Gozo : Victoria / Rabat

Gozo : Victoria / Rabat

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Ir-Rabat (Victoria) est la capitale de l’île de Gozo. Le nom de Victoria lui fut donné en 1887 en l’honneur du célèbre jubilé d’or de la reine d’Angleterre mais ses habitants (et certains panneaux indicateurs) continuent de l’appeler par son nom original.

Si la colline, qui domine la petite île, a été occupée depuis le néolithique, la citadelle qui la couronne aujourd’hui date du Moyen-Age tardif. Jusqu’au début du XVIIe siècle, c’est ici que venaient se réfugier tous les habitants de Gozo en cas d’attaque barbaresques et ottomanes. La protection de la forteresse sera insuffisante à contrer l’invasion de l’île en juillet 1551. La faible résistance de la place forte ne peut empêcher la déportation et la mise en esclavage de la quasi-totalité des 6 000 Gozitains. Seuls 300 parviendront à échapper à la razzia en escaladant les murs de la Citadelle.
Après le grand siège de 1565 , les Chevaliers entreprirent de fortifier la citadelle afin de fournir refuge et défense contre d’autres attaques. Jusqu’en 1637, la loi exigeait que la population de Gozo passe ses nuits à l’intérieur de la citadelle pour sa propre sécurité. Plus tard, des temps plus paisibles, cette restriction a été levée et les gens se sont installés sous ses murs, créant la ville prospère de Rabat, maintenant connue sous le nom de Victoria.

Une visite de la citadelle est incontournable et c’est à elle que nous consacrerons la majeure partie du temps passé dans cette ville.

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Il serait cependant dommage de ne pas aller voir de plus près la basilique Saint-Georges, dont le dôme se voit de loin. La première pierre de l’église actuelle fut posée en 1672. et elle fut consacrée en 1755. L’édifice acquit le titre de basilique en 1958. On l’appelle « la Basilique de marbre » car elle en est entièrement recouverte.
Ne manquez pas la statue de Saint-Georges, sculptée dans le bois par Pawlu Azzopardi en 1838, ni le beau retable représentant Saint Georges et le dragon, qui a été peint Mattia Preti.
Les peintures du plafond et de la coupole sont de Giovanni Battista Conti de Rome ; la basilique abrite les œuvres de nombreux autres artistes réputés.

La Basilique est entourée par un dédale de vieilles rues étroites et d’allées pleines de charme.

 

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Rien de structurellement très ancien n’a survécu, mais l’on peut encore voir dans les ruelles sinueuses de la ville de magnifiques balcons et de grands palais révélant l’architecture locale.

En allant voir la Basilique, vous passerez forcément par la place de l’indépendance (Pjazza Indipendenza) qui accueille tous les matins un marché très couru, appelé It-Tokk (« le lieu de rendez-vous »).
Vous y trouverez notamment les spécialités les plus traditionnelles, telles que le Mqaret (des dates entourées de pâte feuilletée), le Qubbajt qui est un nougat artisanal avec des noix et des fruits secs, ou encore le bankuncini (gâteau aux amandes).

 

Mais c’est la citadelle (connue également sous le nom de Citadella ou Kastell) qui attire le visiteur car elle se dresse de manière spectaculaire au-dessus d’ir-Rabat (Victoria). Jouissant d’un emplacement stratégique privilégié, elle domine fièrement l’horizon, exactement telle que l’ont voulue les architectes militaires qui l’ont bâtie.
Si les murs qui ceignent Il-Kastel datent du XVe siècle, les spécialistes s’accordent à dire qu’elle fut certainement fortifiée à l’âge du bronze, vers 1500 av. J.-C. Elle fut plus tard développée par les Phéniciens, avant qu’elle ne devienne cité romaine.

 

