Le Tréport

Le Tréport

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Contrairement aux évidences, Le Tréport ne veut pas dire «Trois Ports ».
En effet, Le Tréport est un nom d’origine gallo-romaine : il vient du celte « traez » (rivage qui se découvre quand la mer se retire) et du latin « portus ».

Et pourtant, on trouve bien 3 ports différents au Tréport, à commencer par le port de pêche : Jusqu’à la fin du XIXe siècle, la pêche constituait l’essentiel de l’activité portuaire tréportaise. De nos jours, vu l’ensablement de la Baie de Somme, les pêcheurs du Crotoy, de Saint-Valery ou encore du Hourdel ont déplacé leur bateau au Tréport.
Le port de commerce joue également un rôle important : il est le troisième de Seine-Maritime pour le tonnage manutentionné, après Le Havre et Rouen.
Enfin, le port de plaisance dispose de 120 anneaux, dont 5 réservés aux bateaux en escale ; à cela s’ajoutent une centaine de mouillages dans l’avant-port et des places de stockage en port à sec.

Mais Le Tréport a acquis ses lettres de noblesse avec l’engouement pour les bains de mer au début du siècle dernier : du fait de sa proximité avec Paris et grâce au développement du chemin de fer, la ville du Tréport est devenue une station balnéaire très prisée.

Le Tréport est avant tout une cité qui vit au rythme de la mer, des marées, des bateaux, de ses ports. Station balnéaire classée depuis le 12 Juillet 1960, elle est appréciée des touristes pour son authenticité : ici, les crustacés, poissons et coquillages proviennent des pêcheurs tréportais !
Vous pouvez choisir de les déguster dans un des nombreux restaurants qui bordent le quai François Ier ou alors les préparer vous-même en vous approvisionnant à la Poissonnerie Municipale, installée tout au bout du quai, dans une halle datant de 1934. Ses six étals proposent tout au long de l’année de la tombe, du carrelet, des maquereaux, du tacaud, du lieu, des turbots, des coquilles Saint-Jacques, des moules, des langoustines, de la sole, de la lotte, entre autres, qui sont pour la grande majorité livrés tous les matins par les mareyeurs ou pêcheurs du Tréport (60 bâteaux qui exercent leur activité entre Boulogne et Dieppe). Cette poissonnerie municipale est la dernière du genre en Seine-Maritime après la démolition de celle de Dieppe.

Le Tréport : plan de la ville

 

Nous avons stationné notre voiture sur le parking aérien des Terrasses (cliquez ici pour avoir toutes les infos concernant les parkings du Tréport), très économique par rapport à ce que nous avons connu au Crotoy, à Saint-Valery ou au Hourdel. Ici, la journée ne revient qu’à 2.50€.
C’est là que démarre le circuit des sites et des falaises (dessiné en vert sur la carte) mais aussi le circuit des rues et des monuments. Nous ferons un peu un « mix » des deux, en descendant par les escaliers de la Falaise pour visiter le vieux Tréport ; puis nous nous rendrons à Mers-les-Bains (pointillés verts sur la carte) avant de revenir au Tréport pour visiter la ville basse et enfin remonter tout en haut de la falaise en empruntant le funiculaire.

 

Le Tréport : quartier des cordiers Le quartier des Cordiers est un quartier gagné sur la mer, bâti au pied des falaises, sur un lit de galets. Les premiers habitants étaient des familles de pêcheurs. Trop pauvres pour pêcher au filet, ces «Cordiers» pratiquaient la pêche au moyen de longues cordes garnies d’hameçons, amorcés avec des vers de mer.

Une quinzaine de rues parallèles bordées de plus de 550 maisons aux toits d’ardoise constituent un ensemble très visible depuis les terrasses du funiculaire.
Au 19ème siècle, avec la vogue des bains de mer et la présence du Roi Louis Philippe, d’élégantes villas sont construites. Avec les congés payés de 1936, les propriétaires seront obligés de partager ces villas, devenues trop grandes et trop chères, en appartements. La clientèle sera alors les familles ouvrières du Nord et de la Picardie.
Avec au minimum 3 étages et souvent un sous-sol aménagé (que le propriétaire occupait durant la saison estivale, quand les étages étaient loués), ces anciennes villas offrent de nombreux bow-windows et de beaux balcons en fer forgé.

Lors de la deuxième guerre mondiale, le mur de l’Atlantique débutait ici, ce qui provoqua la destruction d’une partie du quartier, rasée pour la construction de l’ouvrage.

