Le barrage de Vouglans

Le barrage de Vouglans

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Le Lac de Vouglans s’étend sur 35 km de long.
C’est le plus grand lac artificiel du Jura et la troisième retenue d’eau française derrière le lac de Serre Ponçon (Alpes) et le lac de Sainte-Croix (Provence). Il est alimenté par l’Ain.

L’Ain nait sur le plateau de Nozeroy, à 700m d’altitude. D’abord petit torrent nerveux, le cours d’eau s’assagit en abordant Champignole, dont il traverse le plateau à travers d’anciennes moraines glaciaires. La rivière s’encaisse à partir du Saut de la Saisse dans des gorges de 90 km de longueur : ce sont ces gorges qui permettront la création du lac de Vouglans, comme nous le verrons dans la suite.
L’Ain reçoit sur ce parcours son principal affluent, la Bienne, qui draine sur sa gauche le Haut-Jura. A partir de Pont d’Ain, la rivière s’étale dans sa plaine alluviale et, après un voyage total de près de 200 km, se jette dans le Rhône à 20 km en amont de Lyon.

 

vouglans : belvédère regardoir
Nous sommes au Belvédère du Regardoir, tout près de Moirans.
Ici, un panneau d’information nous apprend que : « Au début du 20e siècle, dans son univers de rochers blancs, de prairies verdoyantes et de forêts, la rivière d’Ain nonchalente déroulait ses larges méandres … paysages superbes ! On vivait d’un peu de culture, on travaillait le bois l’hiver.
Sur la rive droite, au Val fermé, s’élevait majestueusement l’ancienne Chartreuse de Vaucluse édifiée par les moines au 12e siècle. A l’écart, la ferme de Pétière, aux toits couronnés de gradins. Sur la rive gauche, quelques fermes dispersées […]»

Villages engloutis, séparations affectives, paysages profondément modifié : que de bouleversements ont été nécessaires pour créer ce spectacle que vous admirez aujourd’hui !

Vouglans belvédère champ de la braise

 

Quoique issus de moyenne montagne, les apports de l’Ain et de ses affluents sont particulièrement abondants, mais très irréguliers : pendant les périodes d’étiage de l’Ain, en été et en hiver, le Rhône souffre, il manque d’eau, à tel point que la navigation doit parfois être interrompue. Mais aux fontes des neiges, les crues de l’Ain deviennent dangereuses jusqu’à Lyon : lors des crues maximales enregistrées en 1856, 1918 et 1926, le Rhône avait un débit de 4500m3/s, et la moitié de ce volume provenait de l’Ain !
Sachant que les hautes eaux ont lieu, en général, en concordance avec les besoins énergétiques dont la France a de plus en plus besoin, la création de grandes accumulations devenait souhaitable, non seulement pour réguler au mieux la rivière, mais aussi pour produire de l’énergie électrique « propre » et « renouvelable »

 

Vouglans : le barrage

Des études préliminaires sont menées de 1956 à 1960, mettant en évidence l’intérêt du site de Vouglans. Les sondages réalisés confirment la qualité du rocher.
Le barrage sera donc implanté à l’amont des deux villages de Vouglans et de Menouille, dans une gorge de 200 m de profondeur, dont l’accès par les deux plateaux des rives ou l’aval est facile. Plus à l’amont, l’Ain n’aurait pas été assez formé et le volume de la retenue trop faible. Plus en aval, la chute aurait été trop faible.
La construction du barrage de Vouglans a mis 150 personnes dans l’obligation de quitter leur foyer, entraîné la disparition des villages du Bourget avec son hameau de Bellecin, et du hameau de Brillat qui dépendait de la commune de Maisod.

Lac de Vouglans : le pont de Pyle

 

 

Deux centrales hydroélectriques ont été noyées: le Saut de la Saisse en queue de retenue et la Chartreuse de Vaucluse juste à l’amont du barrage.
La liaison routière de Moirans à Orgelet passait près du hameau de Brillat au fond de la vallée par un pont qui a été dynamité par l’armée avant la mise en eau.

La liaison a été rétablie par la construction d’un nouveau pont, le Pont de la Pyle, de 300m de portée en béton précontraint.

 

Vouglans : le barrage

 

 

En ce qui concerne la Chartreuse de Vaucluse, il faut savoir que la chapelle et le cloître étaient en ruines. Seules restaient debout l’ancienne hostellerie des visiteurs entièrement restaurée au siècle passé avec un grand portail de style jésuite et la terrasse supportée par une belle alignée de voûtes qui constituaient, avec son cadre sauvage, le principal attrait du site.

Pour garder trace de ces vestiges, le portail d’entrée et les deux charmants petits bâtiments qui l’encadraient ont été déplacés par EDF au dessus de la limite des plus hautes eaux.

