne, Etienne Delannoy et Roger Desjardin pendant la première moitié du XXe siècle.
D’autres éléments proviennent de l’ancienne église, comme le maître autel (1879-1882) et l’autel des Saint-Anges (1884) dans le bras nord du transept, réalisés par le sculpteur anversois Verlinden.
Lille : église Saint-Sauveur
L’église récèle un exceptionnel mobilier en chêne (buffet d’orgue, chaire monumentale, confessionnaux) réalisé par le menuisier sculpteur lillois Gustave Pattein.
Elle renferme également un tableau de 1732, récemment restauré, du peintre lillois Lamoral de Daudenarde « Laissez venir à moi les petits enfants ».
L’édifice souffre déjà des outrages du temps :Un architecte mandaté par la municipalité avertit, le 23 janvier 2014, de « l’état de péril» des voûtes, en briques creuses montées sur plâtre. Les premières constatations ont identifié un risque de détachements, peut-être dû à des infiltrations. Des travaux lourds sur le clos et le couvert, voire sur la structure, seront sans doute nécessaires à moyen terme.

 

 

Nous remontons ensuite la rue Saint Sauveur jusqu’à la rue Gustave Delory, du nom du fondateur du parti ouvrier (futur PS) élu maire en 1896, réélu plusieurs fois jusqu’en 1925, date de sa mort.
Avant la restructuration du quartier dans les années 1960, elle s’appelait rue du Ban de Weddes : c’est alors la rue du Marché à la wedde, plante tinctoriale, très utilisée par les drapiers, mais remplacée ensuite par l’indigo. Elle était aussi nommée rue de Fives, puisqu’elle mènait vers le village de Fives.
Il ne nous reste plus qu’à revenir sur nos pas pour entamer un autre circuit, par exemple « Lille au XIXe siècle » en tournant à gauche dans la rue du Molinel, jusqu’à arriver à la Place de la République.
 
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