Le Chemin de Fer de la Baie de Somme

Le Chemin de Fer de la Baie de Somme

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L’exploitation ferroviaire démarre en 1858 en Baie de Somme. A cette époque, le chemin de fer révolutionne les transports et chaque ville, chaque village rivalise d’arguments pour pouvoir être desservi par le chemin de fer.
Avec un fort trafic voyageurs lors des saisons balnéaires, les deux lignes de Cayeux et du Crotoy resteront bénéficiaires jusqu’après la deuxième guerre mondiale. Seule la ligne d’Abbeville à Dompierre, qui ne fut jamais prolongée et qui ne desservait que des villages de faible importance, avec son embranchement sur Noyelles, posa rapidement des problèmes de déficit et fut partiellement fermée au trafic voyageurs dès 1947.
Le réseau bénéficiera aussi de l’effort de reconstruction de l’après guerre mais, en dépit des efforts consentis, la concurrence de la route se fait de plus en plus forte et la SE (Société Générale de Chemins de Fer Économiques) devenue CFTA (Chemins de Fer et Transports Automobiles) cesse l’exploitation de la ligne Noyelles – Le Crotoy le 31 décembre 1969 et celle de Noyelles – Cayeux le 31 décembre 1972.
C’est vers la fin de l’année 1969 que quelques amateurs et amoureux de chemins de fer commencèrent à se concerter pour essayer de sauvegarder la ligne du Crotoy dont la fermeture était annoncée. Ils créent l’association du « Chemin de Fer de la Baie de Somme », le CFBS, et se mettent au travail.
Ce sera long et difficile, comme vous pourrez vous en rendre compte en lisant ce pan de l’histoire du réseau sur le site de la CFBS

C’est grâce à tous ces bénévoles que vous pouvez aujourd’hui monter à bord de véritables pièces de musée, pour la plupart centenaires ou presque, et dont certaines sont déclarées « Monument Historique ».

Baie de Somme, train : départ du CrotoyDépart du Crotoy

La gare est située juste à côté du château d’eau qui, lui, est visible de loin. Elle dispose d’un bâtiment voyageurs, ouvert les jours de circulation des trains. Un guichet permet d’acheter des titres de transports directement sur place.
Elle est équipée de toilettes accessibles aux personnes à la mobilité réduite, signalées par un panneau qui fleure bon la « Belle Epoque ».
Une petite boutique de l’association propose des souvenirs, cartes postales, livres, DVD, et même du café en attendant le départ du train.

 

Baie de Somme, train : la locomotive attend sous pressionLe CFBS dispose d’une collection tout à fait unique de locomotives à vapeur à voie métrique, qui en fait l’une des plus vastes et des plus représentatives en France.
Six sont actuellement en état de marche, ainsi que le montre le superbe tableau récapitulatif de Wikipédia.
De plus, toutes ces machines sont de types différents, de la locomotive de chantier à 2 essieux, d’un poids de 15 tonnes, à la locomotive de réseau d’intérêt général à 5 essieux, de 34 tonnes.
La plupart sont cependant du type le plus fréquemment rencontré jadis sur les chemins de fer secondaires français, c’est-à-dire à 3 essieux moteurs. Leur poids s’échelonne de 18 à 25 tonnes selon les locomotives.
Elles proviennent d’une large variété de réseaux secondaires, qui tous ont fermé entre 1945 et 1967, victimes de l’essor du transport routier : Réseau Breton (intérêt général), réseaux départementaux d’intérêt local de l’Aisne, de la Corrèze, de l’Oise, du Morbihan et de Seine & Marne. S’y ajoutent trois locomotives construites pour des chantiers ou pour l’industrie, dont l’une présente la particularité rare d’avoir traversé deux fois l’Atlantique !

 

Baie de Somme, train : la locomotive est arrimée au trainCette variété s’étend aux constructeurs des machines. La plupart des grands fabricants français de la période 1885-1930 sont représentés dans le parc du CFBS : Buffaud-Robatel, Cail, Corpet-Louvet, Fives-Lille, Pinguely, Piguet, auxquels s’ajoute un constructeur belge, Haine-St Pierre.
Aucun autre chemin de fer touristique en France n’aligne une aussi grande variété de locomotives à vapeur en état de marche et en service régulier.

Nous aurons droit à la N°1, une Corpet-Louvet de 1906 qui appartenait à la Compagnie des chemins de fer départementaux de l’Aisne : elle a été classée Monument Historique en 1987. Elle attendait, ayant été mise sous pression devant son hangar depuis un bon bout de temps, et ne sera amarrée aux wagons que quelques minutes avant le départ.

Nous nous sommes installés dans le wagon de tête pour pouvoir l’admirer tout à loisir.