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La façade nord de la Citadelle remonte à la période aragonaise, alors que le flanc sud, qui surplombe la ville, fut reconstruit sous les chevaliers de Saint-Jean, entre 1599 et 1603. Cette reconstruction intervint vers la fin de la période la plus sombre de l’histoire de Gozo pendant laquelle, deux siècles durant, les îles maltaises subirent le harcèlement et le pillage de corsaires turcs et berbères en maraude.
C’est en 1551 que les raids turcs sur Gozo connurent leur apogée, lorsqu’une puissante force navale ottomane, après une attaque infructueuse sur Malte, porta son attention sur Gozo, moins bien protégée. Après un court siège, les fragiles murs médiévaux de la citadelle furent pris d’assaut et ses défenseurs implorèrent une capitulation honorable. Tragiquement pour la population (environ 5 000 âmes à l’époque), les conditions de la capitulation furent tout sauf honorables. À l’exception d’une quarantaine seulement de citoyens âgés et infirmes, l’intégralité de la population de Gozo fut mise aux fers et réduite en esclavage. Il fallut presque 50 ans pour repeupler l’île et reconstruire la citadelle sous la forme qu’on lui connaît aujourd’hui.
Jusqu’en 1637, tous les habitants de Gozo avaient obligation légale de passer la nuit derrière les murs de la citadelle pour leur propre sécurité.
(source : Visitgozo)

 

Bon à savoir :

Du wifi est disponible en accès libre dans les rues de la citadelle et une application gratuite pour smartphone a été mise en place (Ċittadella) afin de proposer une visite interactive. Vous pouvez aussi vous procurer des audioguides (disponibles dans plusieurs langues) au Centre d’Interprétation de la Citadelle .

 

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A partir du XVIIIe siècle, son rôle défensif terminé, la citadelle a été laissée à l’abandon.

Elle a fait l’objet d’une restauration majeure co-financée par l’Union Européenne avec pour objectif de consolider cette magnifique ville fortifiée. Elle a rouvert ses portes le 23 juin 2016 après plusieurs années de travaux.

Depuis la réhabilitation, les douves, qui étaient enfouies sous les dernières constructions britanniques du XIXe siècle, sont réapparues. De nouveaux espaces y ont été créés pour les visiteurs et de nombreux événements et concerts y sont désormais organisés.

 

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La réhabilitation s’est bien entendu penchée sur les problèmes d’accessibilité, afin que le plus grand nombre puisse profiter des lieux et notamment du nouveau centre d’accueil des visiteurs, qui propose une présentation audiovisuelle sur la Citadelle.

L’entrée historique ne sert plus pour pénétrer dans les lieux, l’accès se faisant obligatoirement par le centre d’accueil ; mais vous pourrez l’admirer à loisir en repartant, car elle sert maintenant de porte de sortie.

 

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On accède à la citadelle par une entrée monumentale, flanquée d’une tour de l’horloge intégrée dans les remparts.

En gravissant les marches, je repense à un événement historique qui mêle Français et citadelle :
« En juin 1798 une garnison française investit la forteresse après de la prise de l’archipel par les troupes de Bonaparte. Quand la population de Gozo et de Malte se soulève contre l’occupant français le 3 septembre 1798, les 127 soldats se retranchent dans la citadelle. La garnison française capitule le 28 octobre 1798 après l’intervention des Britanniques. Le jour suivant, le capitaine anglais John Cresswell prend possession de la citadelle (et de ses 40 canons) puis en remet les clefs au gouvernement provisoire de Saverio Cassar, inaugurant la brève période de l’indépendance gozitaine (entre 1798 et 1801). » (Source : Wikipédia)

 

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A partir du bastion Saint-Michel, le premier que découvre le visiteur en pénétrant dans la citadelle, nous pouvons admirer une partie des douves : des pelouses y ont été aménagées, des fleurs ont été plantées, sans oublier quelques arbres dont la ramure offrira une ombre bienvenue durant les journées les plus chaudes lorsqu’ils auront quelque peu grandi !

L’église saint Georges est aisément repérable : du haut des remparts, nous aurons une vue magnifique non seulement sur Victoria mais encore sur toute l’île, comme nous le verrons un peu plus loin.

 

gozo : victoria, la citadelle, accès à la cathédralegozo : victoria, la citadelle, cathédraleTrès vite nos pas nous conduisent vers la Cathédrale Notre-Dame de l’Assomption, dont l’entrée est payante : la billetterie est installée juste avant le porche qui y mène.
L’église que nous voyons aujourd’hui a été construite entre 1697 et 1711, après que le séisme de 1693 eut détruit le sanctuaire initial. La reconstruction, qui a été confiée à l’architecte Lorenzo Gafà, a permis de retrouver les vestiges de lieux de cultes plus anciens, dont un ancien temple probablement dédié à Junon.

L’élégante façade est décorée des écus du grand maître Ramon de Perellos et de l’évêque Palmieri.
Sur un palier du grand escalier qui mène à l’édifice, vous reconnaîtrez les statues des papes Pie IX et Jean-Paul II.