 

Le Tréport : ancien Hôtel de VilleLe Tréport : ancien Hôtel de VilleL’ancien Hôtel de Ville

Reconstruit en 1882, sur l’ancienne porte de la ville (millésime : 1563), il offre une belle façade en silex et en briques, agrémenté d’une tourelle poivrière (une tour d’escalier du XIXe siècle).
Les armoiries de la ville ornent le bâtiment ; en dessous, la croix de guerre avec étoile de bronze de 1950 honore la ville, très durement touchée par sept bombardements durant la Seconde Guerre mondiale.
Abritant les bureaux de l’Hôtel de Ville jusqu’en 1983, un corps de garde et deux cellules servaient de salle de dégrisement (d’où son nom d’ancienne prison). Jusqu’en 1989, les niveaux supérieurs abritaient le bureau des Douanes.
Aujourd’hui, le Musée du Vieux Tréport et la bibliothèque municipale les ont remplacés.

Le musée présente sur 5 niveaux l’histoire du Tréport : les activités maritimes (épaves, maquettes de bateaux, sacs de marin peints des XIXe et XXe siècles), les naufrages et le sauvetage en mer, les bains de mer et les activités traditionnelles (saurissage, charpenterie, ramasseurs de galets).
Il n’est ouvert que le samedi et le dimanche

 

Le Tréport : pierre brasserieLes brasseries au Tréport

Sous le passage voûté de l’ancien Hôtel de Ville, une belle pierre sculptée est mise en valeur : retrouvée en 2004, à demi enterrée, elle ornait le fronton d’une fabrique de bière.
La municipalité l’a placée dans ce lieu historique car elle est représentative des activités passées de la ville.
Jusqu’au XVIIe siècle, la bière était la boisson locale avant que le cidre se répande et la supplante au XVIIIe siècle.
A Dieppe, à 30 km du Tréport, on comptait 22 brasseurs à la fin du XVIIe siècle, en 1789 il n’en restait plus que 5 et un seul en 1864.
Dans l’histoire de l’abbaye Saint-Michel du Tréport, le prieur Dom Coquelin cite la présence d’une brasserie au sein du monastère.
En 1865, la dernière brasserie du Tréport était située au 16 de la Grande Rue (aujourd’hui rue de la Commune de Paris).

 

Le Tréport : fresquesLe Tréport : fresquesLes fresques se trouvent derrière l’ancien Hôtel de Ville, adossées au Musée du Vieux Tréport.
La rue de l’Anguainerie est une des plus anciennes du Tréport. Là, au XVIe siècle, la mer venait encore battre le pied des falaises.
En 2001, la destruction de maisons vétuste permit la réalisation d’un petit parking et l’idée vint de réhabiliter les murs de soutènement et d’y peindre de gigantesques fresques.
Les 4 tableaux ont été peints par l’artiste Paule-Adeline Vieillescazes et permettent de découvrir l’histoire de la ville : le funiculaire, les baigneurs, les métiers de la mer, un vieux pêcheur.

 

Le Tréport : presbytèreLe Tréport : presbytère, détail
Le presbytère est une belle maison à encorbellement, de structure moyenâgeuse, mais à la façade Renaissance.

Elle fut acquise par Jean Le Roux, maire de la ville, pour la somme de 1100 livres tournois, le 28 février 1650. Les sommes employée par la ville pour cet achat provenaient en partie des deniers d’étapes des régiments de Picardie et de La Meilleraye logés au Tréport le 15 décembre 1649.
Elle est ornée d’une frise de médaillons armoriés. Regardez bien l’angle en haut à gauche : en gargouille, on reconnait un Manneken-Pis de pierre ; il est antérieur à celui de Bruxelles.

 
A gauche, l’ancien chemin de Criel est bordé par une grande muraille faite de silex, briques et de pierres, vestige de l’enceinte ouest de l’abbaye Saint-Michel.

 

Le Tréport : église saint JacquesEglise Saint-Jacques

Au début du XIe siècle, le comte d’Eu détourne la Bresle de son lit pour étendre le port et fragilise ainsi l’église de la ville, qui ne résista pas aux intempéries et s’effondra en 1362. Le bâtiment fut reconstruit sur une terrasse, à mi-côte de la falaise qu’il fallut protéger contre la mer par des murs de soutènement ; mais cette fois ce furent les Anglais et les Huguenots qui lui firent subir bien des dégâts pendant la guerre de Cent Ans. Elle fut remise à neuf en 1699 ; elle est Monument classé depuis 1840.
Le monument est typique de la région avec ses façades en damiers de silex et de pierre de Caen qui lui donnent une apparence un peu particulière.
Le portail Renaissance, caché par un porche en grès, offre un tympan finement travaillé d’ornements : feuilles de vigne et grappes de raisin, feuilles de chardon, noeuds (cordons de pèlerin) entrelacés de coquilles Saint-Jacques (l’une d’elles est vue côté concave, avec sa noix). Remarquez le bénitier : c’est l’un des plus anciens connus.

