Chiapas : les gens

Chiapas : les gens

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Environ un tiers de la population de l’état du Chiapas est indien.
Les Indiens vivent en communautés qui portent souvent le nom d’un saint patron.
Un fort sentiment identitaire en unit les membres: c’est avant tout un mode de vie, où l’individu est pris en charge par la communauté. La notion de profit individuel est absente, seul l’intérêt du groupe est pris en compte.

Chiapas - carte des ethnies

Ces communautés appartiennent à différentes ethnies où perdurent les coutumes ancestrales. Il existe autant de langues (Tzotzil, Tzeltal, Ch’ol, Zoque, Tojolabal, Lakandon…) et de rituels que de costumes différents qui symbolisent l’appartenance à une communauté, à un village.
Le Tzotzil est la langue principale. Les indigènes ne parlent pas ou peu l’espagnol (il n’est appris que pour pouvoir communiquer en ville), comme Rodolfo nous l’a montré au marché indigène de San Cristobal : il s’est adressé à une jeune vendeuse en espagnol, elle lui a répondu par monosyllabes; il a poursuivi en tzotzil et là, une vraie conversation s’est engagée.

Les conditions de survie, souvent misérables, n’augurent pas favorablement du futur des tribus indiennes, notamment des plus réduites . Elles n’échappent pas à l’exode rural qui se généralise, la migration vers les grandes villes marquant l’abandon du costume traditionnel et la nécessaire maîtrise de l’espagnol.

En savoir plus sur les différentes ethnies

Les Tzotzil

Les Tzotzils (ou Tzotziles) sont arrivés dans les terres montagneuses du Chiapas vers 100 av. J.-C. et se sont divisés en plusieurs groupes qui n’ont, semble-t-il, jamais constitué une unité au cours de leur histoire. Ils sont essentiellement répartis dans les villes de Chamula, San Andrés Larraínzar, San Bartolomé de Los Llanos, Zinacantan et Panthelhó, et autour de celles-ci. Comme les autres peuples mayas de la région, ils ont commencé à subir la colonisation espagnole à partir de 1524. Les guerres, les maladies européennes et le travail forcé ont considérablement réduit leur population et affecté leurs traditions sociales et religieuses. Néanmoins, certains Tzotzil ont résisté farouchement à la christianisation et à l’assimilation. Aujourd’hui, ils constituent les groupes les plus vindicatifs à l’égard de la société. Esclaves, puis ouvriers agricoles, sans droits ni possessions, dans les grandes plantations de café, ils se sont révoltés à plusieurs reprises et ont fini par obtenir quelques terres qu’ils cultivent en collectivité ou individuellement. Leurs principales ressources sont les récoltes traditionnelles de maïs, de haricots et de courges.

 

Les Tzeltal

Les Tzeltal (ou Tzeltales) se sont établis sur les terres montagneuses du Chiapas vers 100av J.-C., comme les Tzotzil. En 1524, les Espagnols font la conquête de cette région, les obligeant à travailler pour eux et à leur payer des impôts. Toutefois, ils se révoltent en 1712, mais leur tentative échoue : bon nombre d’entre eux sont tués ou sont contraints de s’exiler. Après l’indépendance du Mexique en 1821, les Tzeltal, sans terre, sont devenus des ouvriers agricoles dans les haciendas (grandes propriétés aux mains des non-indigènes), et cette situation n’a guère évolué, même après la nouvelle Constitution de 1917. Dans les années quatre-vingt, les Tzeltal et d’autres peuples mayas, lassés de cette vie misérable, ont occupé les exploitations qui les employaient, récoltant le café pour leur propre compte et y construisant leurs maisons. Ils ont ensuite proposé d’acheter les terres et ont adressé leurs revendications au gouvernement qui les a acceptées. Les Tzeltal vivent dans de petites communautés et sont essentiellement agriculteurs.

 

Les Chol

Au XVIe siècle, le territoire des Chols s’étend le long du Rio Usumacinta, du nord du Guatemala à la côte. Les Chols résistent aux incursions espagnoles, militaires ou missionnaires. Afin d’obtenir leur reddition, les envahisseurs fournissent, pendant un siècle, un effort soutenu, et y parviennent en 1690. La plupart des survivants de la « pacification » sont installés dans la région du Chiapas, au Mexique. Ils continuent à vivre relativement indépendants de l’influence espagnole jusqu’au milieu du XIXe siècle. À cette époque, des investisseurs allemands et américains créent des plantations de café où les Chols sont employés dans des conditions déplorables. Dans les années trente, grâce à la réforme agraire qui suit la révolution mexicaine, ils prennent le contrôle de certaines plantations.

