Le Couvent du Mont Sainte Odile

Le Couvent du Mont Sainte Odile

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Attention, ce lieu est tellement riche que nous le décrivons en trois parties :
 

 

Le Massif du Mont Sainte-Odile est un site d’exception, connu et reconnu comme un haut-lieu de pèlerinage et de spiritualité chrétienne.
Perché sur un long plateau rocheux, dominant la plaine d’Alsace du haut de ses 763 mètres d’altitude, le couvent du Mont Sainte-Odile a été classé monument historique dès 1840.

L’écrivain et homme politique Maurice Barrès, qui séjourna au couvent, a parfaitement compris la place privilégiée qu’occupe ce site dans le coeur des Alsaciens (dans Au service de l’Allemagne, 1911)
« L’étranger qui parcourt la plaine d’Alsace, entre Mulhouse et Saverne, instinctivement tourne les yeux vers les innombrables châteaux du Moyen Âge, qui, par-dessus la chaîne basse des vignobles, hérissent les sommets des Vosges. Pour un indigène, ces ruines sont mieux que pittoresques ; elles sont des points de sensibilité. Peut-être l’Alsacien respecte-t-il, sans le connaître clairement, le rôle qu’eurent ses burgs dans sa vie sociale. Et puis on montait là-haut quand on était petit ; les parents, les grands-parents y montèrent, et, dans chaque famille, des souvenirs heureux ou malheureux, fiançailles, mariages, naissances ou morts, se conservent liés à l’un ou l’autre de ces sites. Entre tous, la montagne de Sainte-Odile, avec ses nombreux châteaux, ses souvenirs druidiques ou romains, et son couvent, est le plus mémorable.
Vu de la plaine, le couvent de Sainte-Odile semble une petite couronne de vieilles pierres sur la cime des futaies. Il occupe, au sommet de la montagne, un énorme rocher coupé à pic vers l’Est, accessible d’un seul côté, et qui surplombe trois précipices de forêts. Sans doute on trouve dans les Vosges des sites également pittoresques, mais celui-ci suscite la vénération. Sainte Odile, depuis douze siècles, demeure la patronne de l’Alsace. »

Mont Sainte-Odile - randonnées

 

Les superbes forêts, les rochers spectaculaires, l’exceptionnel mur païen, long de plus de 10 km, dont l’origine reste énigmatique, tout comme sa destination (politique? religieuse? défensive?) attirent un nombre impressionnant de randonneurs, qui viennent ensuite se restaurer au couvent.
Le plateau rocheux, haut d’une vingtaine de mètres, est composé de sables anciens indurés: le grès obtenu est ici particulièrement chargé en galets blancs ou gris, que les géologues ont baptisé « poudingue de Sainte-Odile ».

Accessible à tous, en visite libre tout au long de l’année, le Mont Sainte-Odile a conservé sa vocation religieuse et reste un lieu de prières et de recueillement que le visiteur, quelle que soit son opinion religieuse, se doit de respecter.

Mont Sainte-Odile - Aldaric et Bereswinde, fresque de Charles Spindler

 

Selon la tradition, le couvent aurait été fondé vers 680 par Odile, fille d’Aldaric (appelé aussi Etichon),duc d’Alsace, et de Bereswinde, sur l’emplacement du domaine de Hohenbourg que lui aurait donné son père, ce dernier voulant se racheter de ses fautes

Il ne faut jamais perdre de vue que la vie de Sainte Odile est en grande partie légendaire :

L’ouvrage « Vita sancta Odilae » fut en effet composée au IXème siècle, soit deux siècles après sa mort, en se fondant sur des récits déformés.
On ne sait quel part de vérité comporte ce texte mais son histoire s’est enrichie de siècle en siècle de nouveaux épisodes où abondent les faits merveilleux et les miracles.
Cette légende a été illustrée sur une tapisserie réalisée vers 1470-1480, dont une reproduction est présentée au niveau de la Porterie du couvent, et nous en parlerons quand nos pas nous y conduiront au cours de cette visite.

 

Mont Sainte-Odile - vue Sud-Est

Les récents travaux (2006) entrepris  prouvent que le Mont Sainte-Odile est un lieu vivant, en perpétuelle évolution.

De nombreux incendies, dont celui de 1546 qui détruira la Hohenbourg et marquera la fin de l’abbaye des femmes, expliquent aussi qu’il ne reste pas grand chose du couvent primitif.
La reconstruction entreprise par les Prémontrés de 1605 à 1617 sera réduite à néant par un nouvel incendie qui éclata en 1681. Mais ceux-ci ne baissèrent pas les bras et reconstruisirent progressivement l’ensemble des bâtiments pour leur donner un aspect proche de celui que nous pouvons contempler de nos jours.