 

Le Tréport : église saint Jacques, cuve baptismaleLe Tréport : église saint Jacques, coquilles de nacreLe Tréport : église saint Jacques, clefs de voûteLa cuve baptismale est de 1887 : elle remplace celle du XIIe siècle, conservée dans la chapelle Saint-Julien.

Trois superbes coquilles nacrées perpétuent la mémoire de la famille Letraistre, qui les a offertes à l’église en 1861 et 1879.

Les grandes orgues, fabriquées par Cavalle-Coll en 1885 pour un château de la région parisienne, ont été achetées d’occasion par la paroisse en 1890.

Mais l’intérieur est surtout remarquable pour ses clés de voûte pendantes du XVIe siècle. La plus grande mesure 3,80m.

 

Le Tréport : vestiges de l'abbaye st MichelVestiges de l’Abbaye Saint-Michel

En 1036, le Comte Robert 1er (Comte d’Eu), fit bâtir avec Béatrix sa femme, l’Abbaye Saint-Michel, dédiée à l’Archange du même nom. Ils firent appel à des moines bénédictins. Elle faisait à l’Est le pendant de l’Abbaye du Mont Saint-Michel protégeant le Duché de Normandie, face à la Bretagne et à la Picardie.

Elle connaît un très grand rayonnement jusqu’au XIVe siècle. Elle a possédé jusqu’à cinq chapelles, sept prieurés dont celui de Hastings en Angleterre (offert par Guillaume le Conquérant), vingt-huit cures, des maisons, fermes et terres, des droits sur la pêche et les marchés.
Plusieurs fois dévastée par les Anglais, elle subit les guerres de religion au XVIe siècle. Ruinée, c’est grâce à la congrégation de Saint Maur en 1659 que le calme revient. A la Révolution, en 1790, l’abbaye est vendue, sert de casernement puis est démolie en 1840.
Alexandre Papin, Maire du Tréport, en acquiert les derniers vestiges au XIXe siècle. Un contrefort de mur est visible dans la cour arrière de l’Ecole Brossolette.

 

Le Tréport : chapelle st JulienLa chapelle Saint-Julien

Construite au XIVe siècle au service de l’Hôpital voisin, elle abrite l’une des plus anciennes cuves baptismales en schiste monopédiculé à masques humains du XIIe siècle.

Elle est désaffectée et n’est ouverte qu’exceptionnellement, notamment à l’occasion des Journées du Patrimoine.

La rue qui va de l’église Saint-Jacques à la Chapelle Saint-Julien est l’oeuvre d’Alexandre Papin.
L’abbaye Saint-Michel occupait un vaste domaine, et les bâtiments claustraux étaient érigés jusqu’à l’église, ce qui compliquait singulièrement son accès. Alexandre Papin fera détruire les derniers bâtiments de l’Abbaye et ses jardins afin d’ouvrir cette voie qui prendra le nom de boulevard de l’Abbaye, puis en 1894 le nom de son fondateur Alexandre Papin.

 

Le Tréport : la gareLa gare ferrovière

Au cours du 19ème siècle, l’attrait du tourisme balnéaire, les bienfaits sur la santé des bains de mer, suscita de nombreuses créations de lignes de chemin de fer, notamment pour capter l’importante clientèle de la bourgeoisie parisienne.

La construction du Chemin de Fer de la Vallée de la Bresle va dès 1870, avec le développement des Trains de Plaisir, faire du Tréport « la plus jolie plage d’Europe ».
La construction de la gare fut suivie de l’édification de docks et d’hôtels dans ses environs immédiats.

De ses trains déferlèrent des flots de touristes à la Belle Epoque puis de nouveau après guerre, jusqu’à ce que les transports automobiles supplantent les trains.