Dans les années soixante, des Chols obtiennent de nouvelles parcelles de terre, le gouvernement mexicain les autorisant à occuper la jungle, inhabitée depuis le XVIIe siècle. La population Chol réside à Tila, Tumbala, Salto de Agua, Palenque, et, en dehors de ces centres urbains, sur de petites parcelles de terres. Une grande majorité de Chols pratique la culture traditionnelle du maïs, des haricots et des courges (ainsi que celle d’autres produits comme la vanille, les fruits, etc.), mais aussi l’élevage de bétail. La langue chol varie en fonction des communautés, mais elle reste très proche du maya de la période classique (entre 300 et 900).

 

Les Lacandon

Les Lacandons se nomment eux-mêmes Hach Winick ( » les Vrais Hommes « ), et proclament que leur race existe depuis la création du monde. Cette affirmation est sans doute excessive, mais il semblerait que la race des Lacandons était nettement antérieure à celle des premiers Aztèques. Si les renseignements concernant les Lacandons sont parcimonieux, c’est parce que leurs tribus sont farouchement hermétiques, vivant dans une région longtemps inaccessible, évitant tout contact avec « l’étranger ».

Aujourd’hui, on en recense environ 500, vivant toujours sur leur base territoriale, dans la jungle et la forêt tropicale (Selva Lacandona). Ils sont séparés en deux groupes aux caractéristiques culturelles et linguistiques bien distinctes.

Les Lacandons du Nord, ont gardé une vie très traditionnelle, pratiquant la culture sur brûlis du maïs, du haricot, de la courge et d’autres fruits et légumes. La pêche et la chasse, que certains pratiquent encore à l’arc, restent des activités prédominantes. La société lacandon est patrilinéaire, elle autorise la polygamie et le divorce. La religion et la médecine traditionnelles restent très fortement présentes, en dépit de la disparition progressive de certaines pratiques et cérémonies.

Les Lacandons du Sud, quant à eux, ont été plus touchés par l’assimilation. Au début du XXe siècle, après une épidémie de fièvre jaune, la population a pris conscience que les dieux mayas ne pouvaient rien contre le fléau, alors que les médecins européens parvenaient à les guérir. Cette constatation a grandement facilité leur approche. Aujourd’hui, des routes destinées au tourisme sont aménagées sur leur territoire et il est de plus en plus fréquent de voir des Lacandons quitter la forêt, pour vivre de leur artisanat. Le tourisme en expansion désagrège leur fragile culture.

De plus, les Lacandon sont refoulés par leurs voisins tzeltal, qui se sont emparés de leurs terres.

Pascal à Filadelfia, chez ses amies

 

 

Le conflit est permanent entre l’attirance pour le monde moderne et la volonté de préserver les traditions.
La prise en compte du caractère complexe de la nation mexicaine a amené le gouvernement à prendre un certain nombre de dispositions. Ainsi, la préservation des langues, la constitution d’archives locales, la transcription des traditions orales, la réappropriation du droit coutumier, l’organisation communautaire, l’exploitation des ressources naturelles par des techniques traditionnelles et l’encouragement des pratiques curatives par les plantes médicinales font désormais l’objet de diverses mesures officielles.
Filadelfia - palmiers à huile

 

 

Pascal est allé rendre visite à ses amies, qui habitent à Filadelfia, non loin de Palenque. La communauté s’est créée autour d’un projet gouvernemental destiné à les faire descendre de la montagne pour se rapprocher de la ville, où il est plus simple de se faire soigner, de scolariser les enfants, entre autres. Contre la promesse d’une vie meilleure, ils ont donc abandonné leurs terres pour faire pousser des palmiers à huile, présenté comme une culture d’avenir. Ce qu’on ne leur avait pas dit, c’est qu’il s’agit d’une culture très exigeante en eau, qui stérilise inexorablement le sol. La rivière qui coulait là quand ils sont arrivés s’est déjà asséchée…

Filadelfia - cuisiner le repas, faire la vaisselle

 

Le gouvernement a amené l’électricité jusqu’à la communauté, ce qui est un progrès indéniable mais ils ne disposent toujours pas de l’eau courante.
La plupart des familles vivaient dans une pièce unique sur un sol de terre où un foyer ouvert servait à la fois de mode de chauffage et de moyen de cuisiner. Ce foyer central était source de nombreux problèmes : irritations oculaires, problèmes pulmonaires et brûlures graves.
Les communautés qui bénéficient des programmes gouvernementaux sont donc fortement incitées à modifier certaines coutumes ancestrales, pour leur bien. Ici, le foyer est à l’extérieur et tout ce qui sert aux humains est accroché hors de portée des animaux .
Chiapas - un huipil Chol

 

 