Nous évoqueront les diverses transformations au fur et à mesure de notre visite.

Mont Sainte Odile - Plan d'ensemble

 

Le plan d’ensemble du couvent, tel qu’il se présente aujourd’hui, avec les accès prévus pour personnes handicapées, est affiché en plusieurs endroits du site afin de guider les visiteurs.

Mont Sainte-Odile - Plan des bâtiments

 

 

 

 

 

Le plan de situation est un peu plus ancien :  fourni aux résidents de l’hôtel, il permet de mieux situer les bâtiments par leur nom.

 

 

ARRIVEE AU MONT SAINTE-ODILE

Quel que soit le moment dans l’année que vous choisirez pour venir, vous ne serez jamais seul.
Durant la belle saison, c’est la grande foule qui se presse, les touristes étant bien plus nombreux que les pèlerins : ils ont laissé leur voiture sur l’un des  parkings aménagés ou bien ils ont quitté l’un des multiples GR qui conduit ici .
Pour s’imprégner totalement de la sérénité du lieu, il est préférable de venir en dehors des périodes de forte affluence, surtout en hiver par grand froid. Là, on peut errer seul sur la terrasse, s’imprégner du silence et de l’ambiance sacrée du lieu, se recueillir dans les chapelles si on le souhaite.

Nous décrivons cinq possiblités pour arriver à pieds : par Heiligenstein, par Vorbruck, par Barr, par Saint-Nabor, par Ottrott

Mont Sainte-Odile - le Kiosque

 

Le Kiosque, situé en avant du batiment d’entrée, date de 1926.

Devant l’affluence des pèlerins et des touristes, il avait été décidé de construire un lieu dédié à la vente de souvenirs, à l’extérieur des batiments religieux.

De nos jours, la boutique est intégrée au site (no 18 sur le plan) et le kiosque sert des rafraichissements, des glaces et de la petite restauration durant l’été.

Mont Sainte-Odile - le Bâtiment Saint-Léon

 

 

Le bâtiment d’entrée, dit bâtiment Saint-Léon, est le seul accès possible au Mont : barrant le plateau en avant des anciens bâtiments conventuels, il a été conçu pour servir d’hôtellerie pour les pèlerins.
Construit de 1734 à 1738, il ne comportait qu’un seul étage surmonté d’un toit asymétrique pour le protéger des intempéries du sud-ouest.
Le deuxième étage sera ajouté en 1899, et le toit asymétrique sera remplacé par un haut toit.
Le troisième étage, enfin, sera aménagé dans le toit durant la période de restructuration des bâtiments par l’architecte Robert Danis (1930-1937)

 

Mont Sainte-Odile - Abbaye de Hohenbourg

 

 

Remarquez, à droite du porche d’entrée, les armoiries du lieu (que vous retrouverez un peu partout, comme nous le verrons), mais surtout l’inscription « SCA. ODILIA HOHEN. ABB. » (Sancta Odilia Hohenburg Abbaye) : ce n’est qu’en 1648 que l’abbaye de Hohenbourg deviendra « Mont Sainte-Odile »

Mont Sainte-Odile - Odile vous accueille

 

 

 

Levez les yeux : au-dessus du porche, une petite statue de Sainte Odile accueille le visiteur.  Elle date vraisemblablement de la période 1855-1860 durant laquelle le bâtiment a été rénové sous la direction du vicaire général Nicolas Schir.
Entourant la statue de grès rose, cette inscription latine : « HIC SANCTA FLORUIT ET SEMPER REGNAT ODILIA PRAESUL ALSATIAE MATER » (Ici brilla avec éclat et règne toujours sainte Odile, mère de l’Alsace) remonte aux travaux de Robert Danis, vers 1935.

 

LES BATIMENTS CONVENTUELS

 

Mont Sainte-Odile - la Cour des Pèlerins
Le passage voûté s’ouvre sur la cour des Pèlerins : malgré la foule grouillante et souvent bruyante, la cour donne une impression de paix et de sérénité.
Les immenses tilleuls centenaires ont vu passer tant de gens : des touristes pressés, des randonneurs insouciants, des pèlerins fervents, des âmes en peine venues chercher un peu de réconfort, des gens illustres et de parfaits inconnus.

Ils sont les témoins privilégiés de tous les changements et remaniements qui ont modifié cette cour au fil du temps.

