Les phoques de la Baie de Somme

Les phoques de la Baie de Somme

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La baie de Somme accueille la plus importante colonie française de phoques qui profitent de la marée basse pour se reposer sur les bancs de sable : leur population est estimée à une centaine de phoques gris et environ 450 phoques veau marin, selon notre guide.

La baie de Somme, couvre une zone de 7200 hectares : la zone est donc vaste ! C’est à la pointe du Hourdel que vous aurez le plus de chances d’en apercevoir.

La baie de Somme est dangereuse Avec ou sans guide ?

Les mises en garde sur la dangerosité de la Baie sont nombreuses : si c’est votre premier séjour en Baie de Somme, il est clairement préférable de partir accompagné d’un guide.
Il vous parlera non seulement des animaux, de leurs moeurs, mais aussi de l’écosystème qui vous environne. De plus, habitué à rechercher les phoques, il les repérera bien avant vous.
Enfin, sa longue-vue vous permettra de les observer de très près : il faut savoir en effet qu’il est interdit de les approcher à moins de 300m afin de préserver leur quiétude, car ils sont craintifs.
Lors de notre sortie, nous avons pu les voir à moins de 150m, tout en respectant les règles, comme nous allons le voir.

La baie de Somme : à la rencontre des phoques, notre guide
 
Avec un guide, vous partirez à l’heure optimale pour aller observer les animaux qui ne viennent se reposer dans la baie qu’à marée basse.
À marée haute, les phoques se disséminent dans l’estuaire et le long de la côte à la recherche de nourriture. Quand ils ne chassent pas, ils vaquent à des occupations sociales, se reposent en position verticale parfois, pointant le museau hors de l’eau pour respirer avant de se laisser couler : ils font la bouteille. Ils peuvent rester en apnée pendant 20 minutes !

Le guide vous montrera aussi comment marcher dans la baie, comment réagir lorsque vous vous sentez aspiré par la vase. Contrairement à une croyance répandue, on ne peut pas être englouti totalement par des sables mouvants. On peut y être coincé tout au plus. Tout ce qu’il nous a dit est bien expliqué dans cet article.

 

La baie de Somme : à la rencontre des phoques, Le Hourdel
Le rendez-vous est fixé devant le phare du Hourdel, où vous trouverez un grand parking. Prévoyez de la monnaie pour le parcmètre car le stationnement est payant : 1€ par heure de 9h00 à 12h00 et de 14h00 à 19h00 en 2018.

Le hameau du Hourdel (à l’extrémité nord du front de mer de Cayeux-sur-Mer) abrite un petit port qui accueille encore aujourd’hui quelques bateaux de pêche
A cause de l’ensablement du port, les bateaux de pêche ne peuvent y accéder que lors d’un court laps de temps ou lors des marées dont le coefficient est élevé. Seule une pêche bien spécifique subsiste ici, celle des sauterelles (crevettes grises) et les bateaux locaux, bien ventrus, sont spécialement équipés à cet effet.

 

La baie de Somme : à la rencontre des phoques, pointe du hourdel le matinLa baie de Somme : à la rencontre des phoques, crambé maritimeA marée basse, la mer se retire à plus de 14km du fond de la Baie et découvre alors 7 200 hectares d’estran. Le Hourdel offre ainsi un panorama d’exception sur une des plus belle baies du monde. Nous sommes arrivés bien avant l’heure du rendez-vous pour admirer ce fascinant spectacle !

En me promenant sur la digue, j’ai repéré ce crambé maritime, une plante de la famille du chou qui s’est considérablement raréfiée, notamment à cause de l’importante exploitation des galets parmi lesquels elle pousse. Le crambé ne puise évidemment pas son eau et sa nourriture dans les galets : il dispose de tiges et de racines suffisamment robustes pour atteindre la craie. Sa cueillette est interdite par la loi !

 

La baie de Somme : à la rencontre des phoques, vers de vase
Avant de nous élancer à la recherche des phoques, le guide nous parle des plantes que nous rencontrons sur notre passage, notamment des asters maritimes, appelées localement « oreilles de cochon » : on récolte et consomme ses feuilles au printemps. Elles accompagnent à merveille l’agneau de prés salés, mais elles peuvent aussi êtres consommées crues.
Une autre plante emblématique, la salicorne, se fait encore très discrète en ce début mai. Elle est cueillie manuellement de mai à septembre.
La cueillette est limitée à 500g par jour et par personne (attention à ne surtout pas arracher la racine !) pour les non professionnels.

Le guide nous montre aussi le « garde-manger » de tous les limicoles qui vivent en Baie de Somme : tous ces trous dans la vase correspondent à autant de vers de vase ! Un vrai festin pour ces petits échassiers .

 

La baie de Somme : à la rencontre des phoquesLa baie de Somme : à la rencontre des phoques, témoin de l'érosionTout en marchant, le guide nous parle des galets que nous foulons à nos pieds : plusieurs entreprises de la région en vivent.
Les galets de l’estran sont d’une qualité bien supérieure à celle des galets des carrières arrière-littorales, ils ne sont pas altérés, n’ont pas subi de glaciations et ne sont donc pas sujets à fractures. Aujourd’hui, leur qualité exceptionnelle fait que ces galets ont toujours une réputation internationale dans les milieux industriels et leur extraction représente une réalité sociale : à Cayeux, un foyer sur 6 est concerné par le galet ! Pour en savoir plus, vous pouvez lire l’article « L’industrie du galet à Cayeux-sur-mer »

Il nous parle aussi du recul du rivage, parfaitement matérialisé par un blockhaus construit sur la terre ferme au cours de la dernière Guerre Mondiale et qui se retrouve maintenant au beau milieu d’un banc de sable.