Les amies de Pascal appartiennent à l’ethnie Chol. Elles me feront le plus beau des cadeaux en m’offrant un huipil brodé à mon intention. Elles-mêmes et leurs familles continuent à les porter mais seulement les jours de fête.
Signe d’appartenance sociale, ethnique et même d’identité communautaire, le costume est porté tel un signe de reconnaissance par tous les membres d’une communauté.
Mais les motifs ne sont jamais les mêmes : chaque brodeuse peut, tout un respectant un « schéma directeur », donner libre cours à sa créativité.
Pascal et des amies Chol à Mexico

 

 

Les tenues traditionnelles, très colorées, sont généralement réalisées à la main selon des techniques ancestrales qui ont peu évolué. La tonte des moutons et le traitement de la laine ou du coton sont réservés aux hommes tandis que le filage, le tissage, l’assemblage et la broderie font partie du quotidien des femmes, qui initient leurs filles très jeunes. Les coupes sont simples et géométriques, composées de rectangles tissés sur des métiers traditionnels à ceinture ou à pédales. Les fibres naturelles se raréfient au profit des fibres synthétiques, les teintures autrefois naturelles, à base de coquillage ou de cochenille, sont remplacées par des procédés chimiques et, la mécanisation gagnant, les tissus sont fréquemment fabriqués à la machine. Jusqu’à récemment, les costumes étaient réalisés pour un usage exclusivement domestique. Cependant, conscients de la valeur de leur artisanat textile, les Indiens se tournent désormais vers une production à finalité commerciale, tout en respectant les savoir-faire ancestraux

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    Une jeune femme venait de nous faire une démonstration de tissage traditionnel à l'aide d'un métier à tisser de ceinture. La petite fille l'a remplacée spontanément, espiègle et fière de faire "comme les grandes" !
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    Un jeune touriste montre à une petite fille tzotzil ce qu'est une appareil photo avant de lui demander de poser pour lui
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    Et la petite fille se laisse prendre en photo de bonne grâce, devant les yeux admiratifs d'un petit garçon qui est sans doute son petit frère
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    Aussitôt le photographe parti, la petite fille se remet en quête de clients : Pascal est en train de choisir trois bracelets pour moi.
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    Regardez ce tout petit bout de chou qui n'a qu'une envie, me semble-t-il : sucer son pouce et s'endormir dans des bras aimants !
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    Ces fillettes chamula (reconnaissables à leur épaisse jupe de laine) refusent de se laisser photographier ... jusqu'à ce que ...
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    ...J'accepte d'acheter la "girafe" de l'une et de l'autre : elles sont tellement heureuses que l'objectif ne les dérange plus. Sacrées gamines, elles savent s'y prendre ! Depuis, mes deux lamas trônent fièrement dans mon bureau et je pense aux fillettes chaque fois que je les vois...
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    Femmes Chamula au marché indigène de San Cristobal : on les reconnait à leurs épaisses jupes de laine noire. Leur bébé ne les quitte jamais.
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    Une jeune indienne, vendeuse de rue, chargée de marchandise en plus de son bébé.
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    Ce qui m'a frappé, ce sont les liens entre les enfants et leur maman.
    Je n'en ai jamais vu aucun pleurer, réclamer, faire un caprice. Rodolfo m'a expliqué que les indigènes sont d'une patience infinie avec les enfants et peuvent passer des heures à leur expliquer le pourquoi d'un refus, d'une interdiction, jusqu'à ce que l'enfant accepte.
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    A cet âge, les enfants ne se font généralement plus porter (à droite).
    Voyez la femme aux magnifiques tresses : Rodolfo nous a dit que les coiffures renseignent sur le statut social de la femme.
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    Voyez cette parure de cheveux : c'est magnifique, non ?
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    Ces femmes viennent de Zinacantan: le tissu du costume de la fillette disparait entièrement sous les broderies !
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    Les hommes de Zinacantan, vêtus de leurs plus beaux atours pour les fêtes de Pâques
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    Femmes Tzeltal avec leurs enfants. Ceux-ci préfèrent manifestement les tenues classiques plutôt que traditionnelles, en tout cas pour l'ainée qui prenait souvent ses distances avec le groupe.
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    Femme tezltal avec une cuvette plastique sur la tête. L'arrivée du plastique ne fait pas l'unanimité : non seulement les objets ne sont pas fabriqués sur place et mais en plus ils polluent en fin de vie car non biodégradables. C'est bien sûr Rodolfo qui nous fait remarquer les méfaits de l'arrivée du "progrès".
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    La mendicité est extrêmement rare: c'est la seule que nous ayons vue. Derrière elle suit péniblement un vieil homme qui est sans doute son époux. Curieusement, ils ne sollicitent pas les touristes, uniquement les indigènes.
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    Cette femme aux yeux clairs, au visage serein, m'a fascinée. J'aurais aimé savoir à quoi elle pouvait bien rêver tout en observant le ballet des touristes autour d'elle.
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    Au Chiapas, la police n'est jamais bien loin, armée jusqu'aux dents. Ici, au centre ville de San Cristobal
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