Sur la photo, à droite, on aperçoit un bout du poste de gendarmerie installé au coeur du sanctuaire : les gendarmes se relaient par équipe de deux de début juin à mi-septembre, période où le mont Sainte-Odile connaît ses plus grosses affluences. Leur mission est de prévenir les vols à la roulotte mais aussi d’agir dans le cadre de secours aux personnes ainsi que de gérer le flux des véhicules »

Mont Sainte-Odile - la cour des Pèlerins et le bâtiment Sainte-Eugénie

 

Dès le début du mois de juin, les visiteurs s’installent dehors, à l’ombre bienfaisante des tilleuls, après avoir cherché leur plat dans la salle des pèlerins ou tiré leur casse-croûte du sac.

L’imposant bâtiment Sainte-Eugénie, qui longe la cour des Pèlerins (à gauche sur la photo) a été construit de 1904 à 1906.
Depuis les travaux de 2009/2010, il est relié au bâtiment Saint-Léon par une nouvelle construction servant de réception pour accueillir les pèlerins et les touristes qui résident sur place.
Les travaux devaient permettre de créer un véritable pôle hôtelier, en mettant les chambres des bâtiments Saint-Léon et Sainte-Eugénie aux normes de sécurité et de confort actuels

 

Mont Sainte-Odile - Salle des Pèlerins

La Salle des Pèlerins a été construite, en 1929-1930, sur un espace initialement dégagé, entre les bâtiments conventuels primitifs et le bâtiment Sainte-Eugénie.

Le premier étage est particulièrement lumineux, ce bâtiment étant surmonté d’une verrière.

Sur tout le pourtour de la salle, vous pouvez découvrir des blasons de villes et de villages alsaciens : ils évoquent les groupes d’adorateurs et de pèlerins venus de toute l’Alsace se recueillir au Mont.

Remarquez le mur de grès, du côté de la cour du cloître. Il s’agit du mur extérieur des anciens bâtiments conventuels : il date de l’époque des Prémontrés (17e siècle). Redécouvert au cours des travaux de 2006, il a été mis en valeur.Mont Sainte-Odile - Salle des Pèlerins

 

Cette salle, où se retrouvent plus de randonneurs que de pèlerins, reste encore un ilot de simplicité, très cher au coeur des visiteurs, comme l’a montré la fronde soulevée par les travaux de 2006, qui ont remplacé les longues tables par des alcôves de bois : « Il y a un attachement viscéral et affectif au lieu. Et les gens ne s’y retrouvaient plus », analysait le recteur du Mont Sainte-Odile l’abbé Koehler. « Les groupes de fidèles veulent être ensemble autour de grandes tables.  Il y avait trop de séparations. L’atmosphère de groupe manquait et les gens étaient frustrés ».

Au fond de la salle, une reproduction du Hortus Deliciarum,  réalisée par Robert Gall, représente le duc remettant à sa fille le titre de propriété de la Hohenbourg.

Mont Sainte-Odile - salle Herrade

 

Durant les travaux de réaménagement de la salle des Pèlerins en 2011/2012, l’espace restauration a été transféré dans la salle Herrade, achevée vers 1930, et située dans un bâtiment jouxtant la salle des pèlerins (voir le plan de situation).
Pour l’occasion, elle avait été équipée de grandes tables, pour le plus grand bonheur des habitués.

Ce fut pour nous l’occasion de découvrir cette superbe salle, ornée de plusieurs reproductions de l’Hortus Deliciarum

Mont Sainte-Odile - Armoiries de la salle Herrade

 

A l’entrée de la salle Herrade, les armoiries du couvent, en fer forgé cette fois, accueillent les visiteurs

Comprendre les reproductions de l'Hortus Deliciarum de la salle des pèlerins et de la salle Herrade

Crédit des textes : Jean-Claude Wey dans son ouvrage « Hortus Deliciarum » paru aux Editions « Les Petites Vagues ».

Hortus Deliciarum - le Pressoir Mythique

Le Pressoir Mythique est une miniature très riches en symboles : les fruits du travail de tous les hommes de tous les temps et de tous les lieux, la promesse de la vie éternelle donnée par le Christ à toute l’humanité, …

Un gros cep de vigne entoure l’image centrale du pressoir où le Christ, debout, tunique relevée, foule les grappes que déversent divers personnages.

Le groupe de droite figure le monde laïc qui amène des paniers remplis de raisins.

Le groupe de gauche représente les clercs : un pape en tête, coiffé d’une tiare conique et, plus loin, un évêque qui coupe une grappe avec une serpe. Parmi ces personnages, qui incarnent l’ensemble du monde religieux, figurent également un moine, un anachorète hirsute et deux moniales ; tous portent des paniers remplis de raisins.

