Chamula

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Chiapas - Chamula et son église

Chamula est l’un des plus grands villages mayas du Chiapas et ses habitants, Tzotziles (une des ethnies Mayas), sont réputés pour être parmi les plus conservateurs de la région. Les adultes sont, au mieux, indifférents, au pire carrément hostiles s’ils estiment que vous les regardez avec un peu trop d’insistance.
Vous n’y serez jamais que tolérés, et seulement à condition de respecter les règles du village, que nul n’est censé ignorer.

Chamula - Arrivée des autorités civiles

 

Aussi, chaque guide se fera un devoir de répéter les recommandations de prudence et surtout  de rappeler qu’il est strictement interdit de prendre la moindre photo à l’intérieur de l’Eglise (ce qui se comprend) : toute tentative de déroger à cette règle exposera aussitôt l’imprudent touriste à une réaction violente des Indiens. Juridiquement, cela peut même le conduire en prison, rien de moins !

Il est aussi formellement interdit de photographier les autorités religieuses à l’extérieur de l’église, tout comme les Indiens (sauf à leur demander leur autorisation).
Chamula - les "gardiens de la paix"
Me sentant dubitative et un peu frustrée, Rodolfo me désigne un groupe d’hommes, vêtus d’un poncho écru, d’un grand chapeau de paille et portant un gros bâton en bandoulière : ce sont des gardes chamulas et c’est à eux que j’aurai affaire si je ne me conforme pas aux règles du village. Le village dispose en effet de son administration et de sa police propre, l’Etat Mexicain leur ayant consenti une certaine autonomie, et ils n’hésiteront pas à se servir de leurs impressionnants bâtons (les armes à feu étant interdites) pour chasser tout contrevenant.

Au moment même, j’avoue n’y avoir pas cru une seconde (d’où les photos que vous voyez …) mais j’ai appris plus tard qu’il n’exagérait pas et n’aurait rien pu faire pour moi si je m’étais fait prendre.

Le village tout entier serait tenu d’une main de fer par quelques caciques locaux : les habitants eux-mêmes seraient expulsés du village s’ils ne respectent pas les traditions ou les consignes données !

 

Chamula - des offrandes pour les dieux
En ce dimanche de Pâques, la foule est nombreuse à se presser sur le parvis de l’église. Rodolfo s’en va pour remplir les formalités auprès des autorités locales (les étrangers doivent s’acquitter d’un « droit d’entrée » pour pouvoir pénétrer dans le sanctuaire) et je profite de son absence pour immortaliser certaines scènes, le plus discrètement possible.
Je vois une femme se diriger vers l’église avec un drôle de paquet à la main : il me semble voir un poulet. En tout cas, je distingue clairement les petites bouteilles de soda. Je ne veux pas me montrer irrespectueuse mais j’ai tant envie de garder des images de ces instants, pour pouvoir les regarder à loisir plus tard, puisque je ne peux me permettre de regarder qui que ce soit avec insistance.

Chamula - la Marché dominical
Chamula - la Marché dominical
Le Marché de Chamula n’est absolument pas destiné aux touristes et cela se voit au premier coup d’œil : ici, on vend le produit de sa terre ou de sa fabrication, sur des stands improvisés, et l’on achète ce qu’il faut pour subvenir à ses besoins, sans plus.

« DEOYOT !» (Bonjour en Tzotzil) : on ne parle pas l’espagnol ici, mais le tzotzil, et le touriste se sent définitivement indésirable !

Vous y verrez donc des légumes, des fruits, de la viande et des poissons séchés mais aussi des paquets de laine brute de mouton que les femmes vont transformer en vêtements.

Chamula - une fillette
Chamula - grand rassemblement de Pâques
Il suffit de regarder autour de soi pour se rendre compte que la plupart de l’habillement est confectionné en laine car, dans cette région située à 2300m au-dessus du niveau de la mer, un climat froid et humide prédomine toute l’année.
Et tout est produit localement, depuis la laine brute jusqu’au tissu final, y compris les colorants utilisés.

En plus, il faut savoir qu’ ici les brebis sont sacrées et donc traitées et protégées comme un autre membre de la famille. On ne leur rase que la laine nécessaire aux besoins de la communauté et on les laisse aller à leur guise.
Il faut donc être extrêmement prudent si vous êtes en voiture de ne surtout pas heurter une de ces bêtes ; il est même vivement conseillé de ne pas les prendre en photo .