Le barrage ne peut être visité : plan vigipirate en vigueur 

 

 

Aujourd’hui, les eaux bleu turquoise du lac sont devenues un paradis pour les touristes, qu’ils soient baigneurs, pêcheurs ou promeneurs.

Lac de Vouglans : plage de la mercantine

 

 

Le lac de Vouglans offre trois plages totalement aménagées avec baignade surveillée, snack de plage et location de pédalos : Bellecin, Surchauffant et la plage de la Mercantine (photo ci-contre avec, en arrière-plan, notre location cachée dans la végétation)

vouglans : belvedère falaise de la frate

 

 

Le lac de Vouglans se divise en 3 secteurs bien définis autour de ses trois ports :
* Le Port de la Saisse, à Pont de Poitte, est réservé aux embarcations de pêche.
* Le port du Meix, au Pont de la Pyle, accueille les bateaux à moteur et offre également la possibilité d’en louer.
* Le Port de la Mercantine, lui, dispose de 270 anneaux et de sept pontons pour l’amarrage des voiliers.

 

vouglans : belvédère maisod

 

 

 

Des belvédères et des sentiers de randonnée permettent de contempler ses rives boisées, remarquablement préservées de tout urbanisme disgracieux.

 

Vouglans : belvédère maisod

 

 

 

 

Si, après avoir contemplé toute cette beauté, vous avez envie d’en savoir davantage sur la construction du barrage, lisez l’article que lui consacre l’asphor (l’Association de sauvegarde du patrimoine historique et naturel d’Orgelet et sa région) et ne manquez pas toutes les photos d’époque présentées tout à la fin de l’article

Enfin, pour terminer, regardez ce petit reportage qui vous donnera sûrement envie de passer quelques jours dans ce cadre enchanteur

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4 Commentaires

  1. Marie-Paule

    Merci, Gérard, pour cet éclairage différent. C’est avec beaucoup de curiosité que je lirai votre livre « La France des villages engloutis » dès sa parution.

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  2. Guérit

    Je connais bien Vouglans et j’entends parfaitement les remarques des uns et des autres. Cela dit, le reportage récent dont parle Marie-Paule est également une honte, car il laisse croire que le barrage de Vouglans est particulièrement dangereux. Il n’est ni plus ni moins dangereux que les autres barrages français.
    Ensuite, le drame des vallées noyées est partout. Il faut également se remettre dans le contexte de l’époque, et il est évident qu’aujourd’hui, un tel projet ne pourrait pas aboutir.
    Si le sujet vous intéresse, voir mon livre « La France des villages engloutis », à paraître fin avril aux éditions Sutton.

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  3. Vuillaume Philippe

    Ce lac est un véritable scandale malgré les publications nombreuses de gens ignorants qui s’extasient et n’ont lu que les proses d’agents EDF qui minimisent depuis 50 ans cette honte !
    Sous prétexte qu’ils ne restaient que quelques vieux cul-terreux jurassiens dans des hameaux en ruines, ce qui est absolument FAUX, on a expulsés ces gens qui cultivaient ces 1600 hectares depuis des siècles, attachés a leur terroir. On a détruit ces villages, fermes, moulins et granges, noyé cette belle vallée de l’Ain !
    Parlons aussi de la chartreuse Saint Bruno de Vaucluse, soit disant en ruine. Ce n’est pas ce que montrent les photos d’époque. Le problème c’était que là, oui, il y avait une Eglise non désacralisée et le cimetière des moines ! Il fallait traiter le problème ! Donc EDF a décidé que ce monument historique était en ruine et n’avait aucune valeur !
    Une honte qui sert maintenant de Disneyland aquatique aux bourgeois de la région venu montrer leurs coques de noix ! Et qui est le plus grand danger de catastrophe nucléaire du monde avec le risque de submersion des centrales du Bugey, de Cruas, de Saint Alban et du Tricastin, 4 fois Fukushima pour produite une quantité ridicule d’électricité !
    Mémoire et respect aux habitants floués de cette petite vallée oubliée !

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    • Marie-Paule

      Vous avez entièrement raison de témoigner ici car ceux qui, comme nous, ne sont pas de la région, ne peuvent mesurer l’ampleur des dégâts humains. Je me doutais bien que cela a dû être très douloureux, et c’est la raison pour laquelle je dis au début de l’article « Villages engloutis, séparations affectives, paysages profondément modifiés : que de bouleversements ont été nécessaires pour créer ce spectacle que vous admirez aujourd’hui ! »
      Et j’ignorais tout de la menace que représente cette énorme retenue d’eau jusqu’à ce que je regarde le reportage qui lui a été consacré il n’y a pas si longtemps …

      Merci pour votre contribution, Philippe

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