Un élu, sauvé par les mérites du Christ, actionne la grande vis de ce pressoir dont certains éléments ressemblent à celui qui se dresse au clos Vougeot en Bourgogne et datant pratiquement de la même époque.

Le vin s’écoule dans un baquet ; Pierre et Paul, ainsi qu’Etienne, le premier martyr (derrière Paul), apportent encore des paniers de raisin.

Sur la gauche de la miniature, dans le deuxième cercle concentrique, le Christ (qui a quitté le centre) attire à Lui un lépreux, symbole des hérétiques et des rejetés que la grâce divine ramène dans l’Eglise.

A droite, deux envoyés, Enoch et Elie, prophètes de la fin des temps, s’adressent à une troupe où nous voyons les chapeaux de deux juifs. Ce thème représente la conversion des Gentils et les Juifs.

Huit Anges entourent cette scène : ils symbolisent les Béatitudes.

Horus Deliciarum - scène pastorale

 

Scènes pastorales : « Deux hommes seront aux champs : l’un est enlevé, l’autre est laissé »

Outre la morale de l’histoire (La venue du Maître est subite et imprévisible. Il faut donc veiller et être prêt pour la fin des temps), cette miniature nous apprend que des outils modernes étaient déjà utilisés.

Herrade a représenté un bel attelage de deux boeufs tirant une charrue au soc bien engagé, ce qui montre que ce système de labourage était déjà appliqué en son temps avec un outil ferré plus performant afin de retourner une terre lourde et humide.

 

Hortus Deliciarum - Parabole de l'ivraie

 

Parabole de l’ivraie : un homme a semé du bon grain dans son champ et durant son sommeil son ennemi a semé à son tour de l’ivraie. Alors que le blé est monté, l’ivraie est apparue également.

Aux serviteurs qui veulent l’arracher, le maître dit de ne rien faire, car en arachant l’ivraie, ils arracheraient en même temps le jeune blé. Mais une fois la moisson prête, ils arracheront et ramasseront d’abord l’ivraie qui sera brûlée puis ils moissonnerontle blé dans le grenier.

Il s’agit de l’explication symbolique du Royaume : Satan est l’ennemi, le champ est le vaste monde, le bon grain sont les sujets du Royaume, l’ivraie représente les sujets du Mauvais.

Hortus Deliciarum - fondation du monastère de Hohenbourg

 

Fondation du Monastère de Hohenburg, le Mont Sainte-Odile : A gauche, en haut, nous voyons le duc Etichon, le père de Sainte Odile, à genoux, son manteau enlevé pour marquer le respect à Jésus, tendre un bâton au Christ, debout devant ce qui fut l’église conventuelle au XIIe siècle . C’est le symbole du don d’un bien et le geste marque la solennité de ce transfert et sa destination.

Le texte de Herrade nous informe : « Le saint duc Etichon, appelé aussi Aldaric, offre en don au Seigneur Jésus-Christ, à sainte Marie et à saint Pierre, le monastère qu’il a fondé sur le Mont Hohenburg avec toutes ses dépendances ».

La banderole que tient le Christ remarque : « Oh vous qui sur cette triste terre êtes emprisonnés, rompus par la fatigue, affligés par l’exil, épuisés par la douleur, consumés par l’ardeur de la passion, cherchez-moi, espérez en moi, apprenez à me connaître, à m’aimer et à m’invoquer ; je serai dans le ciel votre bannière, votre repos, votre patrie, votre remède et votre rafraichissement ». A côté de la banderole se tiennent saints Jean-Baptiste et Odile, fondarice du couvent et patronne de l’Alsace.

A gauche toujours, mais en bas cette fois, nous voyons la scène laïque : le duc Etichon sur son trône, revêtu du manteau, donne une clé à sa fille Odile et lui confie ainsi le monastère. Derrière Odile, se presse une suite de moniales et de postulantes.

A droite, Herrade nous montre Relinde, son Maître et professeur : « Relinde, abbesse vénérable du monastère de Hohenburg, a su bien réparer en son temps les dommages que le monastère avait subis ; elle a restauré avec une grande sagesse l’esprit religieux alors presque perdu ».

