Le cañon du Sumidero

Le cañon du Sumidero

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Le cañon du Sumidero se trouve sur la route qui nous mène de Tuxtla à San Cristóbal, à une vingtaine de km de Tuxtla ; c’est l’une des merveilles naturelles du Chiapas. Il s’agit d’une  impressionnante faille géologique, formée il y a près de 40 millions d’années, dans laquelle s’est engouffré le fleuve Grijalva qui coule du Guatemala au Golfe du Mexique.

C’est bien entendu en « lancha » (bateau à moteur) qu’on profite le mieux du spectacle offert par le site. Mais il est possible de voir le canyon du haut d’un des miradors (dont « La Atalaya » mentionné sur le plan, ou El Tepehuaje) en prenant la route.

canon sumidero : embarcadère à Cahuaré

 

Nous embarquerons à Cahuaré (il y a un autre embarcadère à Chiapa de Corzo). C’est la foule des grands jours, « semaine sainte » oblige : aujourd’hui, ce ne sont pas les lanchas qui attendent les touristes mais bien l’inverse !

Il faut savoir en effet que les bateaux ne partent que s’ils ont fait le plein de passagers, soit 10 à 15 personnes selon la taille du bateau.

Grâce à la richesse de la faune et de la flore qui occupent les lieux, le cañon du Sumidero a été déclaré Parc National en 1980.
canon du sumideo : falaises impressionnantes
Il est considéré comme l’un des trésors naturels du Chiapas mais les guides locaux ont tendance à jouer sur les mots : ils vous parleront de parois qui atteignent par endroit 1000m d’altitude mais ils oublient de préciser que c’est par rapport au niveau de la mer ; bien entendu, ils « oublieront » aussi de dire que le cours de la rivière est situé aux alentours de 500m au-dessus du niveau de la mer…
Mais avouez que c’est malgré tout impressionnant, surtout quand on voit un bateau devant une de ces falaises !

canon sumidero - plan du site 

 

La balade va nous mener, en deux heures, jusqu’au barrage de Chicoasén et retour. C’est grâce à ce barrage qu’il est possible aujourd’hui de remonter les gorges sur 35km. Auparavant, les eaux de la rivière n’étaient pas navigables, même pour les plus expérimentés ! En ces temps-là, les falaises étaient encore plus impressionnantes car le barrage a provoqué une très forte montée des eaux : un village entier a été englouti et les habitants ont été relogés plus haut sur les berges.
Le bateau s’attardera non seulement à chaque point d’arrêt mentionné sur la carte mais fera de nombreuses incursions vers le rivage pour nous faire voir des animaux souvent spécialistes dans l’art du camouflage !
cliquez ICI si vous voulez voir tout de suite la faune rencontrée au cañon

Un bon conseil : quand le guide pointe son doigt vers quelque chose, ne cherchez pas à voir, et prenez des photos ! Les animaux, en effet, ne « posent » pas et c’est ainsi que j’ai raté la plupart des occasions : je voulais voir d’abord, et photographier ensuite… Heureusement, Olivier était là pour palier à ma « défaillance »
canon sumidero : pont Belisario Dominguez Le premier point d’arrêt se fera tout près de l’embarcadère, au pont Belisario Dominguez.
Longtemps, le cañon du Sumidero a été un obstacle franchissable uniquement par pirogue lorsque les indigènes voulaient se rendre de Chiapa de Corzo à San Cristobal : il n’existait nul gué, nul pont jusqu’au jour où Porfirio Díaz décida la construction d’un audacieux pont suspendu au-dessus du puissant Grijalva (aussi connu sous le nom de rio Grande de Chiapa). C’était une véritable prouesse pour l’époque de concevoir un pont de près de 100m sans appuis intermédiaires ! Baptisé, évidemment « Puente Porfirio Díaz », il a servi durant 47 ans, d’abord aux piétons, puis aux véhicules, avant de sombrer le 26 décembre 1955.
Le pont actuel a été baptisé en l’honneur du Dr Belisario Dominguez, un illustre politicien qui a combattu en faveur de la libre expression, ce qui lui a valu d’être assassiné par le dictateur Victoriano Huerta en 1913.