 

Baie de Somme, train : nourrir la chaudièreA 14h30 précises, le coup de sifflet l’annonce : conducteur, chauffeur et mécanicien sont prêts.
Nous voici propulsé 80 ans en arrière pour un voyage à travers le temps !
Le tortillard s’ébranle doucement, dans un panache de fumée ; les photographes sont massés de part et d’autre de la voie pour immortaliser le moment.
C’est là qu’un touriste incrédule demande si c’est une « vraie » ou s’ils ont caché un moteur diesel et « font semblant ».
Le chauffeur ne répond pas, il ouvre le foyer pour y déverser quelques pelles de charbon puis se retourne et demande « à votre avis ? »
Pas besoin de passage à niveau pour prévenir les automobilistes: le «tchou tchou» et l’avertisseur sonore que le mécanicien ne cesse d’actionner suffisent. «En général, ça se passe bien, mais c’est dans un train qu’on touche du doigt la connerie des automobilistes. Il y a toujours ceux qui se croient plus forts et espèrent pouvoir passer devant la loco», s’énerve-t-il. Il y a eu des accidents, bien sûr !

 

Baie de Somme, train : arrêt à Noyelles-sur-merLes cheminots de ce petit train de plaisir à voie étroite (1 mètre) sont fiers de leur train, un vrai celui-là, « pas de ces trains touristiques que l’on crée pour faire plaisir aux visiteurs paresseux ».
Les 42 km du réseau qui entoure la baie de Somme ont une histoire prestigieuse et cocasse. Officiellement nommé «Train des bains de mer» pour les grandes dames parisiennes, il fut rapidement baptisé «train des cocus», allusion aux maris qui venaient retrouver, le week-end, leur chères épouses venues se refaire une santé dans les stations balnéaires de la Somme.
Saviez-vous que jadis, le train transportait les voyageurs vers les plages, mais servait aussi à acheminer des marchandises produites sur la côte : coquillages, galets, betteraves, etc ?

Cet arrêt à Noyelles nous permet d’admirer une autre vieille dame classée Monument Historique en 1994 : la loco N°101, une Pinguely de 1905 des Chemins de Fer du Morbihan.

 

Baie de Somme, train : retournement manuel de la locomotiveNous venons de parcourir 7 469 m entre Le Crotoy et Noyelles-sur-mer, sur une ligne à voie métrique. La gare de Noyelles-sur-mer est un cul de sac pour le chemin de fer de la baie de Somme : nous allons assister au spectaculaire retournement manuel de la locomotive qui va changer de côté du train. Nous nous retrouverons de fait dans le dernier wagon, ce qui est une très bonne chose car la portion comprise entre Noyelles et Saint-Valery est la plus intéressante.

Bon à savoir : Noyelles-sur-mer est desservie par le TER Picardie sur la ligne Paris Calais.

La ligne qui relie Noyelles-sur-mer à Saint-Valery-sur-Somme a été mise à double écartement (voie normale et voie métrique imbriquée) en 1887. Elle comprend sur toute sa longueur quatre files de rail : au centre la voie métrique, à l’extérieur la voie normale. Elle est implantée sur une digue qui a remplacé en 1912 l’estacade en bois d’origine, qui avait 1 367 m de longueur.

 

Baie de Somme, train : hutte de chasseBaie de Somme, train : oiseaux et chevauxBaie de Somme, train : agneaux de prés salés
Entre mollières et marais, vous pourrez apercevoir la faune de la Baie de Somme (oiseaux de mer et des marais, moutons de pré-salés, chevaux de race Henson), ainsi que les huttes de chasse.

 

Baie de Somme, train : arrivée à Saint-ValeryArrivée à Saint-Valery-sur-Somme

Au terme du long bief formé par le canal maritime qui ouvre la plaine côtière en amont d’Abbeville, le canal de la Somme s’achève là avec l’écluse de Saint-Valéry, qu’enjambe la voie ferrée depuis 1858.
Cette écluse, la vingt-cinquième placée sur le cours de la voie d’eau, peut également être considéré comme son ouvrage d’art le plus imposant. Alors que ses fondations sont coulées dès 1813, l’ensemble n’est achevé qu’en 1827 et comprend un double barrage qui encadre un sas d’une longueur imposante. Celui-ci est conçu au commencement du XIXème siècle comme une anse d’attente destinée à accueillir plusieurs navires marchands remontant ou descendant le fleuve canalisé.

Jusqu’aux années 1950, il s’agissait du seul point de passage du canal pour les automobilistes en provenance des communes de Noyelles-sur-Mer, Le Crotoy ou Nouvion-en-Ponthieu !

 

Nous allons maintenant mieux découvrir Saint-Valery, et notamment la partie médiévale.

Mais peut-être aurez-vous d’abord envie de visualiser ce petit film, qui vous montrera aussi des personnes passionnées qui bichonnent leurs locomotives centenaires, nous permettant ainsi de découvrir de manière insolite cet environnement d’exception.