Dans la grande croix que Relinde semble désigner de sa main, Herrade nous fait connaître un texte de la main de son Maître: « Relinde à la congrégation de Hohenburg : Oh cher troupeau, uni sous une loi céleste à l’abri de toute erreur, que Celui que l’on appelle la montagne de Sion, qui sert de pont pour arriver à la patrie, qui est la source de tout bien, la voie et la lumière, te serve de guide, que sa croix protège. Le Christ procure la douce rosée de la vertu, le bonheur immuable du ciel, la fleur de la virginité ; qu’il gouverne, cher troupeau, et qu’il ait pitié de moi, maintenant et toujours. Amen »

Mont Sainte-Odile - entrée du couvent primitif

 

La photo montre le bâtiment situé entre la salle des pèlerins et l’Eglise.
Si vous regardez le plan de situation, ce n’est pas une porte cochère et une petite porte piétonne que vous voyez mais une fenêtre et une petite porte : c’est que la porte cochère avait été murée à sa base et transformée en fenêtre.
Le batiment était surmonté d’un campanile construit en 1928-1929 et démoli au cours des remaniements de 1961-1963.

Les travaux de 2006 ont redonné son aspect primitif à l’entrée du couvent, telle que les Prémontrés l’avaient conçue : la porte cochère conduit à La Porterie (l’aire d’accueil vers le couvent proprement dit), tandis que la petite porte permet d’accéder directement à la cour du Cloître.

Mont Sainte-Odile - Porterie

 

 

La Porterie est située dans une aile du couvent construite en 1950 seulement. Le visiteur non averti ne s’en rend pas compte, tant le style des autres ailes (datant, elles, du temps des Prémontrés, fin XVIIe) a été respecté ici.

Ce long couloir permet d’accéder à la salle à manger Saint-Léon et bien des visiteurs oublient que le lieu est censé être un espace de silence, de recueillement et de prière, destiné à préparer les pèlerins à entrer dans le couvent proprement dit.

 

Mont Sainte Odile : Porterie en 2013

 

 

Le mur de gauche était décoré, jusqu’au 18 avril 2013, d’une reproduction agrandie d’une tapisserie réalisée vers 1470-1480 qui retrace la vie de Sainte Odile.
Maintenant, seule une miniature reprend les différents tableaux tandis que le reste du mur est tapissé de photos du pape Jean-Paul II au Mont Sainte-Odile, 25 ans plutôt (11 octobre 1988).

Le mur de droite retrace l’histoire du couvent

La vie légendaire de Sainte Odile racontée au travers d'une tapisserie

« Vers le milieu du VIIème siècle, Aldaric, farouche duc d’Alsace apprend que son épouse, Bereswinde, vient de mettre au monde une fille, qui n’est donc pas l’héritier attendu, et s’avère aveugle de surcroît. L’impétueux Duc, fou de rage, déclare vouloir tuer le nouveau né. Bereswinde confie alors le bébé à une nourrice, une habitant de Scherwiller, qui place rapidement pour plus de sûreté la fillette au monastère de Palma.

A l’âge de 12 ans, celle-ci est baptisée par l’évêque de Ratisbonne qu’un songe a mis en route vers le monastère. Au contact de l’eau baptismale, la petite fille recouvre la vue et reçoit le prénom d’Odile, fille de lumière. Malgré ce miracle et les garçons qu’a enfanté sa femme depuis, l’orgueilleux Duc refuse de revoir sa fille. L’un de ses fils Hugues, décide alors d’enfreindre la volonté paternelle en ramenant sa soeur au château, mais le Duc frappe mortellement le garçon.

Pris de remords, le père finit par accueillir sa fille, qu’il décide de marier à l’un des nombreux prétendants éblouis par sa beauté. Mais Odile a déjà choisi de consacrer sa vie à Dieu; elle s’enfuit du château et, poursuivie par les hommes du Duc, doit son salut à un rocher qui s’ouvre devant elle. Face à ce signe de Dieu, le Duc reconnait ses erreurs et fait don à sa fille du domaine de Hohenbourg qui y fonda un monastère de femmes.

Bientôt suivie par une centaine de moniales, la sainte marqua le site d’une vue conventuelle inspirée des règles de Saint Benoit : la prière, le traval et le soin aux pauvres et aux malades.

La fête de sainte Odile, patronne de l’Alsace, est célébrée le 13 décembre. Cette dernière est invoquée contre la cécité et les maladies oculaires. » ©Lieux mystérieux et insolites en Alsace, M.P. Rauzier

 

La tapisserie originale  provient de l’abbaye St-Etienne de Strasbourg. Elle est désormais visible au Musée de l’Oeuvre Notre-Dame de Strasbourg. Elle représente la légende de Ste-Odile de sa naissance à sa mort en 12 tableaux

Mont Sainte-Odile : la tapisserie du XVe siècle

 

Tableau 1 : La naissance. Double déception pour son père le duc d’Alsace Adalric : c’est une fille et elle est aveugle !

Tableau 2 :  Le baptème. Ses yeux s’ouvrent, elle voit, Odile nait à la vie et à la lumière de Dieu.

