Le Saint Mont

Le Saint Mont

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Le Saint-Mont fait partie de ces nombreuses fondations mérovingiennes nées de la volonté d’un moine et d’un noble.

Situé à cheval sur les territoires des communes de Saint-Étienne-lès-Remiremont et Saint-Amé (dans les Vosges), le Saint-Mont est indissociable de la ville de Remiremont, car il est considéré comme étant le berceau de la ville, comme nous le verrons.

La place était un ancien oppidum celtique qui permettait de contrôler les vallées de la Moselotte et de la Moselle au confluent des deux rivières. Cet oppidum fut occupé et renforcé par les Romains. Le site portait alors le nom de Habendum.

Au VIIe siècle, il était la propriété d’un certain Romulphe, puis de son fils Romaric, tous les deux grands seigneurs
de la cour d’Austrasie.
Au cours d’une mission d’évangélisation en 617, Amé, moine colombaniste, fut introduit à la Cour de Metz et finit par convaincre Romaric, déjà très pieux, de tout quitter pour le suivre au monastère de Luxeuil.

Vers 620, les deux hommes fondèrent au mont Habend (la seule propriété que Romaric ait conservée) un monastère accueillant une congrégation de femmes. Le monastère d’hommes suivit peu de temps après. L’appellation de Saint-Mont s’est progressivement substituée à Habend à partir de l’an 700 pour être définitivement adoptée au XVe siècle.
La tâche majeure de cette communauté était de prier pour les vivants et les morts et de veiller à conserver leur mémoire, en rédigeant des « livres de vie » (liber memorialis). Les moniales pratiquaient la « Laus perennis », la « Louange perpétuelle », c’est-à-dire qu’elles chantaient des psaumes 24 heures sur 24 par groupes de 12 qui se relayaient. Au VIIIe siècle, elles étaient une centaine.

Les religieuses obéirent à la dure Règle de Saint Colomban pendant deux siècles avant d’adopter une règle plus souple, celle de Saint Benoît. Ce changement d’obédience s’accompagna du déménagement des moniales. En 818, elles quittèrent le Saint-Mont, sur lequel les conditions de vie étaient trop difficiles.
Le choix de l’implantation de la nouvelle abbaye se fit sur une terrasse située sur la rive gauche de la Moselle, à l’abri des crues : elle attira rapidement une population qui s’installa aux portes de l’abbaye. C’est là l’origine de la ville de Remiremont (qui dérive du latin Romarici mons, le « mont de Romaric »), célèbre par son chapitre de chanoinesses, réservé aux jeunes filles de la haute noblesse

Ce n’est qu’au début du XIe siècle que des religieux investirent à nouveau le site. A la Révolution, le prieuré fut vendu comme bien national, mettant fin à plus de douze siècles de dévotion religieuse. Lieu sacré de la montagne vosgienne, le monastère du Saint-Mont fut la plus ancienne fondation monastique de Lorraine. Son influence sera primordiale sur toute la région.

Il est inscrit aux Monuments Historiques.

Un circuit, au départ de Saint-Etienne-Lès-Remiremont, permet de le (re)découvrir : nous l’avons décrit dans notre article « Les quatre saints de la forêt »
Les explications ci-dessous complètent celles données dans le slider qui accompagne la balade.

 

Borne abbaye Remiremont

 

Une borne rencontrée au début de la balade nous rappelle la puissance des chanoinesses de Remiremont (l’abbaye avait de nombreuses possessions et l’abbesse avait rang de princesse du Saint-Empire romain germanique). Elle délimite, à travers la forêt, les souverainetés du chapitre du Remiremont et du duché de Lorraine.
On distingue sur cette borne, appelée « Haute borne », les clefs du chapitre des dames, la croix du duché de Lorraine et la date: 1492!

 

Borne du Saint-Mont

 

Preuve que les souverainetés étaient multiples et entrecroisées entre pouvoir judiciaire, politique, financiers, spirituel… quelques dizaines de mètres plus loin, voici une autre borne, plus petite, qui délimitait la frontière entre le pouvoir exercé par l’abbaye du Saint Mont et le duché de Lorraine.

 

 

Grotte de Saint Amé

 

Amé fut le premier abbé du monastère du Mont ; il continua cependant à vivre en ermite, à l’écart, dès son arrivée dans la montagne, se retirant dans un creux de rocher. Il restait néanmoins le père spirituel des moniales qu’il rejoignait une fois par semaine le dimanche, pour l’office et la prédication au monastère.

 

 

Chapelle Saint Amé

 

 

Sa grotte, située sur le flanc de la montagne sacrée, sera conservée. Elle devint un haut lieu de pèlerinage et une chapelle y fut édifiée.

 

 

 

Chapelles Sainte Marguerite et Sainte Claire
Les ruines des chapelles Sainte Marguerite et Sainte Claire datent des années 1160.
Elles font partie de la dizaine de chapelles qui accompagnaient le puissant monastère du Saint-Mont.

De la chapelle Sainte Marguerite il ne subsiste que le marquage de pierres au sol qui en délimite l’emplacement.
Le plan de la chapelle Sainte Claire, par contre, reste parfaitement lisible. Le tombeau de la sainte, réputée pour guérir miraculeusement les malades des yeux, a été laissé dans la chapelle.