Un grand beffroi à cinq cloches à l’arrière de l’édifice remplace les deux beffrois habituels à l’avant et le dôme n’a jamais été réalisé, faute d’argent.

Cette église avait rang de collégiale, elle devient cathédrale sur décision du pape Pie VII lors de la création de l’évêché de Victoria en 1864.

 

gozo : victoria, la cathédrale de la citadelle, intérieurgozo : victoria, la cathédrale de la citadelle, l'orguegozo : victoria, la cathédrale de la citadelle, le plafondA l’intérieur, l’attention est attirée instantanément sur le plafond : le vaste vaisseau de la nef à voûte en berceau terminée à chaque extrémité par un cul-de-four est entièrement recouvert de peinture en caisson et éclairé par six fenêtres au-dessus des chapelles latérales.
Contemplez l’astucieux trompe l’oeil, illustrant l’intérieur d’un dôme il a été peint par Antonio Manuele of Messina en 1739. Ce tableau est un tel chef-d’œuvre de perspective et de trompe-l’œil qu’il est parfois difficile de convaincre les primo-visiteurs qu’il n’y a pas réellement de dôme.
Une tribune au-dessus de l’entrée comporte le buffet d’orgue ; au-dessous, de chaque côté de l’entrée, ne manquez pas les fonts baptismaux en onyx de Żebbuġ (celui de droite est une copie).
Enfin, admirer l’autel incrusté de précieux malachite.

 

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La nef est revêtue d’un pavement de pierres tombales armoriées de membres du clergé en marqueterie de marbre.

Le billet d’entrée à la cathédrale vous permet aussi d’aller voir son musée : outre sa collection d’art religieux, il expose un carrosse archiépiscopal et des pierres qui faisaient partie du trésor de la cathédrale. Vous pourrez y voir également des toiles de peintres célèbres à Malte, comme Giuseppe Hyzler et Michele Busetti, des vêtements sacerdotaux, ainsi que des objets de culte en or ou en argent.

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Mais si vous ne devez voir qu’un seul musée, privilégiez le musée archéologique.
Tous les objets trouvés à Gozo sont exposés dans cette maison qui date du XVIIe siècle, la Casa Bondi. Les sculptures de personnages humains du complexe préhistorique des temples Ġgantija et du site funéraire du cercle d’ix-Xagħra non loin sont le clou de la collection.
Un vestige de la culture arabe trouvé dans les environs d’ix-Xewkija est également exposé au musée. Il s’agit de la pierre tombale en marbre d’une jeune Arabe, Majmuna (prononcez Maïmouna) portant une inscription en caractères Kufic datant de 1174 ; son origine n’est pas connue avec précision.

 

gozo : victoria, la citadelle, le palais de justicegozo : victoria, la citadelle, l’évêché et la maison du chapitre

Sur la droite de la piazzetta (parvis de la cathédrale) se trouvent l’évêché et la maison du chapitre construits sur les plans de Lorenzo Gafà en même temps que l’église.

Sans rapport avec la cathédrale, la piazzetta est bordée sur son côté gauche par le palais de justice et l’ancien palais du Gouverneur : ces deux batiments sont toujours utilisés comme tribunaux de Gozo.

 

gozo : victoria, la citadelle, place de la cathédrale, tour de l'horlogegozo : victoria, la citadelle, entrée de la vieille prisonEn voyant la tour de l’horloge qui fait face à la cathédrale, il me revient un texte que j’ai lu : « A Malte, les églises disposent souvent de deux horloges sur leur clocher : l’une donne l’heure réelle, tandis que l’autre n’est qu’un trompe-l’œil destiné à égarer le diable ! Ce subterfuge a été mis en place afin que celui-ci ne sache pas l’heure réelle de la messe et vienne faire fuir les personnes se rendant à l’office ». Plutôt original comme pratique …
L’ancienne prison est adjacente au tribunal (auquel elle était à l’origine reliée) : elle a été utilisée de la fin des années 1500 à 1904. Les murs des cellules et des couloirs sont couverts de graffitis qui apportent un regard humain fascinant sur la vie de ceux qui ont été incarcérés là.

 

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Une chapelle dédiée à Saint-Joseph
se dresse sur Triq San Ġużepp (la rue St-Joseph). Elle fut bâtie en 1625 à l’emplacement d’une chapelle dédiée à Saint-Nicolas de Bari.