Tableau 3 : Le retour à Hohenbourg. Odile retourne vivre dans sa famille à l’initiative de son frère.

Mont Sainte-Odile : la tapisserie du XVe siècle

 

 

Tableau 4 : La conversion du duc Aldaric. Au chevet de son fils qu’il a battu à mort pour avoir ramené Odile, le duc Adalric se repent.

Tableau 5 :  Odile au secours des pauvres. Odile nourrit les pauvre en cachette de son père.

Tableau 6 :  La donation de Hohenbourg. Le duc d’Alsace Adalric fait donation de son château de Hohenbourg à sa fille Odile. A l’arrière plan, on voit un château important, avec un donjon carré. Les murs sont crénelés, la porte est garnie d’une herse. Au fond, on voit la chapelle du burg. Hohenburg ressemble à une ville cernée de remparts.

 

Mont Sainte-Odile : la tapisserie du XVe siècle

 

Tableau 7 :  La mort d’Adalric. Odile prie de tout son coeur pour le salut de son père défunt.

Tableau 8 :  Jean-Baptiste. Il inspire Odile pour suivre étroitement le chemin de l’évangile.

Tableau 9 : Le couvent de Hohenburg, de Niedermunster et les trois tilleuls. Ce tableau représente la fondation des couvents de la Hohenburg et de Niedermunster. Le château paternel est en plein travaux pour devenir un couvent : les fiers créneaux ont été arasés, la herse a disparu. Le côté forteresse a été atténué, mais les hauts murs sont encore bien présents. Odile plante trois tilleuls à Niedermunster, en l’honneur de la Sainte-Trinité.

Mont Sainte-Odile : tapisserie du XVe siècle

 

 

Tableau 10 :  La préparation à la mort. Odile, à la nouvelle de sa mort imminente, est en prière dans la chapelle St-Jean-Baptiste.

Tableau 11 : Le viatique d’Odile. Odile est réanimée le temps de recevoir la communion eucharistique.

Tableau 12 : La mise au tombeau. Odile est mise au tombeau par ses soeurs.

Une remarquable stèle du XIIe siècle est placée au niveau de la porte qui permet d’accéder à la Salle des Pèlerins, et ce depuis les travaux d’aménagement de la Porterie, en 2006.

Cette stèle résume la fondation du monastère sur ses trois faces sculptées:

– la première représente le duc Aldaric (ici dénommé « ETICHO DUX ») remettant la charte de donation de l’abbaye à sa fille Odile

– la deuxième face (la tranche) figure l’évêque Saint Léger (S. LEVDGA) qui soutint la construction des batiments.

– la troisième face montre les abbesses Relinde et Herrade, tenant la charte de propriété du couvent, se plaçant sous la protection de la Vierge et de l’Enfant.

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Lors de la Révolution, en 1793, la stèle fut martelée, et plus particulièrement les têtes couronnées. Plusieurs illustrations anciennes permettent cependant de connaitre son état originel.
 Mont Sainte-Odile : Porterie

 

A gauche de la même porte, vous pouvez admirer une miniature inspirée du Hortus Deliciarum, exécutée par Robert Gall : sa signature, en bas à gauche, est bien visible, tout comme la date d’exécution.

Le visiteur attentif aura pu se rendre compte que l’artiste a pris des libertés, notamment avec le texte, écrit à la fois en français et en allemand contemporains, afin que le plus grand nombre puisse comprendre la signification du tableau.

Mont Sainte-Odile : Porterie

 

 

 

Une seconde galerie court parallèlement à la première. et permet de sortir au fond, par le bâtiment saint-Léger.

Il est aussi possible de tourner à angle droit pour visiter le reste du cloître, et c’est ce que nous allons faire.

Mais auparavant, dirigeons-nous vers le fond, vers lequel deux statues nous attirent

Mont Sainte-Odile : Porterie

 

 

 

Cette statue, qui représente Sainte-Odile n’a été placée à cet endroit qu’en 2013.

Elle  a orné le dessus du tombeau de Sainte-Odile jusqu’en 1937 : Robert Danis l’a enlevée au cours des travaux de transformation qu’il avait entrepris.

Elle a été réalisée en 1696, par François Alexis Fransin, en grès doré, argenté et peint.

 

Mont Sainte-Odile : Porterie

Le sculpteur avait également réalisé la statue d’un ange, qui faisait face à la statue d’Odile sur son tombeau : celle-ci avait été longtemps conservée dans la salle du Calvaire (inaccessible au public).

Voilà donc les deux statues à nouveau réunies.