canon sumidero : caballito de mar
Le prochain arrêt se fera devant la grotte du « caballito de mar » : je n’avais absolument pas compris ce qu’il fallait regarder mais comme le guide n’arrêtait pas d’insister, j’ai pris plusieurs photos pour me rendre compte, en regardant celles d’Olivier, que j’avais loupé l’essentiel.
canon sumidero : caballito de mar détail
Il fallait voir la magnifique concrétion en forme d’hyppocampe !

cañon del Sumidero : el escudo (l'emblème)
Nous voilà devant la vue emblématique du cañon du Sumidero, celle que l’on retrouve sur les brochures touristiques, celle, surtout qui se trouve sur le drapeau du Chiapas. Nous verrons au prochain arrêt pourquoi ce canyon a tant d’importance aux yeux des chiapanèques.
Voilà pourquoi l’endroit s’appelle « el escudo » (l’emblème)
Ici, on se rend vraiment compte que les roches ne sont pas érodées et en pentes plus ou moins douces : les parois sont coupées au couteau, droites, vertigineuses, à la verticale du bas jusqu’en haut. Petit rappel : ce canyon n’est pas le résultat d’une érosion par l’eau, mais de fissures dans la croute terrestre, vieilles de 35 millions d’années.

sumidero : penon del Tepechia
Le bateau s’arrête devant la plus haute falaise du canyon et le guide nous raconte la légende rattachée à ce rocher, appelé « Peñón de Tepetchía » .  Les Espagnols venus pour conquérir la région – sous les ordres du capitaine Diego de Mazariegos, envoyé en 1528 par Hernán Cortés – bien conscients qu’il leur serait difficile de soumettre les indigènes, étaient bien préparés : artillerie, chevaux, indigènes Mexicas et Tlaxcaltecas amenés depuis Tenochtitlán, auxquels se sont ajoutés des peuples indigènes locaux ennemis des Chiapanèques. Les Chiapanèques armés de leur bravoure, leur ont fait front, avec la seule aide de leurs lances, leurs pierres et leurs flèches. On dit ques les pertes au sein des troupes espagnoles auraient été conséquentes. Mais leur supériorité en armes et en nombre a obligé les Chiapanèques à se réfugier dans leur principale cité. Celle-ci était proche du Peñón de Tepetchía. C’est là que s’est livrée l’ultime bataille.
Vaincues et cernées par l’ennemi, des familles entières de Chiapanèques se sont alors jetées depuis la plus haute falaise dans le fleuve devenu rouge. Les Chiapanèques ont préféré la mort à la domination. Devant la scène, le capitaine espagnol, ému et atterré, a ordonné le cessez-le-feu et fait sauver les derniers survivants.

cañon del Sumidero : la capilla de colores (chapelle des couleurs)
la Cueva de Colores (grotte de couleurs) ou Capilla de colores (chapelle de couleurs) doit son nom à la filtration de magnésium, de potassium et autres minéraux qui forment les couleurs sur les murs, particulièrement des tons de rose. Une image de la Vierge de Guadalupe a été placée à l’intérieur ; elle est généralement entourée de fleurs fraîches et de bougies allumées laissées par les visiteurs.
Bien des gens se contentent de photographier la Vierge en gros plan, alors que ce n’est absolument pas elle qui fait l’attraction. Prenez vos clichés de façon à bien faire ressortir les couleurs des parois : c’est ça qui est important !

sumidero : "cristo"
Faites aussi un gros plan de l’échelle qui mène à la Vierge, en vous déplaçant légèrement vers la droite : cela ne vous sautera probablement pas aux yeux sur place, si vous n’y êtes pas préparé, mais on distingue nettement une silhouette du Christ. Je n’avais pas compris, sur le moment, pourquoi le guide insistait en parlant de « Cristo » alors que, sur mon plan, la « Cueva de Cristo » devait venir plus loin sur le trajet et … j’ai raté la photo ! Heureusement, Olivier était de nouveau là pour pallier à ma défaillance.