La chapelle présente une façade simple avec une fenêtre ronde et rien ne la signale au visiteur. Le jour de notre passage, elle était fermée par une grille cadenassée.

Seul est signalé le palais Cagliares, du nom de l’évêque qui l’a fait construire : les dates affichées (1614-1633) correspondent sans doute à sa période de construction.
Cet évêque fit parer la chapelle d’un magnifique retable représentant la fuite de Saint-Joseph vers l’Égypte, attribué à l’artiste maniériste Filippo Paladino. La peinture originale se trouve au musée de la Cathédrale et c’est une copie qui, parait-il, orne désormais la chapelle.

 

gozo : victoria, la citadelle, des fenêtresgozo : victoria, une ruelle de la citadelle
 
Se « perdre » dans les ruelles sinueuses de la citadelle est un vrai bonheur.
N’oubliez pas de lever les yeux afin d’admirer les fenêtres et arcs de style normand bien préservés, les armoiries incrustées sur les façades des maisons historiques.

Des boutiques de produits gastronomiques proposent fromages, miels, nougats et vins, dont le « cittadella », un vin rouge typiquement maltais issu d’un mélange de cépage Shiraz épicé avec le cépage indigène rouge Ġellewża. Par la porte ouverte de quelques boutiques, vous apercevez peut-être des femmes occupées à des travaux de dentelle.

 

gozo : victoria, l'intérieur de la citadellegozo : victoria, l'intérieur de la citadellegozo : victoria, la citadelle, le chemin de rondeLa partie nord de la Citadelle est aujourd’hui en ruines, et les murs des anciennes demeures ont été arasés.
Par contre, la partie sud, où se trouve la cathédrale, est intacte.

 

gozo : victoria, la citadelle, maesalformgozo : victoria, la citadelle, maesalform et le sauveurEn vous promenant le long des remparts fortifiés, vous serez récompensé par un panorama à 360 degrés époustouflant sur les collines et les vallées de Gozo, ses villages et ses églises.

Certains sites se reconnaissent instantanément, comme Malsaforn et sa colline de Tal-Merżuq, connue maintenant sous le nom de Tas-Salvator – le Rédempteur, après qu’une statue du Christ y fut placée en 1904 lorsque Gozo fut dédiée à Jésus le Rédempteur. Elle ne résista toutefois pas aux éléments et dût être remplacée dans les années 60. La deuxième statue fut elle aussi détruite – cette fois lorsque le piédestal qui la soutenait s’effondra lors d’un orage. La statue actuelle, érigée dans les années 1970, est en béton armé et semble résister.

 

gozo : victoria, la citadelle, xaghra et son églisegozo : victoria, la citadelle, xewkija
A droite de Marsalforn on reconnait Xaghra et sa basilique.

Vers le sud-est, on distingue Xewkija, le plus vieux village de Gozo, surtout connu pour sa fabuleuse rotonde que nous avons aperçue en arrivant avec le ferry.
Et presque dans l’alignement de Xewkija, on distingue au loin, Comino et Malte.

 

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Depuis peu, on peut visiter gratuitement sur ces remparts un intéressant abri de la Seconde Guerre mondiale, qui a été aménagé dans d’anciens silos à grains qui servaient à alimenter la cour du seigneur en cas de siège.
On y pénètre par des tunnels étroits qui débouchent sur trois grottes ovales immenses qui se suivent.
Creusées dans la pierre, elles disposent d’une ouverture au sommet qui permettait de verser des céréales. Pendant la guerre, ils ont servi de réserves d’eau.

C’est gratuit mais le nombre de personnes accepté est limité. Nous n’avons pas pu y aller.

 

Et pour finir votre visite de la citadelle en beauté, pourquoi ne pas vous attabler au restaurant Ta’ Rikardu ? La terrasse, qui suplombe la ville, est très agréable et la nourriture est excellente !
N’oubliez pas de passer par l’intérieur du restaurant car le propriétaire fabrique ses propres vins et fromages qu’il vend à côté d’autres produits locaux.

gozo : victoria, la citadelle, restaurant ta rikardugozo : victoria, la citadelle, jus oranges et citrons fraîchement pressésgozo : victoria, la citadelle, gozitan ftiraNous avons opté pour une ftira għawdxija (pain farci de Gozo), qui était à l’origine le repas de campagne des bergers de Gozo (assiette à 4,50€ seulement !) Le jus d’oranges, tout comme le jus de citrons, fraîchement pressés, étaient divins !

 

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