Elles encadrent une peinture murale, exécutée à partir d’une miniature du Hortus Deliciarum, qui représente le congrégation religieuse du Hohenbourg du temps de Herrade.

La congrégation religieuse du Hohenbourg du temps de Herrade

Crédit des textes : Jean-Claude Wey dans son ouvrage « Hortus Deliciarum » paru aux Editions « Les Petites Vagues ».

Mont Sainte-Odile : Hortus Deliciarum congrégation religieuse du Hohenbourg

Cette miniature, tout comme celle qui est représentée dans la salle des pèlerins, se trouvaient à la fin du codex et représentent en quelque sorte la signature d’authenticité de cet ouvrage que Herrade a commencé sous la direction de l’abbesse Relinde. On estime en général qu’il fut terminé avant la mort de Herrade en 1196.

Herrade présente la congrégation religieuse du Hohenburg, dont elle assure la destinée spirituelle en ce siècle. Nous décomptons 47 moniales auxquelles s’ajoutent treize converses, qui sont, en l’absence d’autres éléments, soit des filles qui n’avaient pas encore professé leur engagement total ou à qui la règle s’appliquait d’une manière différente. On peut penser que les élèves, jeunes filles de grandes familles, ne figurent pas dans ce tableau car elles avaient un statut encore différent et ne passaient qu’un temps déterminé au monastère.

On peut lire le prénom des moniales et certains patronymes peuvent faire penser à des noms de familles nobiliaures ou à l’origine géographique de la personne.

Herrade se présente sous le patronyme de Hohenburgensis, Herrade de Hohenbourg, »instituée abbesse après Relinde, qui l’avait bien formée par ses leçons et ses exemples ». Le texte dit à côté de son image « Sois, oh Christ, la douce récompense de nos épreuves, associe-nous au nombre de tes élus ».

Et le texte qu’elle tient dans sa main dit : « Oh vous fleurs blanches comme la neige, qui répandez le parfum de vos vertus, en désignant la poussière terrestre, persistez dans la contemplation des choses célestes, ne cessez pas de vous hâter vers le ciel, où vous verrez, face à face, l’Epoux caché à vos regards »

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En vous retournant, vous pouvez vous rendre compte de la taille de cette aile.

La porte que vous apercevez tout au fond donne directement sur la cour du cloître mais elle est fermée pour les visiteurs.

Nous n’allons pas sortir sur la terrasse pour l’instant : revenons sur nos pas, et tournons à gauche pour visiter le reste du cloître.

Mont Sainte-Odile : cloître

 

 

Cette aile est utilisée pour les diverses expositions temporaires qui se succèdent ici tout au long de l’année.

Y sont également exposées les bannières des groupes d’adorateurs perpétuels : en effet, dans le cadre de l’Adoration Perpétuelle assurée au Mont Sainte-Odile depuis 1931, chacun des groupes d’adorateurs, venus des différents cantons d’Alsace et se relayant chaque semaine pour prier sans interruption jour et nuit, possède une bannière brodée spécifique. Elles sont entreposées dans une réserve et exposées ici à tour de rôle.

Mont Sainte-Odile : chapelle Sainte-Attale et Sainte-Eugénie

 

Nous voilà maintenant dans le couloir qui donne accès à diverses salles à manger ou de réunion avant d’arriver aux sanctuaires.

L’ancien réfectoire voûté du couvent des Prémontrés est devenu en 2006 la chapelle Sainte-Attale et Sainte-Eugénie, lieu  réservé au recueillement et à la méditation.
Observez bien la barre transversale en fer qui semble séparer la pièce en deux parties : elle porte sur chaque face une inscription en forme de chronogramme :
EXVRGENS SYLVIS IGNIS COMBVSSIT ET AEDES (« Emergeant des forêts, le feu brûla aussi entièrement la maison ») rappelle l’incendie de 1681 (MDCLXVVVIIIIII = MDCLXXXI = 1681)
AST ALIA EXTRVITVR COMBVSTA TVTIOR AEDES (« Mais une autre maison fut construite, plus sûre que celle qui a brûlé »), l’année (MDCLXVVVVIII = MDCLXXXIII = 1683) désignant l’année du début de la reconstruction.

A la naissance des quatre corbeaux des arcs doubleaux de la voûte, vous pourrez déchiffrer les chiffres 1, 6, 8, 5 soit 1685, l’année de fin de reconstruction de cette partie du couvent.

Mont Sainte-Odile - le cloître

 

 

Dans ce lieu si dépouillé, une lourde porte de métal et de verre intrigue : elle donne accès à l’escalier d’honneur du couvent, dont l’accès est bien évidemment interdit au public.