 

Le Saint-Mont : la chapelle

 

En arrivant au sommet, le visiteur a bien du mal à concevoir la puissance du monastère fondé par Saint Amé et Saint Romary au VIIe siècle car il ne subsiste que des ruines disparates, hormis une petite chapelle et une vieille maison forestière manifestement postérieurs.
La chapelle, chargée de maintenir la mémoire religieuse du site, occupe l’emplacement de l’ancienne église abbatiale, dont il ne reste que les marquages de pierres au sol mis au jour par les fouilles archéologiques des années 1960 à 1980.

 

Le Saint-Mont : sarcophage dans la chapelle

 

 

L’intérieur de la chapelle abrite un sarcophage en pierre d’époque mérovingienne découvert lors des fouilles ; il aurait été réutilisé en 1077 pour l’inhumation de l’abbesse Gunégonde de Remiremont.

 

Remiremont : le Saint-Mont

 

 

Romaric résidait à Saint-Romary, à proximité du monastère d’hommes qu’il dirigeait et dont il ne reste aucune trace : il a disparu dès le XIe siècle.
Seule cette stèle en rappelle le souvenir.

 

 

Le Saint-Mont et le pont des fées

 

Nous descendons du Saint-Mont pour nous rendre au Morthomme et devons pour cela franchir le « pont des fées » qui n’a de pont que le nom car il n’y a jamais eu d’eau à cet endroit : Sept mètres de haut, treize mètres de large et trente de longueur mais aucune arche qui permettrait au moindre filet d’eau de le traverser.
Ce passage entre les deux massifs, construit de la main de l’Homme, remonte-t-il aux Gallo-Romains, a-t-il permis à saint Arnoult, ancien évêque de Metz, et Romary de se rencontrer plus facilement ou date-t-il du temps des pèlerinages sur le Mont une fois les moniales installées à Remiremont ? Le mystère reste entier.

 

Le Saint-Mont : saint Arnoud

 

En 629, Arnould, évêque de Metz abandonna sa charge et vint rejoindre St Romaric au Saint Mont. Il s’installa sur le sommet voisin, le Morthomme. Il y vécut en ermite jusqu’à sa mort en 640. Les ruines de deux cellules et d’une chapelle étaient encore visible au XIXe siècle. Actuellement une simple croix, accompagnée d’un panneau explicatif, rappelle ce lieu.

 

 

 

Le Saint-Mont : la pierre de Kerlinkin
La Pierre Kerlinkin est un énorme bloc de grès rouge d’une hauteur de presque cinq mètres et qui mesure à sa base environ huit mètres de longueur et de un à un mètre cinquante de largeur. Son poids a été estimé à environ 132 tonnes. Elle a probablement été amenée à cet endroit par les glaciers. Mais de l’origine de son nom, nous ne savons rien.

Les cupules qu’elle porte à son sommet laissent supposer qu’elle a été utilisée comme pierre cultuelle à l’époque néolithique, puis sans doute comme monument celtique druidique.
On dit de la pierre Kerlinkin qu’elle était une roche de fécondité où les femmes stériles ou désirant avoir un enfant venaient se frotter.

 

 

le Saint-Mont : la source de Sainte Sabine
Suivant la légende, Sainte Sabine aurait péri lors de l’invasion des Hongrois. On sait, de source certaine qu’en 917 les Religieuses, installées depuis plus d’un siècle à Remiremont, furent contraintes de se réfugier au Saint-Mont pour échapper à ces barbares, émules des Huns avec lesquels on les confond parfois. Ils ravageaient alors la Lorraine et assiégèrent le bourg naissant de Remiremont, encore dépourvu de remparts.
C’est au cours de cette fuite précipitée qu’aurait eu lieu le martyre. Jeune novice, elle se serait égarée du convoi, poursuivie par les Hongrois qui l’auraient massacrée à l’orée de la forêt du Fossard, à proximité d’une source. A cette source, qui prit le nom de St Sabine, se produisirent par la suite de nombreux miracles. Cette source est réputée guérir les ulcères. Pour cela, il faut piquer le mal avec une aiguille puis la jeter dans l’eau.
La source peut aussi prédire aux jeunes filles le mariage. Si une épingle jetée dans l’eau surnage, la jeune fille est sûre de se marier dans l’année.

 

 

Nous venons de rencontrer, tour à tour, les quatre saints de la forêt : Saint Amé, Saint Romaric, Saint Arnould et Sainte Sabine.

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3 Commentaires

  1. DAVAL JEAN-CLAUDE

    lors d’une sortie scolaire organisée par l’école de vecoux en mille neuf cent cinquante sept (ça me fait à ce moment là onze ans) j’ai eu la chance de rencontrer l’un, peut-être le dernier ermite du st mont, il s’appelait paul tisserand et c’était l’oncle de mon père! souvenirs d’une jeunesse vosgienne! nostalgie….

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    • mpc

      Bonjour Jean-Claude,

      Merci beaucoup pour votre témoignage ! Connaissez-vous la raison pour laquelle Paul Tisserand a décidé de se retirer au Saint Mont ? Vous étiez très jeune à l’époque et avez sans doute eu d’autres centres d’intérêt que de questionner cet homme au sujet de ses motivations. Mais peut-être le savez-vous au travers de ce la famille en disait ?
      En espérant avoir le plaisir de vous relire, nous vous envoyons nos salutations les plus cordiales,

      Marie-Paule & Claude

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  2. TATutatu

    Jolie présentation de Site..pour Le Saint Mont 88200 sur le Fossard..

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