 

La baie de Somme : à la rencontre des phoques, traces de leur présenceTout en marchant, nous remarquons d’étranges traces sur le sable.

Le guide nous explique qu’elles ont été laissées par les phoques qui se sont arrêtés là le matin même, avant l’arrivée des premiers humains. A marée descendante, dès que les premiers bancs de sable apparaissent, ils se regroupent sur des « reposoirs » situés à proximité d’un chenal large et profond permettant la fuite en cas de danger car ils sont assez malhabiles sur terre.

Comme leurs pattes antérieures se sont transformées en nageoires, ils sont obligés de se déplacer par reptation : les phoques entrent en contact par toute leur face ventrale avec le substrat et ne s’aident de leurs membres antérieurs que si vraiment nécessaire (nous ne repérerons qu’une seule traînée avec des traces de membres de chaque côté).

 

La baie de Somme : à la rencontre des phoques, phoque dans l'eauLa baie de Somme : à la rencontre des phoques, phoque dans l'eauNous voyons passer plusieurs phoques qui se dirigent vers la mer, ce qui interpelle notre guide : à cette heure-là, ils devraient tous rester à se reposer sur le sable. Ce qui ressemble pour lui à une fuite ne s’explique que par une présence humaine inopportune. Effectivement, il repérera un kayak qui tente de les approcher bien trop près !
Au XIXème siècle la colonie était plus importante que de nos jours : on en dénombrait plusieurs centaines. Elle a commencé à décliner vers le milieu du siècle à cause d’une chasse intensive pour leur peau, mais aussi à cause de l’hostilité des pêcheurs qui pensaient que les phoques pouvaient manger jusqu’à 20 kilos de poissons par jour. En fait, un phoque mange entre 2 et 6 kilos de poissons par jour.

 

La baie de Somme : à la rencontre des phoquesDepuis 1986, L’association Picardie Nature veille sur la colonie, assure la prévention des promeneurs, des kayakistes et des cavaliers pour qu’ils respectent une distance de 300 mètres minimum : dès 1988 la colonie reprendra vie avec la naissance d’un jeune veau-marin. Elle est aujourd’hui la plus importante de 3 colonies (baie des Veys, baie du Mont Saint Michel et baie de Somme) vivant en France. Elle regroupe près de la moitié de la population française.

C’est à la fin du printemps et au début de l’été que la colonie a vraiment besoin de tranquilité car c’est la période de reproduction : une femelle stressée risque une naissance prématurée, avec peu de chances de survie du blanchon (nom du bébé phoque).
Les naissances ont lieu de la fin juin jusqu’au mois d’aout. Le petit phoque vient au monde sur les bancs de sable émergés à marée basse. Il est nourri par le lait maternel durant environ 3 semaines. Si la mère se sent en danger, elle risque d’abandonner son petit, ce qui le condamne à une mort certaine !

 

La baie de Somme : à la rencontre des phoquesLa baie de Somme : à la rencontre des phoquesLe premier groupe de phoques veaux marins que nous avons rencontré était à moins de 150m : il s’était installé sur l’autre rive de la Somme. Dans ce cas, la présence de l’eau les tranquillise et les bipèdes curieux sont autorisés à se placer sur la rive opposée pour les observer (donc sans respecter la distance de sécurité de 300m).
Les mâles mesurent de 1.4 à 2.0 m et pèsent 70 à 170 kg, les femelles mesurent de 1.2 à 1.7 m et pèsent 50 à 150 kg. A la naissance, le petit mesure 80 cm pour un poids de 8 à 10 Kg. L’espérance de vie du phoque veau marin peut atteindre 25 ans pour le mâle et 35 ans pour la femelle, avec cependant des variations importantes comme pour la taille et le poids.

 

La baie de Somme : à la rencontre des phoques, un groupeLa baie de Somme : à la rencontre des phoques, notre groupeLe guide nous emmène plus loin car il a repéré une colonie de phoques gris. Nous les voyons assez rapidement à notre tour, grâce à sa longue-vue. Malheureusement, lorsque nous arrivons à leur hauteur, un groupe d’individus sortis d’on ne sait où, va les faire fuir ! Le guide suivra la petite troupe de 6 personnes durant tout le trajet du retour car elles évoluent en territoire dangereux et surtout se dirigent vers la mer qui est en train de monter, au lieu de s’en éloigner.
Comme vous pouvez le constater sur cette photo d’un groupe de phoques un peu plus éloigné que les autres, un appareil photo traditionnel ne peut pas faire de miracles. Très serviable, le guide proposera à ceux qui le souhaitent de prendre des photos avec leur smartphone via sa longue-vue.

 

Pour finir, je vous propose de visionner ce film qui reflète très bien l’expérience que nous avons vécue, mis à part le temps : nous avons bénéficié d’un temps splendide comme vous avez pu le voir sur les photos.

 

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