Contrairement à ce que son style pourrait laisser croire, l’escalier ne date pas de l’époque des Prémontrés (XVIIe ou XVIIIe siècle) : il a été totalement remanié par l’architecte Robert Danis au cours des travaux de rénovation qui ont été entrepris de 1930 à 1937.

Mont Sainte-Odile : le cloître

 

 

 

 

Vous avez ici un des rares exemples de cloître fermé : la rudesse de l’hiver n’est pas propice à la déambulation,  aussi les couloirs ont-ils été conçus couverts et fermés.

 

Nous  allons maintenant accéder à la partie romane, principalement occupée par des lieux de culte.
Depuis les travaux de Robert Danis, il faut franchir une lourde porte en métal forgé pour accéder aux sanctuaires.

Cliquez sur Le Couvent du Mont Sainte Odile : la partie romane et l’église pour la suite de la visite

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11 Commentaires

  1. Marie-Paule

    Bonjour Marie Anyse

    La boutique n’effectue aucune vente à distance de cette eau qui n’a que les vertus que les croyants veulent bien trouver en elle. Elle est vendue sur place pour une somme symbolique (le prix du flacon en fait), juste pour satisfaire la demande de nombreux pèlerins.
    Le Mont Sainte Odile dégage des vibrations très particulières, on s’y sent indéniablement bien et je m’y rends très souvent, pour profiter de la sérénité des lieux, quelquefois pour voir plus clair en moi (on peut être aveugle de bien des manières !). Mais je ne crois guère à la seule vertu de cette eau : sans foi, pas de miracle possible.
    Je comprends votre désir de venir en aide à votre amie mais je crois sincèrement que la médecine moderne pourra faire beaucoup plus pour ses yeux que l’eau de Sainte Odile.

    Cordialement,

    Marie-Paule

    Réponse
  2. DIJOUX MARIE ANYSE

    Bonjour,

    Je suis agréablement surprise d’apprendre votre existence… Je suis remplie de joie car j’aimerais aider une amie qui petit à petit est en train de perdre sa vue… Je résidence à l’ILE DE LA REUNION… J’aimerais tellement visiter; un jour peut être… apparemment il est impossible de commander à distance le flacon d’eau de source… Mais j’ai lu qu’une gentille Marie Paule a fait une demande dans ce sens… Alors je l’a remercie de me tenir au courant…
    cordialement.

    Marie-Anyse

    Réponse
  3. bernadette

    Bonjour

    Etes vous en mesure de vendre des flacons d eau de la source
    ma maman a la DMLA
    Quel est sont prix

    Réponse
    • Marie-Paule

      Malheureusement non ! Essayez de vous adresser directement au Mont : info@mont-sainte-odile.com. Peut-être pourront-ils faire quelque chose pour vous via leur boutique ?
      Cordiales salutations,
      Marie-Paule

      Réponse
  4. gérard seel

    au mont ste odile on continue de feter la ste odile le 13-12 et non le 14!!!

    Réponse
  5. Sylvie

    Bonjour, j’aimerai savoir qui est l’auteur de cette belle photo aérienne du mont sainte Odile.
    Merci d’avance.

    Réponse
    • Marie-Paule

      Bonjour Sylvie,
      Je suis bien en peine de vous répondre. J’ai fait des recherches mais cette photo a été tirée de nos archives, contrairement aux autres que nous avons prises spécifiquement pour les divers articles. Elle date d’il y a de nombreuses années et je ne sais plus qui l’a prise.

      Réponse
      • Sylvie

        Bonjour,

        Est-il possible d’utiliser cette photo dans le magazine Passion Vosges que je pilote (édité par les DNA) en mettant le crédit Horizon Nomade puisque cette photo vient de vos archives. C’est un numéro qui sera consacré aux balades autour du Mont Saint-Odile à paraitre fin mai. Je pourrai vous en envoyer un exemplaire.
        Bien cordialement,
        Sylvie

        Réponse
  6. Christine Anderson

    Bonjour,

    Pourriez vous me dire s il y a un site particulier pour commander une petite bouteille d eau provenant de la source ste odile car un de mes chats a de gros problemes oculaires.

    Merci d avance.

    Cordialement

    Christine

    Réponse
    • Marie-Paule

      Bonjour Christine,

      La boutique du Mont Sainte Odile vend des petits flacons d’eau de la source, mais sur place uniquement. Je viens de leur adresser une demande pour savoir s’ils acceptent des commandes à distance : je vous tiendrai au courant de leur réponse.

      Cordialement,

      Marie-Paule

      Réponse

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