 

Chamula - à l'intérieur de l'église - photo internet
Arrive enfin le moment tant attendu : nous pénétrons dans l’église San Juan Bautista de Chamula ! L’ambiance est saisissante, et vous avez beau vous y attendre, la magie du lieu opère.

L’église a été entièrement vidée de ses bancs et de ses chaises, les statues des saints catholiques sont alignées le long du mur. Des aiguilles de pin odorantes jonchent le sol, les  flammes de milliers de petites bougies sont autant d’îlots de lumière dans la pénombre ambiante ; l’odeur de l’encens m’est agréable, elle me rappelle les grandes fêtes dans l’église de mon enfance. Pour les Indiens, ces effluves sont censées unir les âmes des défunts et des vivants dans une même nuée odorante.

La photo que vous voyez là n’a été prise par aucun de nous : elle a été trouvée sur Internet, prise par quelqu’un qui a su échapper à toute surveillance (cachée derrière le large dos de son mari et protégée à l’arrière par les autres membres du groupe, précise la dame)

J’entends des gens parler très fort et je cherche du regard les touristes sans gêne qui se permettent de troubler la solennité du lieu. Rodolfo s’en rend compte et me montre une vieille femme, agenouillée devant l’un des saints, qu’elle invective copieusement. Il me désigne discrètement d’autres indigènes encore, qui semblent bien fâchés eux aussi, et m’explique : les Indiens craignent leurs dieux mais ils ne leur sont pas soumis. Si une prière n’a pas été exaucée, ils  font le reproche au dieu concerné et le menacent d’aller voir un autre dieu si cette nouvelle offrande n’est pas suivie de résultat !
Les Indiens ne murmurent pas leurs prières comme cela se pratique dans les églises catholiques : ils discutent avec le saint qu’ils ont choisi d’implorer. Car ici, sous les yeux de Saint-Antoine ou de Saint-Michel, on pratique des rituels qui doivent bien plus aux traditions préhispaniques qu’à la foi catholique.

Et Rodolfo me montre ce qui aurait dû me sauter aux yeux : les saints alignés contre le mur portent un miroir autour du cou pour que le « fidèle » venu les solliciter voie le reflet de son âme !
Chamula - intérieur de l'église, photo récupérée sur Internet
Nous nous approchons discrètement de plusieurs petits groupes. Ils ont tous allumé des bougies devant eux mais Rodolfo nous fait remarquer que la couleur des bougies, la forme de la figure obtenue, ne sont pas du tout les mêmes d’un groupe à l’autre : chaque famille a suivi les recommandations de son curandero (guérisseur). Nous avons devant les yeux l’illustration parfaite de tout ce qu’il nous avait expliqué au marché de San Cristobal devant le stand des bougies !
Les cérémonies pratiquées ici sont  différentes d’un groupe à l’autre mais tous ont aligné devant eux des bouteilles de soda : l’absorption de la boisson provoque des rots bien sonores, destinés à prouver que le mal a été extirpé du corps qui souffrait.
Je repère la femme que j’avais vu entrer ; elle n’est pas seule, un chaman se livre à un étrange rituel : il tient par les pieds le poulet qu’elle a amené, le promène autour du  corps de sa « patiente » tout en récitant des incantations.  De temps en temps il prend le poignet de la femme, puis recommence. Rodolfo suit mon regard et m’explique : le poulet est là pour récupérer le mal qui se trouve dans le corps dela femme.   Pourdéterminer à quel moment cela se produit, le chaman prend le poult du patient. Lorsqu’il estime le moment venu,  le poulet sera sacrifié sur place.
Chamula - Intérieur de l'église, photo de carte postale

 

Grâce aux explications de Rodolfo, qui a vécu en France et peut donc faire des comparaisons tout-à-fait pertinentes par rapport aux pratiques strictement catholiques, ce syncrétisme religieux me parait logique. Grâce à lui, je ne parlerai plus de « croyances d’un autre temps »  mais simplement de pratiques différentes !
Il nous parlera tout au long du voyage, en fonction des circonstances, des croyances et des pratiques indiennes. Il nous dira notamment que toute maladie est interprétée comme le résultat d’une disjonction des composantes de la personne. La guérison consiste simplement à mener les rituels nécessaires afin de reconstituer l’unité fondamentale entre l’individu et la société, le corps et le cosmos, le temps et l’espace.
Certains de nos médecins ne disent pas autre chose !…

 
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1 Commentaire

  1. Louiz

    Votre reportage corrobore l’expérience que j’si Aussi vécue grâce à un autre Guide formidable du groupe Viva Zapata,

    Réponse

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