 

Le Tréport et les congés payés de 1936L’instauration des congés payés

Les Baigneurs de « La Belle Epoque » pouvaient profiter d’un bain chaud d’eau de mer et de l’établissement d’hydrothérapie.
Pour les plus courageux qui désiraient « prendre un bain à la lame » (entendez par là « se baigner dans la mer »), de vraies prestations accompagnaient le vacancier : tentes numérotées et portatives, cabines sur roues tirées par des chevaux, bassines d’eau chaude pour réchauffer les pieds à la sortie du bain
Mais attention, on ne se baignait pas n’importe où sur la plage : la condition sociale (famille royale ou simples sujets) et la situation familiale (célibataire ou marié) fixaient le lieu qui était réservé à chaque type de baigneur !
Les congés payés allaient tout bouleverser : désormais tout un chacun pouvait venir au Tréport, grâce aux billets à 40 % de réduction mis en place par Léo Lagrange, secrétaire d’Etat aux Sports et aux Loisirs du gouvernement de Léon Blum.
« Les congés payés sont importants pour le Tréport. Avant 1936, c’était la bourgeoisie qui venait ici. Après, c’est devenu une destination de vacances populaire »,a dit le maire du Tréport lors de la commémoration de 2016.

Nous allons maintenant poursuivre notre promenade sur l’esplanade des Congés Payés et nous rendre à Mers-les-Bains

Le Tréport : le funiculaireLe Tréport : le funiculaireLe funiculaire

Au retour de Mers-les-Bains, pour remonter sur la « Terrasse » où nous avons laissé notre voiture, nous avons utilisé le funiculaire, un must pour tout visiteur ! Et vous auriez tort de vous priver car son utilisation est entièrement gratuite et ouverte à tous. Il fonctionne comme un ascenseur : une simple pression sur le bouton de la borne d’appel fait venir l’une des quatre cabines jusqu’à vous.

Le funiculaire est ouvert tous les jours de l’année. En dehors de la période estivale, il est ouvert du dimanche au vendredi de 7 h 45 à 20 h 45. Le samedi et la veille des jours fériés il fonctionne de 7 h 45 à 0 h 45.
Du 15 juin au 15 septembre, le funiculaire est en fonctionnement de 7 h 45 à 0 h 45.
Mais attention : Les cabines ne fonctionnent que si les vents sont inférieurs à 100km/H, pour des raisons évidentes de sécutité.

Je vous invite à lire son histoire mouvementée sur la page que la ville du Tréport lui consacre. Vous pourrez aussi y trouver des détails techniques au sujet du funiculaire d’aujourd’hui.

 

Le Tréport et Mers-les-Bains vus depuis les terrassesMers-les Bains depuis Le Tréport

Comme vous pouvez le constater, la vue du haut des Terrasses est vraiment époustouflante, surtout en fin d’après-midi : comparez par rapport à la photo prise le matin même (tout en haut de l’article, juste sous le plan, pour parler du quartier des Cordiers).

Nous pouvons ainsi admirer les splendides falaises de craie, hautes de 100m, dont on ne doit pas s’approcher de trop près, qu’on soit à leur sommet ou à leur pied car l’érosion est à l’oeuvre et des pans entiers peuvent s’effondrer brutalement, comme cela est arrivé le 17 décembre 2017 au Tréport et en janvier 2018 à Mers-les-Bains.
L’érosion des falaises se manifeste de plusieurs manières : infiltration de l’eau de pluie (la falaise se gorge, l’eau gèle en hiver), éboulements massifs à la suite de l’attaque du pied de la falaise par les vagues. Le recul de la falaise peut aller de quelques centimètres à 50 cm par an, parfois plus, et sur des longueurs de 50 à 100 mètres.

 

Le Tréport : vestiges du TrianonLes vestiges du Trianon

Au moment de sa construction au début du XXème siècle, l’hôtel Trianon est l’un des plus luxueux de France. Avec ses 300 chambres, il devait attirer une riche clientèle, venue notamment de Paris. Un terrain de golf et un grand jardin y furent aménagés. Le projet est tellement pharaonique que ses propriétaires auraient contribué à l’établissement du funiculaire, pour que les clients aient accès à la mer. Mais la foule escomptée ne vint pas et la guerre 1914-18 précipita la débâcle.
Pendant la Première Guerre mondiale, l’établissement est transformé en hôpital militaire où des centaines de soldats sont soignés, notamment durant la bataille de la Somme. Entre les deux guerres, la côte de la Manche subit la concurrence de la côte Atlantique, devenue plus accessible et les touristes fortunés sont moins nombreux à venir au Tréport.
Finalement, l’hôtel Trianon connaît une fin tragique, puisqu’il est totalement détruit par les Allemands pendant la Deuxième Guerre mondiale.
Après l’armistice, il ne reste rien d’autre que l’escalier et les balustres encore présents aujourd’hui sur la falaise (et bien restaurés en 2016).

 

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