Sumidero : el arbol de navidad
El arbol de Navided est, avec « el escudo » (voir plus haut) l’attraction la plus prisée du canyon. Il s’agit en fait d’une cascade, au débit très variable, dont les dépôts sur la paroi rocheuse ont été recouverts par la mousse et la végétation, faisant ressembler le tout à un sapin. Ces concrétions ont la particularité de favoriser la projection de fines goutelettes d’eau : si le soleil s’y met aussi, le « sapin » semble « illuminé » et il n’en fallait pas plus pour lui trouver son petit nom !
La barque s’approchera de très près pour vous montrer que « l’arbre » descend sous l’eau ! Cela permet au guide de commencer à vous parler du barrage que vous allez voir et qui a provoqué une montée significative des eaux : le Grijalva coulait une centaine de mètres plus bas avant que les humains ne s’en mêlent !

Sumidero : el arbol de navidad - détail du haut
Regardez bien la paroi de la falaise, et arrêtez-vous au haut de « l’arbre » : on distingue clairement les contours d’un visage (un peu dans le style des statues de l’île de Pâques). Impressionnant, non ?

sumidero : : presa de chicoasen 

Le barrage Chicoasén s’appelle officiellement barrage Manuel M. Torres, du nom d’un ingénieur , ancien directeur de la C.F.E. (Comisión Federal de Electricidad).
C’est un barrage de type remblai en enrochement, d’une hauteur de 261m pour une longueur de 485m. Il peut retenir jusqu’à 1,613 milliards de m 3 d’eau. Equipé de 5 turbines de 300 MW à sa construction (1974-1980), il s’est vu adjoindre trois nouvelles turbines de 310 MW en 2000, ce qui porte sa capacité à 2430 MW. Ce barrage est l’un des six plus grands barrages du monde et la plus importante source d’énergie électrique du Mexique.
Avant la construction du barrage, le Grijalva n’était pas navigable, même pour les plus expérimentés. Le barrage a provoqué un montée significative des eaux (une centaine de mètres), engloutissant tout un village dont les habitants ont été relogés un peu plus haut.

 

Pour voir maintenant quelques spécimens de la faune que vous pourrez rencontrer au cours de votre petite excursion., cliquez ICI

Si l‘oiseau le plus représenté est l’Urubu noir, ce n’est pas un hasard car ses talents d’éboueur sont fortement mis à contribution à cet endroit. Le Grijalva passe, en effet, pour être le cinquième des fleuves les plus pollués du Mexique. Les zones urbaines (Tuxtla Gutierrez, Chiapa de Corzo, notamment) et les zones forestières en amont dans le canyon ont causé des problèmes de pollution grave : chaque année, ce sont jusqu’à 5000 tonnes de déchets solides qui sont extraits du fleuve ! Ces déchets ont tendance à s’accumuler dans le canyon en raison de son étroitesse, de la convergence des eaux et la présence du barrage Chicoasén. La pollution culmine durant la saison des pluies. Malgré les efforts de nettoyage en vue de la haute saison touristique, vous verrez des centaines de bouteilles plastiques trainer sur l’eau. A nous, touristes occidentaux, de nous montrer exemplaires : ne jetez surtout rien par-dessus bord !
Je suis tombée en arrêt devant ces bancs, en acajou massif, si délicatement sculpté ! Ils sont destinés aux touristes obligés d’attendre à l’embarcadère qu’un bateau ait fait le plein de passagers pour partir. Magnifiques, n’est-ce-pas ? Au cours de notre périple, je me rendrai compte que « l’arbre rouge » comme les chiapanèques appellent l’acajou, est très répandu dans la région.

sumidero banc

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