L’écotourisme au Chiapas: nouveau mensonge aux communautés indiennes ?

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Chiapas - Tourisme

L’État du Chiapas possède de nombreux attraits touristiques que le gouvernement souhaite développer pour en faire une des destinations phares des voyageurs avides de culture et de nature.
Ses nombreuses cascades, ses réserves naturelles et la culture maya de ses populations indigènes sont mises en avant dans le cadre de projets « d’écotourisme » qui, selon le gouvernement, permettront à l’État et aux autochtones d’assurer leur développement.
Mais ATTENTION : même si, à première vue, l’écotourisme semble être une alternative séduisante au tourisme de masse, il peut parfois cacher une réalité beaucoup moins reluisante.
Les projets classés « écotourisme » impliquent bien souvent que l´activité se déroule dans la nature, sans prévoir ni une gestion du projet par les habitants ni des aménagements écologiques pour réduire l´impact de l´activité.
Chiapas - Centres éco-touristiques

 

Ce n’était pas du tout le cas au centre éco-touristique Las Guacamayas, qui nous a semblé être un modèle et un exemple de développement durable.
Nous avons senti un réel souci de bien expliquer la démarche aux visiteurs et de les impliquer afin qu’ils se conduisent de façon responsable.
Pour peu que l’on participe aux activités proposées (sortie en bateau sur le fleuve, sortie à la rencontre de l’ara macao), on a l’occasion de discuter avec les gens de la communauté,  tous impliqués dans le succès du projet semble-t-il.
Nous avions l’impression d’être traités en invités et pas du tout en touristes. Ici, la communauté apparait soudée et les retombées du tourisme profitent à tous.
Quand je l’ai questionné à ce sujet, notre guide m’a dit que 60% des employés du centre sont résidents locaux, et que les bénéfices tirés de l’activité touristiques étaient équitablement répartis entre tous les membres de la communauté.

Chiapas - Centres éco-touristiques

Ils ont aussi pour souci de préserver leur environnement: non seulement ils préviennent leurs visiteurs des problèmes posés par l’élimination des déchets, invitant chacun à participer à l’effort commun, mais encore donnent-ils eux-mêmes l’exemple.
Nous nous sommes plusieurs fois promenés seuls aux alentours et n’avons trouvé nul détritus, que ce soit aux alentours des habitations ou ailleurs.
C’est ici aussi que j’ai appris qu’un mégot jeté négligemment à terre pollue : en fonction de l’environnement dans lequel le mégot a été jeté, la nature en vient péniblement à bout entre 1 et 5 ans. Durant ce temps, les ruissellements lessivent le cocktail de substances chimiques qui le composent.
J’avais déjà remarqué que Rodolfo prenait toujours soin de jeter ses mégots dans une poubelle mais là,  c’est le guide qui , durant notre périple à travers la forêt à la recherche de l’ara macao, nous en a expliqué la raison.  Pour ma défense, personne ne fume dans notre famille…

 

Chiapas - chez les LacandonIl en est allé tout autrement quand nous nous sommes retrouvés dans la communauté lacandone de Lacanjá Chansayab.
Nous avons été surpris de constater que plusieurs campements se jouxtaient, chacun étant manifestement géré par une autre famille, ce que nous ignorions au départ : en fait, il existe environ 13 structures d’hébergement , apprendrons-nous plus tard.
« Le gouvernement, par l’intermédiaire du ministère du Tourisme du Chiapas, a investi énormément d’argent dans cette communauté et offert en 2003 des structures d’hébergement à 11 des 13 familles du villages désirant développer un campement (une ne s’étant lancée dans cette activité que plus récemment, l’autre n’ayant pas été avertie de cette aide gouvernementale).
Sectur (SECretaria di TURismo) a donné cet argent au  Comisario (responsable municipal élu par la communauté) qui a ensuite fait construire dans chaque campement plus ou moins la même cabaña, en dur, plutôt haut de gamme, avec l’argent qui n’avait pas été détourné. Certaines sont mieux que d’autres, plus belles, plus grandes, d’autres n’ont rien eu du tout, on ne sait pas pourquoi. Ou plutôt si on le devine, tout se fait par copinage, par intérêt, par chantage. Le gouvernement toujours, cette fois par l’intermédiaire de la Commission Nationale des Aires Naturelles Protégées (CONANP), a également financé un centre d’artisanat dont les bénéficiaires sont tous issus de la même famille alors qu’elle possède également un campement
Toutes ces familles se sont donc retrouvées chacune avec une structure d’hébergement à gérer, toutes privées, sans aucune collaboration entre elles, chacune travaillant de manière indépendante. Le touriste est devenu une source de revenu, il n’existe aucun contact avec la population ou très peu, on reste dans la simple prestation de service d’hébergement et de restauration. Les quelques Lacandones restant qui portent toujours leur tunique traditionnelle le font parce que les touristes le veulent, ou plutôt parce que les personnes mandatées par Sectur pour les former au tourisme, leur ont dit que c’était ce que voulaient voir les touristes… Sans commentaires sur les compétences des formateurs et la vision du ministère sur l’écotourisme !

Le résultat de cet interventionnisme de l’Etat dans le tourisme est extrêmement négatif. Il a divisé la communauté en injectant massivement de l’argent. Certains en ont profité, d’autres non, étant laissés à la traîne et marginalisés. Beaucoup de frustrations pour ceux qui assurent n’avoir jamais été prévenus des projets de l’Etat ou qui n’ont jamais reçu l’aide donnée. » (source : L’association française EchoWay)
Chiapas - la terre ne s'achète ni ne se vend (photo ezln)

Il y a pire encore : le projet d’autoroute traversant les montagnes pour relier San Cristobal aux magnifiques ruines mayas de Palenque, empiéterait sur une douzaine de villages autonomes zapatistes.
D’autres projets gouvernementaux lorgnent sur des terrains récupérés en 1994 par les populations autochtones qui y travaillent la terre et la protègent. Puisque ces populations ne vendront jamais leurs terres, le gouvernement n’hésite pas à mettre en place une stratégie visant à les acquérir, quitte à violer les droits de ses habitants légitimes.
Les pressions exercées pour faire du Chiapas une destination touristique internationale continuent à engendrer de la violence entre communautés zapatistes et non zapatistes à propos du contrôle de certains sites.

L’écotourisme est devenu dans cette région un « outil de gouvernance », le projet «écotouristique » étant offert à ceux qui refusent de rejoindre les villages autonomes zapatistes.

Tous les projets qui veulent se démarquer ou qui veulent développer leur propre activité, sont marginalisés, exclus des circuits de promotion et de commercialisation ainsi que des programmes de financement. Certains ont même reçu des menaces en les avertissant qu’ils ne recevraient plus ni de touristes ni de subventions s’ils ne rentraient pas dans le cadre.

« Dans ce contexte et face à cette situation catastrophique, on ne donne pas cher de l’avenir du tourisme dans cette région. Soit toutes les communautés auront changé leur mode de vie traditionnel, rejeté leur culture, et l’on sera alors dans un simple schéma de tourisme classique (où l’on profite de la beauté de la nature et de la richesse culturelle sans rien donner en contribution) ; soit les touristes ne vont plus venir voyant qu’on leur ment ; soit encore certaines communautés vont se rebeller et refuser cette uniformisation, standardisation et folklorisation de leur mode de vie traditionnel. La situation est réellement urgente et préoccupante car plus on attend, plus la fracture engendrée et l’impact environnemental seront marqués. Il sera alors impossible de revenir en arrière et l’écotourisme dans cette région sera définitivement perdu » dit Maxime Kieffer d’EchoWay

 
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